Je parle de fin du capitalisme depuis de nombreux mois maintenant. Et les critiques ou moqueries, si elles n’ont pas encore cessé, passent peu à peu de « Boarf » ou « Meuuhh non ! » à « Bon ok, mais qu’y a-t-il après ? ». En d’autres termes, existe-t-il des alternatives ?

Alors à force de répéter la même chose, je me suis décidé à l’écrire. Il y en a plein, des alternatives au capitalisme. Des tonnes. L’embarras du choix.

N.B : Je ne rentrerai pas ici dans l’éternel débat « qu’est-ce que le capitalisme ? », en quoi peut-on dire qu’une activité est capitaliste ou pas ? etc. et je me contenterai de lister des initiatives existantes qui remettent en cause de façon fondamentale certaines de ces caractéristiques. La plus cruciale à mes yeux étant la recherche du profit comme moteur principal de l’activité (et plus exactement, la course sans fin à la rémunération du capital).

NB2 : A mon avis, le capitalisme ne sera pas remplacé par un « dogme », par un système prépensé et prémaché. (il en existe pourtant, par exemple, le « Parecon » de Michael Albert). Personne n’a d’ailleurs jamais imaginé le système actuel. Il s’est construit comme il est en train de s’effondrer, peu à peu, par petits touches avec parfois des ruptures de phase, beaucoup plus marquées. Le capitalisme subit aujourd’hui les assauts multiples et divers d’une véritable « guérilla économique ». Comme toute guérilla, elle est menée par des petits groupes, très mobiles, très différents, souvent autonomes, qui tissent peu à peu des liens (non hiérarchiques) entre eux et constituent peu à peu un véritable réseau de résistance(s).

Logiciel libre

StallmanOn commence par le secteur le plus développé, le plus puissant et aussi le plus discutable : le logiciel libre. Dire que le logiciel libre est (ou n’est pas) anti-capitaliste n’a évidemment aucun sens. Le logiciel libre est le logiciel libre et basta.

De nombreuses entreprises capitalistes traditionnelles en ont même fait leur cheval de bataille. Reste quand même que les multiples structures, réseaux, communautés qui l’animent :
- expérimentent de nouvelles formes d’organisation et de travail en commun (donc de nouvelles formes d’entreprise au sens large)
- rémunèrent souvent le travail, mais pas le capital
- ont largement contribué, en redéfinissant les contours des droits d’auteur, à diminuer la main mise du capitalisme sur la propriété intellectuelle.
Et pour ceux qui auraient encore l’impression que « ok, mais bon c’est « virtuel » (si, si, il y en a) on parle tout de même ici d’un marché annuel de 400 Mds de dollar, sonnant et trébuchant. Parmi les stars de ce secteur, citons rapidement Firefox, Thunderbird, Open Office, Linux, Apache, My SQL…

En bref, si le secteur ne peut en aucun cas être qualifié dans son ensemble d’anti-capitaliste, il contient indéniablement de nouvelles formes d’entreprise qui constituent des alternatives concrètes. Enfin, la proximité de l’organisation générale du secteur avec l’autogestion, chère à certains altermondialistes, voire avec certains concepts de base de l’anarchie ne peut que sauter aux yeux.

Connaissance libre

On en arrive tout naturellement à Wikipedia. Peut-être l’un des projets les plus importants au monde, 7,5 millions d’articles rédigés par plus d’un million de gens en 253 langages, qui n’est pas sans rappeler l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert… et ses conséquences politiques. La plus grande base de connaissance au monde n’est pas une entreprise capitaliste. Libre, gratuite, pas de profit, pas d’accumulation du capital, des problèmes à tous les étages… « et pourtant, elle tourne ».

Culture libre ?

On reste sur Internet pour glisser vers les très controversés réseaux peer-to-peer… certains diront qu’en détruisant le business des majors (-25% de CA en quelques années, -17% sur les ventes de CD uniquement sur le premier trimestre 2007 !), ils mettent en danger la création artistique. Je ne le crois pas, au contraire.

