Derrière ce nom barbare, typique des milieux économiques, se cache un concept plutôt simple et d'une importance majeure pour la mise en oeuvre d'une économie moderne, respectueuse de la planète et (si possible, merci) de l'humanité.

Si, comme moi, vous commencez par consulter la fiche wikipedia , vous y trouverez cette bonne blague :


« L'externalité ou effet externe désigne une situation économique dans laquelle l'acte de consommation ou de production d'un agent influe positivement ou négativement sur l'utilité d'un autre agent, sans que cette influence ne se traduise par une variation du niveau des prix. »


(Ils sont magiques, non, les économistes ?)


En gros, c'est quand, en faisant quelque chose, tu bouzilles un truc qui ne t'appartenait pas.
PAR EXEMPLE, un agriculteur fait pousser du maïs MAIS pollue la rivière.


J'avais prévenu, c'est simple.


Maintenant, pourquoi est-ce important ?

« Le bio, c'est plus cher ». Vrai dans le système actuel, mais faux si on intègre les externalités.

Le « non bio » n'est moins cher que parce qu'il se permet de détruire, gratuitement, la terre, l'eau, l'air, la vie (le perrier). Forcément, ça représente un avantage considérable pour celui qui se sert de tout ça sans le payer, par rapport à celui qui le respecte, ou qui le paye. « intégrer les externalités », c'est ça : inclure DANS les coûts de production, la valeur de ce qui a été détruit. Tu fais ce que tu veux, mais tu le payes. Après, oui, chers libéraux, on peut laisser faire le marché. Mais seulement APRES. Aujourd'hui, le marché est totalement biaisé.

(je passe sur le fait que, quand vous achetez bio, non seulement vous payez une première fois (1) plus cher votre nourriture, mais vous payez quand même (2) les dégats du non bio en achetant votre eau, qui était propre avant mais qu'il a fallu dépolluer et je ne parle même pas des impôts et subventions (3) à tout ça).


Et ça ne vaut pas que pour le bio, loin de là :

Certains hotels allemands font laver leur linge en Pologne. Moins cher.

Moins cher ? Ajoutez le coût réel de la pollution généré par le transport, et on en reparle.

Beaucoup de frites consommées en Belgique sont des patates qui ont poussé en Allemagne puis sont envoyées dans le Maghreb pour y être pelées, découpées et surgelées avant de retourner en Belgique.

« c'est la loi du marché ! » se féliciteront les libéraux. Tu parles ! C'est une absurdité pure et simple, une ânerie sans nom, la loi du plus fort qui s'arroge le droit de détruire un bien qui ne lui appartient pas : la Terre. Notre Terre à tous.

Comme on le voit, les « externalités », il y en a partout. Pour résumer, les économistes appellent tout ce qui les emmerde comme ça et en gros, je ne vous le cache pas, nous sommes tous des externalités. :-)


Voilà pour le concept de base. Je vous demande encore 3 minutes d'attention, c'est là que ça se corse :

Ok pour intégrer, mais comment on fixe le prix ?

Dans de nombreux cas, c'est simple. Et si on se contentait de ceux là, ce serait déjà énorme. Pour de l'eau polluée par exemple, c'est le coût de la dépollution. Mais ça ne vaut que pour les dégats, disons « réversibles ».

Restons sur l'exemple de l'eau : en général, on ne peut en « récupérer » que 80%, les 20% qui restent sont « perdus ». Comment fixer le prix de ces 20% ?

On complique encore un peu ?

Je pollue de l'air. On ne peut pas le dépolluer. C'est combien ? Et surtout, je les paye à qui ?

L'Etat répondra : « à moi ». Mais est-il réellement propriétaire de ce qu'il est en train de vendre ?

Même si l'humanité entière était d'accord, de quel droit fixerions-nous le prix auquel ceux qui ne sont pas nés seraient prêt à vendre, aujourd'hui, le droit que nous détruisions leur planète ?

Peut-on considérer qu'il y a un marché s'il n'y a pas d'offre ?

Et vendre quelque chose qui a été volé, c'est de l'économie ou... du recel ?

On le voit, les externalités sont un des bugs principaux du marché et ne sont, au bout, pas du ressort de l'économie. Elles posent la question des biens marchands et non marchands et au-delà, celle de la propriété et des biens communs.

À suivre...

(Pour vous récompenser d'avoir tenu jusque là, voici une vidéo qui aidera à mesurer l'ampleur des enjeux. Regardez absolument ce petit bonhomme avec sa chemise à carreaux, vous vous en souviendrez longtemps)


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envoyé par tinou1225