Depuis maintenant un an, l'onde de choc déclenchée par l'explosion des
subprimes se propage à toute l'économie.
Immobilier, finance, banque, automobile, industrie, demain assurance, services,
l'assèchement du crédit et de la confiance se répand comme une trainée de
poudre laissant de plus en plus rarement aux investisseurs le temps de
reprendre leur souffle avant d'attaquer un nouveau secteur, un nouvel
épisode.
Cette crise du crédit, moteur du capitalisme à l'américaine, conjuguée à
l'envolée des prix du pétrole, des matières premières en général et de
l'alimentation, provoque des turbulences telles que tous les regards se
tournent peu à peu vers le dernier rempart du libéralisme : les pouvoirs
publics.
Un comble, sans commentaire.
Le patron de la Fed, Ben Bernanke, que sa bonne bouille faisait encore
passer l'année dernière pour un bon père de famille un peu mollasson, n'a
jamais eu autant de pouvoir, jamais concentré autant d'espoirs et d'attentes
fiévreuses, jamais eu autant d'yeux rivés à ses lèvres, à l'affut du moindre
mot, de la moindre inflexion dans le ton, qui sera ensuite commentée à l'envie
par les haruspices de la finance, analysée, décortiquée, relayée à l'infini par
les media financiers du monde entier et fera valser les milliards pour
construire finalement la "tendance" du jour. Ou pas.
Ou pas,
parce que ce bon Ben n'est jamais que ce à quoi il ressemble : un nain de
jardin perdu dans la jungle financière mondiale.
Il va bien falloir se l'avouer : Ben est déjà à fond, depuis plusieurs
mois, et avec lui tous les pouvoirs publics US.
En plus de la Fed, sur tous les fronts depuis un an, la faillite de Indymac
a vu l'entrée en scène d'un nouvel acteur, la FDIC (Federal Deposit Insurance
Corporation). Un organisme, né de la crise de 1929, chargé de garantir les
dépôts jusqu'à 100 000$ en cas de faillite bancaire.
Quels sont donc les pouvoirs réels de ses surveillants de baignade
du capitalisme ?
Ont-ils vraiment autre chose dans leur joli maillot rouge que les poumons
gonflés à l'hélium de Pamela Anderson ?
Avant le striptease, quelques ordres de grandeur.
Les
subprimes et leurs conséquences ont d'ores et déjà couté plus de 300 Milliards
de dollars de dépréciations en tous genres aux banques.
La note complète pourrait bien être plus proche de 1 600 Mds, voire 3 000 Mds
selon certaines estimations.
L'ensemble des crédits hypothécaires US représente 12 000 Mds, dont environ
40%, soit 5 000 Mds, "portés" par les désormais célèbres "Fannie" et "Freddie",
en grande difficulté.
En face, nos glorieux sauveteurs de Alerte à Malibu Wall-Street
alignent :
- quelques dizaines de milliards pour la Fed. (40 environ)
- 60 milliards pour la FDIC.
Le "sauvetage" de Bear Stern a déjà engagé 30 Mds de la Fed. La faillite de
Indymac devrait couter entre 4 et 8 Mds à la FDIC, soit en gros 10% de ses
réserves, pour une seule faillite, certes grosse, mais on en attend de 100 à
200 dans les mois qui viennent !
On le voit, les "réserves" en question ne passeront peut-être même pas
l'arrivée du tour et il va falloir une sacrée dose d'EPO pour atteindre
Noël...
Alors il reste quoi ?
Il reste LE super pouvoir en carton : la confiance. La sacro sainte
confiance dans la super puissance de l'Etat américain.
Et ça sert à quoi la confiance dans ces cas-là ? ça sert à dire : "si
les banques sont en difficulté, moi, l'Etat, je leur prêterai des thunes. Donc
elles ne feront pas faillite. ite missa est."
Car c'est une évidence, c'est écrit (entre les lignes) dans la Bible: l'Etat
américain ne PEUT pas faire faillite.
L'armée US ne PEUT pas perdre au Vietnam, ni en Irak, ni en Afghanistan,
General Motors ne PEUT pas faire faillite, on ne dira pas demain "l'emprunt
américain" comme on a dit hier "l'emprunt russe". Ce n'est pas POSSIBLE.
voilà. Puisqu'on vous le dit,
...à la télé...
Plus sérieusement, avant qu'on en soit là, il est donc déjà certain que le
seul pouvoir réel des pouvoirs publics US est en réalité de garantir qu'ils
prêteront un argent qu'ils n'ont pas aux établissements en
difficulté.
ça parait dingue, et pourtant, ça marche ; mais ce ne sera pas sans
conséquences : ça revient en gros à augmenter la quantité de dollar en
circulation (la fameuse "planche à billet"), donc à voir assurément s'envoler
une inflation qui est déjà sortie des limites.
Il n'est pas du tout impossible qu'on revoit rapidement une inflation de
plus de 10% annuels ; Jusqu'au jour où le reste du monde sera fatigué de
placer ses réserves dans une monnaie qui perd plus de 10% de sa valeur chaque
année.
L'aube de ce jour là est en train de se lever. Le soleil se couchera sur un
champ de ruine.