La fin du capitalisme

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mercredi 24 septembre 2008

les remèdes, pire que le mal.

A l'heure où il devient évident que nous vivons une crise "unique à l'échelle d'une vie" (Alan Greenspan), il est assez cocasse de constater que l'immense armada de ceux qui n'avaient rien vu venir se dispute la lumière des projecteurs pour faire généreusement don au monde entier de SA solution.

Il est tout aussi cocasse de constater que malgré la diversité (revendiquée) des intervenants, la fameuse solution est absolument partout la même.

Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que cette solution miracle n'est ni plus ni moins que... le problème lui-même.

Quittons donc un instant les tribunes où se bousculent les puissants et revenons un instant sur terre.

Nous avons un système économique, une sorte de "capitalisme régulé par des pouvoirs publics", qui vit actuellement une crise majeure et peut-être définitive.
Que nous propose-t-on comme remède ? du "capitalisme régulé par des pouvoirs publics".

Waouh ! ça a du carburer sec des méninges, là haut...

Vous noterez au passage que tous ceux qui ont l'outrecuidance de l'ouvrir en ce moment, sans même penser une demi-seconde à demander pardon avant, sont également tous d'accord sur le fait qu'il faut précisément "plus de régulation des pouvoirs publics".
Vous noterez aussi qu'ils sont tous, bien que parfois à des échelles différentes, représentant des sus-cités "pouvoirs publics".

Vous noterez enfin avec moi que nous sommes proches aujourd'hui d'une espèce "d'union sacrée" entre la gauche et la droite (ou les soi-disant telles), puisque tous disent exactement la même chose (tout en revendiquant de le dire mieux que l'autre et que l'autre ne le dit pas, ou avait dit le contraire avant). Bref, pitoyable, sans plus et comme d'habitude.

Alors soyons clairs : ces gens là ne sont pas des abrutis et croient, malheureusement, sincèrement à ce qu'ils sont en train de dire.
S'ils disent tous la même chose, c'est simplement qu'ils partagent, à quelques détails près, une même vision du monde, une même échelle de valeur, disons une même culture au sens large. Précisément celle qui est en train de s'effondrer sous nos yeux.

Cette jolie union sacrée (qui n'est pas sans rappeler celle du référendum sur la constitution européenne) accouchera au mieux, c'est écrit d'avance, à un nouveau "Bretton Woods" à l'échelle internationale et à des pouvoirs de régulation accru pour ceux qui en décideront aux échelles nationales.
En gros, des "patchs". Des "ad-on', des "plug-ins"...
Très bien, après tout, c'est leur taff ; mais les perspectives réelles de sortie de ce système en faillite ne viendront que de l'extérieur du système lui-même.

A ce stade, il n'existe que deux "grandes directions", qui ne soient pas du "capitalisme régulé", l'une et l'autre étant ensuite extrêmement riches d'applications diverses :
- le libéralisme
- l'altermondialisme
(je considère le communisme comme appartenant au passé, ok ?)

En gros, soit du "vrai" capitalisme, dérégulé (ou "libéré", c'est selon...), soit une autre économie mondiale, non capitaliste.
Pour ma part, je considère que le premier n'est qu'une sorte "d'idéal théorique", applicable uniquement dans un monde qui n'existe pas en pratique et réservé, donc aux labo de recherche ou aux doux rêveurs.
"Mon" altermondialisme, au contraire, me semble extrêmement concrêt et ultra-adapté, puisque déjà en œuvre.
Il s'agit de développer peu à peu, et sans usine à gaz ou dogme pré-établi, des milliers d'entreprises à taille humaine, interconnectées à l'échelle planétaire et qui ne rémunèrent pas le capital.
(ou plafonnent la rémunération du capital par celle du travail).
Il est clair que nos dirigeants officiels ne choisiront pas cette piste afin de l'appliquer "d'en haut".
Et c'est tant mieux, ce serait dangereux.

Il nous appartient donc de la développer "par le bas". ça a déjà commencé, et tout le monde est bienvenu.

mardi 23 septembre 2008

Plan Paulson : et si ça ne marchait pas ?

Quelqu'un a-t-il des news de Jérôme Kerviel ?

