Ben Bernanke ne sert à rien. (Quoique...)
Par Aureliano Buendia le mercredi 18 juillet 2007, 22:32 - Lien permanent
et en plus, il est pas marrant. Non, franchement. Les blogs économiques respectables ne vous le diront pas - ça ne fait pas sérieux - , mais Ben Bernanke a un vrai souci : il est chiant.
Ce gars là est patron de la Fed. Chacune de ces interventions est attendue des jours à l'avance, chacun de ces mots est pesé, analysé, la moindre variation dans la formulation fait basculer des millions de dollars et qu'est ce qu'il dit ? RIEN ! Mais alors quedalle...
Prenez ces prédecesseurs, c'était autre
chose ! des gars péchus. Volcker, c'était Darth Vader. Le mec qui soigne
le mal par le mal, voyez. Pas fin, le garçon. L'homme qui a fait monter les
taux au-delà de 20% pour abattre l'inflation. Même pas peur. Et Greenspan...
Ah ! le regretté Greenspan, un poète Greenspan, le yoda de la finance
internationale, plus de 18 ans à la tête de la Fed ! un mythe... mais
passons.
Bernanke, lui, ne dit rien et fait ce qu'il dit. En 16 mois, le mec a remonté une fois les taux de 0.25%. Basta ! en 16 mois ! Le service minimum, il maitrise grave, lui ! Bon, on ne peut pas lui en vouloir, il dirige un truc (la Fed) qui ne PEUT rien faire. En gros, l'inflation est sortie depuis bien longtemps des limites officiellement acceptées (2,5 à 3% contre 1 à 2 d'objectif) ET la croissance est à la rue. S'il relève les taux, pour faire baisser l'inflation, il fait baisser la croissance. S'il les baisse, pour stimuler la croissance, il fait remonter l'inflation. Niqué. Alors il se branle. Et depuis 16 mois, il fait genre une sortie par mois, pendant laquelle il ne dit absolument rien.
(Plus haut, en photo, Paul Adolph Volcker. Ci-dessous, Alan "Yoda" Greenspan, à gauche, et Ben Bernanke, à droite. On voit bien la différence...)


Et bien vous voulez que je vous dise ? ("OUI !!" hurla la foule en délire) Et bien c'est précisément ça son job !
Diriger une équipe de super pontes ultra balaises, qui brassent des tonnes de chiffres en grande partie faux, pour sortir tous les mois, devant tout le gratin de la finance, transformé pour l'occasion en portée d'oisillon à qui on donnerait la becquée, ces quelques phrases magistrales : "Tout va bien..." "Ayez confianssssssss" "peut-être à un moment ça ira moins bien, mais après vous allez voir, tout ira bien"
C'est un peu le serpent du Livre de la jungle, voyez ?
Il dit pas exactement comme ça hein, faut rester crédible, généralement ça donne plutôt : "Dans l'ensemble, l'économie américaine semble devoir croître à un rythme modéré au second semestre, avec un petit raffermissement attendu en 2008 à un niveau proche du plein potentiel de l'économie" ah ! c'est pas de la news ça ? En fait, son VRAi taff, c'est ça : rassurer tout le monde, faire en sorte que chacun se comporte exactement comme d'habitude et que surtout personne ne panique. et tant que ça marche, ça marche...
Pour le reste, c'est "ferme les yeux, baisse la tête et prie très fort..."
Commentaires
Juste pour les lecteurs de la nuit (z'avez rien de mieux à foutre non ?)
un "pote de Bercy en accointance avec les banques centrales" me fait parvenir le croustillant commentaire ci-dessous, dont je souhaitais, avec son autorisation, vous faire profiter :
"Ben oui, c’est ça !
Mais des fois, il fait le gars qui veut pas rassurer. Tiens, hier, il était tout chafouin pour son audition à la chambre des représentants. Ce qui donne des titres du type (ça va forcément te plaire) : « Ben Bernanke sème le trouble sur les marchés financiers ». Ta ta tin…
On apprend toutefois… qu’il est toujours soucieux de maîtriser l’inflation. Waouh. Traduction : son alzheimer précoce n’a pas encore atteint les parties centrales du cerveau.
Non, mais y faut voir. Quand y donne pas la becquée, comme tu dis, ça donne de ces envolées lyriques chez les analystes (un peu comme une colique monétaire) : « La tendance indécise prévalant sur les bourses européennes et à New York a cédé la place à un accès de faiblesse généralisé. Un facteur commun a uni cette soudaine morosité (non mais look at the style !). La faute en incombe à :
a)Henri Salvador, qui annonce froidement qu’à 90 ans, son show à Monaco risque d’être le dernier live de sa carrière ;
b)Bertrand Delanöe, qui généralise la pédale à Paris ;
c)Ben Bernanke, parce que… parce que c’est Ben Bernanke. »
J’ai un peu trafiqué la fin de la citation, mais bon, tout le monde saura trouver.
Tu vas boire du p’tit lait, écoute la suite : le président de la Fed « n’a pour le moins pas jeté la bouée salvatrice espérée par les opérateurs ». Bon, les opérateurs, c’est des gens, tu peux pas comprendre. Tout l’intérêt de la phrase est dans la bouée. L’opérateur, y s’en fout de la vérité ; y veut pas que Ben lui dise que la mer monte, il veut qu’il lui balance la bouée ! Merde alors !
Et la conclusion va t’assoir (toi qui bosses allongé) : « Le discours de Ben Bernanke semble indiquer [on est jamais trop sûr, y parle dans sa barbe] que la Fed [t’as pas précisé dans ton papier, mais la réserve fédérale américaine, c’est une fille tellement sympa qu’elle a un p’tit nom] ne se pressera pas [vas-y, j’ai tout mon temps] pour franchir le pas d’une évolution de son principal taux directeur qui devrait être maintenu à 5,25% POUR LA NEUVIEME FOIS CONSECUTIVE à l’occasion de la prochaine réunion du comité de politique monétaire FOMC le 7 août. » Juste une petite dernière, avant de partir : je sais pas si tu vois la gueule de la réunion. « Bon, euh, John, Roger, on se voit mardi, comme tous les mois ? Non, rien de spécial, mais c’est pour toucher les jetons de présence. Oui, comme d’hab, on touche à rien. En plus, je l’ai déjà annoncé dans la presse qui se passerait rien le 7 août. Faudra pas qu’y zaillent grogner après ces glandus."
Je pense à ces dessins animés, où le mec continue à marcher impassiblement dans le vide passé le bout de la falaise.
Et puis, malencontreusement, il regarde ses pieds, voit qu'ils ne reposent sur rien et chuuuuuuute (j'ai dit chute, pas chut . Quoique...)