Moins de mal en plus, c'est mieux ?
Par Aureliano Buendia le mardi 14 août 2007, 15:22 - Lien permanent
Vous êtes à découvert. Très à découvert. Et vous dépensez tellement que, tous les mois, vous ajoutez 600€ à votre découvert. Votre banquier s'inquiète. Le mois dernier, vous ajoutez encore 580€. Votre banquier vous appelle et vous dit : "Hé pas mal, vous avez moins plongé que le mois précédent, je pensais que vous auriez fait 610".
Improbable, hein ? Pas du tout. Ce qui se passe en ce moment même aux US. Le déficit commercial du mois de juin s'est établi à - 58,1 Mds de dollars, et certains journalistes trouveraient presque que c'est une bonne nouvelle, parce que les analystes attendaient 61 Mds et que ça représente une baisse de 1,7% par rapport au mois précédent !
Ces gens sont cinglés... D'autant que si vous replacez ce chiffre dans un contexte où le dollar a perdu plus de 10% en quelques mois par rapport aux principales monnaies, (ce qui devrait doper les exportations) il faut être sacrément optimiste pour considérer qu'un passage de 60 Mds de $ de déficit par mois à encore 58 Mds/mois aujourd'hui est une "amélioration" ! Pour moi, on est plutôt dans un contexte où, malgré une très forte dépréciation du dollar, il n'y a toujours aucun progrès sur le déficit commercial qui creuse un peu plus chaque mois la dette à un rythme insoutenable.
Commentaires
ha voui...là je comprends tout à fait là...
mazette....sont FOU ! o0 !
Pour une fois je trouve la comparaison un peu douteuse. Le déséquilibre de la balance commerciale n'a rien à voir avec une dette (ce qu'est un découvert), et avec un esprit un peu tordu on peut même le voir positivement (après tout un pays qui importe beaucoup est un pays qui a beaucoup d'argent à dépenser...). Et puis tout le monde ne peut pas avoir une balance excédentaire, il faut bien que certains pays importent pour que les autres puissent exporter...
Désolé Tristram mais un découvert est une dette. Et le fait d'être riche n'est pas opposbale à celui d'être endetté, au contraire le système capitaliste tend à associer richesse et endettement. Plus on est riche plus on peut emprunter (le contraire est d'ailleurs absurde du point de vue capitaliste) et Auréliano a parfaitement raison sur ce point.
L'intérêt de la crise actuelle est qu'elle risque de remettre en question le financement de la dette US tel qu'il s'éffectuait jusqu'à présent.. En effet la FED est prise entre le marteau et l'enclume: soit elle baisse les taux pour soulager les marchés financiers et l'inflation américaine s'accroît, soit elle maintient ses taux et les bourses vont avoir du mal à se redresser.... Toutefois, dans tous les cas l'économie américaine vit sur l'endettement et il est clair qu'elle n'a plus les moyens d'assurer son niveau de vie.
Fox > "Désolé Tristram mais un découvert est une dette" ? Heu, ben oui, c'est exactement ce que je disais ! Ce avec quoi je ne suis d'accord, c'est le fait d'assimiler le déficit de la balance commerciale à une dette ! Le fait d'importer plus que l'on n'exporte ne signifie pas forcément que l'on doit de l'argent à qui que soit, surtout si on prend soin de distinguer le porte-monnaie de l'Etat américain de ceux de ses citoyens. Pour prendre un exemple simple, si je décide de commander un DVD par correspondance à une entreprise étrangère, celà nuit à l'équilibre de la balance commerciale française, mais la dette de l'Etat français ne va pas augmenter pour autant...
Quant au fait d'être riche ET endetté, c'est parfaitement vrai, le vrai problème est que les USA importent à crédit. Mais encore une fois il faut savoir de quel porte-monnaie on parle: les importations c'est essentiellement de la consommation des ménages, et si ce déséquilibre est mauvais pour la croissance, en revanche il ne change pas grand chose aux rentrées fiscales... Bon, ok, ça résout pas le problème des yankees, financer leur dette grace à la TVA est bien entendu impossible. Mais ça n'aggrave pas la situation non plus...
Certes le déficit de la balance des paiements n'est pas directement assimilable à la dette de l'Etat US. Et effectivement il ne faut pas confondre le budget de fonctionnement de l'Etat et la dette globale des américains. Ce dont parlait Aureliano, je crois bien, c'est de la dette globale. Pour reprendre ton exemple du CD, si les américains importent plus de CD qu'ils n'exportent de Coca alors ils se retrouvent globalement déficitaire à l'égard des pays étrangers. C'est ce qu'exprime le déficit commercial. Or ce deficit peut être entendu comme une dette globale de l'économie américaine à l'égard des autres économies. Il est un fait que la FED finance depuis des années cette dette par de l'émission de monnaie qui concoure à une dévaluation du dollar. (dollar peu cher = achat de monnaie = investissement des etrangers dans l'économie US = maintien de la croissance + baisse des coût à l'importation) Il existe cependant un lien avec la dette de l'Etat américain dans le sens où cette émission de monnaie est gagée sur les rentrées ficales de l'Etat américain, donc sur la croissance interne. Tu as raison de distinguer analytiquement les porte-monnaies mais ils sont dans les faits très liés.
Le déficit commercial américain est compensé par l'afflux de capitaux venant du monde entier. L"écononie américaine draine 70% de l'épargne mondiale. En clair, les américains achètent des produits avec de l'argent qu'ils empruntent à ceux à qui il les achètent ...
Tout cela ne durera pas, et il me semble, que l'affaire des subprimes est un premier signe de craquement de ce système. La consommation des américains était assise sur l'augmentation de l'immobilier, laquelle était financée par des fonds de la finance mondiale. Celle-ci commence à se rendre compte que l'économie américaine n'est plus forcément solvable. Compte tenu de la montagne de dette accumulée par les US, forcément ça fait peur ...