Pendant ce temps là, à Mexico
Par Aureliano Buendia le lundi 30 juillet 2007, 12:22 - Lien permanent
Les bourses européennes se comportent ce matin comme des animaux blessés. A Paris, une première tentative de rebond a avorté vers 11h, la seconde, encore plus timide, n'a duré que 45mn, on entame la troisième sans conviction, en attendant la marche à suivre de la part de Wall Street. Tout celà n'est pas bien brillant...
Et pendant ce temps là, à Mexico...
"Nous avons donc, d’une part, un exode
dans les campagnes mexicaines (migration vers la ville et vers l’étranger,
surtout les États-Unis) et un repeuplement (injection d’ouvriers agricoles,
principalement d’indigènes dépossédés de leurs terres, dans les nouvelles
grandes propriétés et dans l’agro-industrie, et d’autre part une destruction
(de la nature, de la terre, des forêts, de l’air, de l’eau et de la faune, mais
aussi des relations communautaires) et une reconstruction (des terres
auparavant cultivées sont remplacées par des terrains de golf, des centres
commerciaux, des hôtels et des parcs d’attraction).
Le tout sous un nouvel ordre, celui du marché mondial capitaliste.
Si je ne m’abuse, c’est exactement ce qui se passe dans une guerre de conquête : il s’agit de conquérir, de détruire, de dépeupler, puis de reconstruire, de repeupler et de réorganiser.
Nous avons parlé de la campagne dans notre pays, le Mexique, mais aujourd’hui nous voyons, nous entendons et nous apprenons qu’il est en train de se passer la même chose sur les cinq continents. Ce qui nous permet d’affirmer qu’il s’agit d’une guerre de conquête concernant l’ensemble de la planète : une guerre mondiale, la Quatrième Guerre mondiale.
Que l’on choisisse de voir « l’arbre » ou « la forêt », la conclusion est la même.
Il y a cependant quelque chose, pour nous, les zapatistes, qui fait de cette guerre quelque chose de spécial. C’est que les effets qu’elle entraîne sur la terre et sur le territoire, c’est-à-dire sur la nature, sont définitifs et irréversibles. C’est donc la planète tout entière qui est en train d’être détruite alors que nous n’avons pas d’autre endroit où vivre, de sorte que c’est au bout du compte l’espèce humaine tout entière qui est victime de cette guerre.
C’est pour cette raison que nous disons que c’est une guerre contre l’humanité."
Sous-commandant insurgé Marcos. Mexique, juillet 2007.
Commentaires
C'est le genre de truc qu'un individu retranscrira dans 70 ans dans son blog ( ou ce qui jouera ce role à cette époque là ) en se disant: "voilà, contrairement à ce qu'on nous a fait croire, certains savaient, donc une majorité pouvaient savoir ! Et on a laissé faire..."
La solution est de travailler plus pour ne plus percevoir notre condition, même si tout le monde sait que le travail ne rapporte rien.
Cela n'a pas de rapport direct, quoique dans le style lucide, c'est la même école. En avant première, c'est cadeau:
La barbarie commence à un
Quand la presse bourgeoise
découvre les atrocités hitlériennes
LES JOURNAUX REGORGENT DE DÉTAILS sur les macabres découvertes
faites par les Alliés dans les camps de concentration allemands. Il n'est pas douteux, d'ailleurs, que c'est encore pire que ce que les plus pessimistes pouvaient craindre. Dans la longue liste des carnages qu'accompagne l'histoire universelle, les dirigeants du Troisième Reich effacent jusqu'aux plus sinistres souvenirs, tant par le nombre de leurs victimes que par la nouveauté des procédés mis en oeuvre pour les exterminer.
Mais dans la stupeur horrifiée dont témoigne le monde civilisé, n'y at-il pas quelque chose, sinon de simulé, du moins de bien tardif ? Jusqu'à quel point les horreurs constatées ont-elles été une découverte ?
Car les chiffres hallucinants qu'on allègue ne changeraient rien au problème s'il était démontré que les nazis, bien avant d'opérer sur les masses profondes des déportés de tous les pays, se livraient déjà aux fantaisies sadiques, longuement décrites partout, sur leurs adversaires allemands ou juifs. Tous ceux qui s'intéressèrent depuis 1933 aux événements d'Allemagne connaissent de longue date la lugubre résonance de noms comme Dachau ou Oranienburg, que le grand public apprend seulement aujourd'hui (1). La guerre n'a fait que permettre l'extension et l'industrialisation d'un système qui avait déjà fait ses preuves alors que Hitler et les siens n'étaient pas encore partis à la conquête du monde
Les infamies qu'on révèle aujourd'hui étaient déjà pratiquées - sur une échelle moindre, c'est entendu, mais tout de même largement -, alors que la plupart des « indignés » et des « soulevés d'horreur » de maintenant voulaient les ignorer, quand ils ne s'en constituaient pas les apologistes.
Les malheureux Français qui réchappèrent des abattoirs hitlériens voudront-ils prendre garde que leur trop célèbre compatriote Schneider, que toutes les eaux lustrales de la Résistance ne parviendront jamais à laver, n'est peut-être pas sans responsabilité dans les traitements inhumains qu'ils subirent à Buchenwald, à Mathausen, dans cent lieux de crime et de mort, puisqu'il est avéré qu'il facilitera l'avènement du Führer par les grasses subventions versées par le truchement de la Skoda.
Nous autres, anarchistes, il semble que nous témoignions d'une surprise moins grande que l'ordinaire des hommes quant aux monstruosités que des bourreaux, quels qu'ils soient, peuvent commettre sur des êtres sans défense, qu'un État assassin, sous prétexte de vindicte sociale ou patriotique, a livrés à leur rage sadique. C'est d'abord que l'histoire de notre mouvement nous a beaucoup enseigné à ce sujet. Et en second lieu qu'il n'est pas besoin d'entasser des Pélions sur des Ossas de cadavres pour que se fasse jour notre protestation. Pour nous, la barbarie commence à un.
La barbarie nazie n'est que le cas le plus parfait et le plus extensif d'un phénomène tristement universel. Les fous sanguinaires du Troisième Reich auront innové en. ceci surtout qu'ils ont travaillé sur de plus grandes quantités humaines et qu'ils ont emprunté à l'industrie moderne ou à la « science » de nouvelles techniques d'anéantissement. Aux caprices individuels et aux sauvageries élémentaires, vieilles comme le monde, de tous les chaouchs décharnés, ils ont ajouté les ressources infinies des chimistes et des vivisecteurs.
Les SS - ce personnel de haute qualification dans lequel on a vu, sans étonnement, un maréchal soviétique prétendre distinguer le bon du mauvais grain - ont trouvé aussi des renforts appréciables dans différents pays d'occupation. Le fait doit être souligné, pour montrer ce qu'il y a d'imprudent dans les tentatives d'établir une hiérarchie morale des races. Darnand ne vaut pas mieux que Himmler et la vermine milicienne a pu s'épanouir au soleil de France avec la même facilité qu'elle se serait épanouie en Thuringe ou en Poméranie.
A. P
Le Réveil anarchiste, mai 1945
1. Dès 1934 était paru en traduction française le premier témoignage sur l'univers concentrationnaire nazi du journaliste et député socialiste au Reichstag Gerhart Seger ( 1896-1967 ), Oranienburg 1933 ( réédition La Pensée sauvage, 1984 ), où fut torturé et assassiné l'écrivain et anarchiste Erich Mühsam. [ndlr]