Non , parce que, souvenez-vous... le pataquès international qu'ils nous ont fait pour... combien ? 4 milliards ? Allez, je vous le fais à 5 et on n'en parle plus.
Non, mais franchement, 5 malheureux petits milliards de dollars !
Si quelqu'un le connait, faut lui dire de pas s'en faire au Jérôme, hein, parce que ça fait une paye qu'on a changé de braquet, là.
Aujourd'hui, pour 5 milliards, t'as plus rien !

700 milliards qu'il allonge, le Paulson !
Tiens je vous le fais comme ça :
700 000 000 000 US$ (essayez de taper ça pour voir, ça fait presque mal au pouce. On croirait le prix du pain dans les années 30 en Allemagne)
Z'imaginez ? non, hein ? Moi non plus. On n'est pas encore 7 Mds sur cette planète. On est en train de parler de 100$ par être humain.
Pour un "plan".
Un pauv' plan.

Et vous voulez que je vous dise le pire ?
Eh ben il me plait pas, à moi, ce plan. A ce prix là, avouez que c'est moche.
Henry Paulson doit être furax. "Quoi ? je mets d'un coup d'un seul ce que gagne un Smicard en 333 333 siècles (ouais, j'ai compté, ça nous amène en...beaucoup, vu qu'au 100eme siècle on serait en l'an 10 000) bref, un monceau de thunes incommensurable et Aureliano Buendia n'est toujours pas content ? mais qu'est ce qu'il lui faut ?"
... qu'il se dit le Paulson.
Eh bien je vais vous le dire tout de suite.

Mais d'abord, petit résumé de ce qui est reproché aujourd'hui à ce fameux plan (par "les gens qui savent")
En gros, le plan c'est donc : on creuse un grand trou. L'Etat achète tous les trucs foireux des banques (ils appellent ça des "actifs toxiques", c'est mignon, non ? un peu comme les déchets...), pour ça, il dispose de 700 Mds. On met tout dans le trou. Les banquiers ressortent de sous la table tout propres, débarrassés de leurs actifs toxiques, et reprennent le business en hurlant au monde entier " A y est ! j'ai fini !" (je le sais, ma petite fille fait pareil en sortant des toilettes). Quelques temps plus tard, Paulson descend dans le trou, ressort tout le bardas et essaie de le revendre discretos pour récupérer son pognon.

Quelques reproches sont donc déjà évoqués :
- "C'est pas son pognon". Bah ouais, c'est celui du contribuable. ça on s'en fout, ça fait longtemps qu'on le sait, le contribuable est un con.
- "à combien il les achète les "actifs toxiques" ?" là, c'est des malins : Si Paulson achète pas cher, les actifs étant encore dans les comptes des banques pour des montants parfois fantasques, il va falloir inscrire le prix d'achat dans les bilans donc encore annoncer d'énormes dépréciations ! ça ne résout donc rien. (s'il achète cher, il ne revoit jamais son pognon, et vous revenez au premier point)
- "d'où qu'il les sort donc les 700 milliards ?" Eh oui... je ne vous fais pas l'article, si ça vous intéresse, lisez les 250 posts précédents de ce blog.

Ce dernier point mériterait évidemment un post entier. J'ai la flemme, je ferai ça bientôt. Gros warning à ceux qui répondrait trop vite "la Chine", la planche à billet", etc. On est arrivé là à des hauteurs vertigineuses auxquelles même les énormes excédents chinois se sauraient suffire...

Bref, à part ça, pourquoi il ne me plait pas, ce plan ?
D'abord parce qu'il pourrait bien ne pas suffire... le but du jeu, le SEUL but du jeu à court-terme pour Paulson, c'est de taper fort pour "restaurer la confiance". Et c'est très très aléatoire, la confiance. Pas le genre de truc qui s'achète, même à 700 Mds... et à voir les soubresauts des cours du pétrole ou de la bourse ces derniers temps, c'est loin d'être gagné.