Les coopératives

On passe dans ce que certains appellent encore le « monde réel » pour un survol rapide des SCOP. En très gros, les SCOP sont des SA ou SARL :
- Qui plafonnent la rémunération du capital
- dont les employés sont « propriétaires » (il détiennent au moins 55% du capital)
- démocratiques (les employés détiennent au moins 65% des droits de vote et choisissent donc les dirigeants)
- et dans lesquels les plus-values sont impossibles (les parts sont remboursées à leur valeur nominale).

Et bien les SCOP, rien qu’en France, ce sont plus de 1600 entreprises, 36 000 employés et 3,1 Mds d’euros de CA ! En Europe, on parle de 65 000 entreprises et 1,3 millions d’emplois !

Wall Street La banque...

On poursuit la plongée vers le cœur de la bête, pour arriver là où ça fait mal… Petit passage, d’abord, par l’énergie pour saluer l’arrivée d’Enercoop, fournisseur d’électricité 100% renouvelable et qui est… une coopérative !

Et puis on arrive au centre. Au cœur du réacteur. Le secteur bancaire et… les medias.
Vous ne connaissez peut-être pas encore la NEF.
La NEF, c’est, en gros, une banque. (coopérative, évidemment). Mais surtout, la NEF rend à ses clients le pouvoir de décider de ce qui sera financé avec leurs thunes ou pas. (NB : pouvoir que vous n’avez pas dans votre banque actuelle ; en ce sens, en augmentant la liberté ET la responsabilité de chacun, la NEF est étonnamment plus près des idéaux de base des libéraux que n’importe quel autre organisme financier…). A ce jour, vous avez le choix entre le financement de projet dans l’agriculture bio, le développement social et solidaire, les énergies renouvelables, la culture, etc.
Alors ok, la NEF, ce n’est pas encore la puissance de la BNP. Mais on y va. Au départ, la NEF, c’est plutôt une bande de potes. Aujourd’hui, ce sont déjà près 30 millions d’euros d’épargne collectée auprès de plus de 16 000 sociétaires, et, surtout, près de 20% de plus chaque année… et là, la BNP… ils ne peuvent plus s’aligner.

...et les medias

Et je termine par les medias. Les medias, ce sont non seulement le quatrième pouvoir, les contenus, les actus, l’info, l’influence, mais aussi le pub, la consommation… Là aussi, le capitalisme, hier omniprésent, omnipotent, est assailli par des nuées d’initiatives individuelles (blogs, medias collaboratifs, réseaux, lettres d’infos) qui lui arrachent peu à peu du « temps de cerveau disponible ».
Et si hier encore ça faisait sourire, ça commence à faire mal… Libé est au bord du gouffre, Le Monde n’est pas frais, et (et c’est un comble) les deux temples que sont les Echos et La Tribune commencent à battre de l’aile, obligeant les véritables « donneurs d’ordre » du monde médiatique (Marchands d’arme, fonds d’investissements, Etats…) à sortir de l’ombre pour voler au secours de leurs petits soldats. Je n’aborde pas ici des secteurs « alliés », le bio, l’équitable, etc. faute de place. Mais ils existent aussi. Aujourd’hui, ce sont donc des millions de gens qui montent et participent à des initiatives de toutes sortes, dans le monde entier, qui grignotent peu à peu du terrain et contribuent à construire, pas à pas, l’après capitalisme.

"Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme"

Certains considéreront qu’il ne s’agit pas ici de « fin » du capitalisme, mais plutôt de mutations. Si ça peut les rassurer, tant mieux. Je considère (mais c’est une question de point de vue) que des entreprises qui ne rémunèrent plus ou plafonnent la rémunération du capital, dans lesquelles plus-values et spéculation deviennent obsolètes et qui redéfinissent complètement la propriété et la gouvernance des moyens de production ne sauraient être considérées plus longtemps comme « capitalistes ».

S’ils faisaient sourire hier encore, ces mouvements sont en train de taper de plus en plus fort, jusqu’à s’attaquer au cœur même d’un système dont les partisans ne sont pas du genre à plaisanter. On commence même à murmurer que, dans l’ombre, sans faire les gros titres, « la quatrième guerre mondiale a commencé ».