Enfin, et bordel de merde, parce que j'aimerais que ce bon Henry et ces amis reconnaissent enfin qu'ils sont fauchés ! qu'ils pourront redistribuer tous les milliards qu'ils veulent dans tous les sens, tant qu'ils n'auront pas mis un terme au train de vie pharaonique de l'économie US dans son ensemble, ils ne s'en sortiront plus ! J'aimerais que ce bon Paulson et sa clique disent enfin au monde entier et particulièrement aux gouvernants de ce pays qui leur collent au train :

"STOP !!! Arrêtez tout ! on s'est gaufrés !
Il faut de toute urgence stopper les dépenses militaires et la marchandisation de tout ce qui bouge et complètement "définanciariser" nos économies, sinon on va tous y passer"

Ce jour là, je pourrai enfin fermer ce blog et vous dire à tou-te-s :
Le capitalisme est mort, bienvenue au 21eme siècle.

jeudi 18 septembre 2008

Une page se tourne

Je ne vous l'apprends pas : ça s'accélère franchement.
Je zappe donc rapidement toutes les infos que vous pourrez trouver abondamment commentées ailleurs, on va tenter de filer direct à l'essentiel, évidemment beaucoup moins médiatisé.

Ces dernières heures : après la disparition de 3 des 5 empires financiers US qui faisaient encore la pluie et le beau temps dans le monde l'année dernière (Bear Stern, Lehman Brothers, Merril Lynch) et l'implosion du premier assureur US, AIG, il semblerait que le 4eme larron (Morgan Stanley) soit au plus mal. La dernière JP Morgan, ne passera sans doute pas l'hiver non plus. Une des plus grosses banques de dépôt, Washington Mutual (WaMu pour les intimes) chercherait un repreneur d'urgence. Bref, c'est la cata annoncée depuis longtemps sur ce blog et ailleurs.

Le "dernier rempart" d'un capitalisme à l'agonie est constitué d'un quatuor de choc : la Fed, le Trésor, la FDIC et la SEC.
Quatuor sur tous les fronts en ce moment et qui ne sait plus où donner de la tête... et du carnet de chèque.

Questions simples, presque naïves, mais ô combien légitimes et finalement pertinentes :
- "Mais d'où sortent donc ces milliards que les "pouvoirs publics" sont en train de distribuer en urgence ?"
- " je croyais que l'Etat US était lui-même endetté..., donc QUI paye ?"

D'où sortent les milliards en question ?
A ce stade, ils ont principalement été distribués par la "Fed".
Or l'impensable est en train d'arriver sous nos yeux : la toute puissante, la sacro-sainte "Fed ", l'ultime bastion, pourrait bien, à son tour, être au bout du rouleau.
Le trésor US vient, ce soir, d'organiser en urgence des enchères pour... renflouer la Fed !
Vous parliez de ça à un économiste il y a un mois, il vous prenait pour un fou...
Ces enchères sont donc des emprunts, contractés par le Trésor (l'Etat fédéral US) qui prête ensuite à la Fed, qui a elle-même prêtée aux banques, qui... etc. OK.
Mais qui prête donc au Trésor ?

Question beaucoup trop "bête" pour que nos têtes pensantes se la posent. Dommage.
Dommage, parce qu'ils se la posaient, ils pourraient constater, peut-être, une demi-seconde avant d'en crever, qu'elle n'a déjà plus de réponse...
Un économiste vous dira, en haussant les épaules : "Ben, les acteurs économiques !" (genre, il est con lui...)
Un journaliste du Libégaro vous dira, en écarquillant les yeux : "Ben, la Chine, les fonds souverains, tout ça !" (genre, il habite où, lui ?)
Les "acteurs économiques". OK. Mais les acteurs économiques US sont, dans leur globalité, endettés jusqu'aux yeux ! L'argent qu'ils sont en train de prêter au trésor, ils le doivent déjà à d'autres. Qui ?
"La chine, les fonds souverains, tout ça". Super. Est ce si sur ? Pour combien de temps ?

Un seul organisme, directement concerné, regarde un peu ce qui se passe : le département du Trésor US lui-même.
Et ça donne ça, les "TIC data".
Ce sont les thunes qui entrent aux US, sous une forme ou une autre et qui sont donc censées compenser les "pertes" (en très gros, le déficit commercial, soit environ 60 Mds de dollar par mois).
Ces données ont été publiées hier et concernent le mois de juillet. Le verdict est sans appel : -8.2 Mds (ligne 21)
Là où 60 Mds auraient du rentrer, juste pour pouvoir continuer la fuite en avant, non seulement rien n'est entré mais 8 Mds sont même sortis.
Attention, ces données sont très volatiles et d'une telle complexité qu'elles contiennent des marges d'erreur énormes.
(Pour les fans de ce sujet, voir le blog de Brad Setser au "Council on Foreign Relations". Attention, c'est extrêmement dur à lire) Une seule chose est sure : il y a un bug, un immense bug sur le financement de l'ensemble de la dette de l'économie américaine.

Et c'est à mon avis clairement là que ça se passe. Les faillites en tout genre, à côté, c'est quasiment de la rigolade.

Vu le délai de publication de ces données (un mois et demi), les chiffres du mois de septembre ne seront disponibles qu'à la mi novembre. Ils pourraient être encore à peu près potables dans la mesure où les financiers US semblent en train de rapatrier des fonds du monde entier. Mais derrière, c'est le gouffre et l'explosion du truc au grand jour : la faillite de toute l'économie américaine.

C'est donc une page de l'histoire du monde qui est en train de se tourner en ce moment même.
Ceux qui pensent que "bah ! la chine prendra le relais" devraient d'urgence lâcher leurs bouquins.
On ne remplace pas comme ça un "point de croissance" par un autre "point de croissance". On ne remplace pas la production américaine d'armement, de logiciels, de médicaments, de pétrole, etc. par des T-shirts et des jouets en plastique !
Je caricature, ok, mais c'est un système économique entier qui s'effondre, le capitalisme d'Etat chinois n'y survivra pas non plus !

Devant l'énormité du désastre annoncé, les prophètes se sont remis à prêcher.
Toujours les mêmes vieilles soupes :
D'un côté, les libéraux (les vrais, pas la droite pépère), pour lesquels toutes ces crises sont dues aux interventions de l'Etat.
De l'autre, les "interventionnistes" (disons la gauche, ou les "néo-keynésiens"), pour lesquels il faut au contraire plus de règlementation et un poids plus important de l'Etat dans l'économie.
ça fait un siècle que les uns et les autres nous bassinent avec leurs dogmes à deux balles.

Pendant ce temps, des milliers de gens, d'individus, loin de ces stériles querelles construisent, non pas une voie médiane (c'est précisément le système qui est en train de se vautrer) mais une "autre" voie :
Une économie privée ET non capitaliste.
Des dizaines de formes d'entreprises différentes, qui commencent à savoir presque tout faire, des grains de blé à la finance, mais SANS rémunération du capital.

Une page se tourne, et la prochaine est blanche.
A nous de l'écrire.

lundi 15 septembre 2008

When the shit hits the fan...

J'aime beaucoup cette expression ô combien poétique de nos amis anglophones.

Je l'ai découverte il y a bien longtemps dans un des films de la série "Y a-t-il un pilote pour...", savamment traduite en français, (et quelques secondes après, en image) par : "ça va chier dans le ventilo".

Je trouve que ça résume bien ce qui s'est passé aujourd'hui dans le monde du pognon.
Si j'étais redac-chef au Libégaro, je n'hésiterais pas une seconde et je titrerais comme ça demain direct : "ça va chier dans le ventilo !".
ça aurait de la gueule, non ? Bon, heureusement pour moi (et pour vous) j'ai un vrai métier. (presque...)

Je ne vous cause pas technique aujourd'hui, vous en avez des placards entiers partout. Et puis surtout, à ce stade là, ça me dépasse. (ça dépasse tout le monde, pour vous dire franchement)
Je ne vous fais pas de dessin, hein, mais imaginez la scène : Tous les banquiers du monde réunis dans un salon feutré, les murmures de la conversation couvrant le ronron imperceptible d'un petit ventilateur dont les pales brassent inlassablement un air épais, lorsque tout à coup... vlam.
the shit hits the fan.
Autant vous dire qu'il va falloir un bon moment avant que tout ce petit monde reprenne ses esprits et arrive à mesurer à quel point il vient d'être irrémédiablement touché. Sans compter les dommages collatéraux et autres sur-accidents.
Car certaines banques ont déjà communiqué qu'elle n'étaient pas exposé "tant que ça" à Lehman. Certes, certes... Mais elles sont sans doute exposées à celle d'à côté qui vient elle, d'en prendre plein le costard et qui, tout à coup, se retourne.

Bref, rien de bien intelligent à vous dire ce soir, on se prépare un joli jeu de massacre à l'échelle mondiale, la prochaine victime est déjà désignée (AIG) à moins que l'ami Benny ne nous réserve un de ses habituels tours de passe-passe.
Je ne peux que vous proposer de relire mon post du 24 avril dernier, "crise financière : 2ème round" ou celui du 15 juillet "Crise : quels pouvoirs ont réellement les "pouvoirs publics" ?.

Je vous quitte sur quelques citations toutes fraiches d'aujourd'hui qui m'ont bien fait rire :

"La crise devrait être moins grave que celle de 1929"
Joseph Stiglitz (ah ben, ça nous rassure, on allait s'inquiéter !)

"C'est un choc structurel sans précédent depuis 1929"
Alan Greenspan, dit "Yoda", presque en même temps.

Enfin, la blague du jour, pour les initiés :
"Lehman : Fitch Ratings dégrade sa notation"
(aujourd'hui, vers 16h)

Onde de choc

Petite réaction à chaud à la faillite de Lehman Brothers.

Elle illustre parfaitement le sujet des deux posts précédents : la marge de manœuvre des pouvoirs publics US s'est considérablement réduite l'année dernière, sans pour autant régler quoi que ce soit. Résultat : ils sont aujourd'hui quasiment à bloc et ne peuvent plus fournir, alors que les choses réellement sérieuses commencent !

Il est clair que s'ils avaient pu trouver un petit arrangement pour Lehman, comme ça avait été le cas pour Bear Sterns, ils l'auraient fait. S'ils ne le font pas, c'est tout simplement parce qu'ils ne peuvent plus !
Plus exactement, c'est un constat d'échec et un changement de stratégie auxquels on assiste là.
Jusqu'à présent, les efforts de la Fed et du Trésor semblaient s'être concentrés sur les "gros", afin d'éviter un mouvement de panique qui aurait emporté à coup sur tous les petits. (90 banques en difficultés aux US en ce moment même !)
Jouable, mais dangereux. C'est un peu du "quitte ou double", car si les gros tombent quand même (ce qui est précisément en train de se passer), on se retrouve avec la vague de panique mais sans les moyens pour y faire face !
(bon éclairage sur la marge de manoeuvre US chez Tropical Bear, blog "atlantiste et libéral".

Il semble donc que les pouvoirs US aient jeté l'éponge sur cette stratégie afin de conserver en urgence la maigre marge de manœuvre restante pour faire face à ce qui ne manquera pas d'arriver maintenant : une crise économique généralisée, avec baisse générale, des actifs, des prix, de la monnaie, des emplois, etc.

A partir de maintenant, on ne rigole plus. C'est un jeu de domino terrible qui va commencer.
Personne à ce stade ne mesure l'ampleur de l'onde de choc qui vient de se déclencher.
D'autant que le contexte est assez désastreux : le déficit du commerce extérieur US, (le vrai "indicateur" à mon sens) est reparti à la baisse avec un bon -62,2 Mds annoncé vendredi dernier pour le mois de juillet.
Il va falloir surveiller de près la structure des entrées de capitaux, demain, 14h.

En attendant, c'est sauve qui peut à tous les étages sur les marchés financiers aujourd'hui. A tel point, la faillite de déguisée de Merril Lynch, (une nouvelle qui, à elle seule, aurait provoqué une panique il y a quelques mois), passe presque inaperçue.

En quelques mois, ce sont donc 3 des fleurons de la finance américaine qui viennent de mordre la poussière : Bear Sterns, Lehman Brothers et Merril Lynch. Le pire étant que tout le monde commence à comprendre que ce n'est en réalité que le début...

mercredi 10 septembre 2008

un scénario de rêve

Bon, j'espère que vos vacances se sont bien passées, que vous êtes revenu-e-s détendu-e-s, bronzé-e-s et reposé-e-s, parce que ça repart très fort.

(tiens, au chapitre "vacances", je ne sais pas ce que vous avez fait, mais je vous assure qu'on peut passer de super moments sans partir au bout du monde et dépenser des fortunes. Une bonne paire de godasses et un sac à dos et vous passez 15 jours dans un des plus beaux pays du monde avec à peu près tout ce que vous voulez au programme. Océan, montagnes, campagne, sports en tout genre, rando, spéléo, escalade, plongée, vélo, canoë, yoga, bonne bouffe, culture, festivals, visites, châteaux, grottes, détente, fêtes, massages, des régions splendides, des chouettes gens; la France, c'est top. Et c'est 100 fois mieux pour votre portefeuille, pour votre santé et pour la planète que le Club Med à perpette. Je le redis : un aller-retour à New York et vous avez immédiatement émis la quantité de CO2 "acceptable" par être humain pour une année entière...)

Revenons à l'économie...Je vous rassure, vous n'avez pas raté grand chose au mois d'août. Un vague espoir des boursicoteurs que "le pire soit passé", une bonne descente du baril de pétrole et une légère remontée du dollar, basta.
Et puis la rentrée et vlan, on repart dans le scénario catastrophe.

En très gros, malgré tous les efforts et les "coups" de la Fed et de l'administration Bush, la situation de l'économie américaine est bien pire qu'il y a un an et l'avenir plus sombre encore. La seule vraie différence, c'est que les pouvoirs publics ont maintenant tiré la plupart de leur cartouches et qu'ils vont bientôt arriver, à leur tour, au bout du rouleau.
Ils ont pour l'instant concentré leurs efforts sur, non pas des réformes de fond, qu'il faudra faire de toutes façons, mais sur le fait d'essayer de sauver la face, à défaut des meubles. Ce sont des centaines de milliards qui ont été engloutis pour éviter la faillite d'un "grand nom" qui aurait à coup sur provoqué une vague de panique. 30 à 40 milliards pour Bear Sterns, un chèque "conso" de 168 Mds, quelques gruges dans les règlements de la bourse et maintenant jusqu'à 200 Mds pour Fannie et Freddie et tout ça avec un déficit budgétaire qui explose à plus de 400 Mds, les américains sont en train de faire un très très joli cadeau à leurs enfants.
Et tout ça, comme je l'évoquais dans le post précédent, ne règle rien. ça ne fait que gagner un peu de temps en espérant sans doute décaler le pire jusqu'à... la prochaine administration.
A ce stade, 9 banques US ont déjà fait faillite. Mais 90 sont déjà officiellement en difficultés et certains estiment que 100 à 200 devraient tomber l'année prochaine.
Et tout ce que grille aujourd'hui l'Etat US pour essayer de masquer l'ampleur réelle des dégâts, c'est autant qui ne sera pas disponible demain pour régler les vrais problèmes !
Aujourd'hui même, Lehman Brothers, l'un des 5 plus gros établissements financiers, qui avait déjà perdu plus de 75% de sa valeur, vient encore de chuter de 45% et se retrouve au plus mal.

L'agonie va encore prendre de très longs mois, mais le capitalisme tel qu'on l'avait connu jusqu'ici a entamé son chant du cygne. D'autant qu'enfin, on commence à se rendre compte un peu partout qu'on avait des alternatives sous les yeux depuis déjà longtemps. Je vous le dis : "Les mouches ont changé d'âne".
Un peu partout, bien en-dessous de la ligne de mire des futurs ex-grands de ce monde, des réseaux se tissent, des liens se forgent, des projets naissent, des entreprises différentes se montent, de nouveaux modèles émergent, des nouvelles idées circulent. Le monde des assos, des ONGs, des coopératives, des réseaux, des PMEs bouillonne. Ils sont bio, éthiques, équitables, coopératifs, associatifs, responsables, durables, renouvelables ; ils font de la bouffe, de l'énergie, de l'info, des transports, des fringues, des logiciels, de la musique. Ils consomment moins et vivent souvent plus. Ils sont inclassables et souvent invisibles. Mais ils sont bien là et sont en train de changer le monde.

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