Tellement de news dans tous les sens qu'on ne sait plus où donner de la tête. Laissons une fois de plus les boursicoteurs à leurs sueurs froides ; avec eux, c'est le dernier qui a parlé qui a raison et comme tout le monde l'ouvre en ce moment, ça donne un yoyo du tonnerre.
Si vous en croisez un, soyez généreux, expliquez lui que ce ne sont pas les girouettes qui commandent au vent...

Bon. Il peut se passer quoi ?
Jetez d'abord un oeil sur ce joli graph chez José, de Carnets de Nuit, qui vous montrera que le gros du "subprime" est encore devant.
Vous en déduirez avec moi une interdiction totale, pour notre ami Bernanke de la Fed, de relever ses taux, au moins jusqu'à mi-2008 (sinon il fait peter la banque).

Ensuite, la croissance US. Récession ou pas récession ? Sincèrement, ça n'intéressera bientôt plus que les bookmakers et les journalistes économiques. Que ce soit finalement un peu plus ou un peu moins de zéro n'est pas le problème ; c'est maintenant quasiment officiel : l'économie US est à l'arrêt. Là encore, interdiction pour Bernanke de relever les taux.

A ce stade, il n'aurait qu'à les baisser encore un peu, et tout le monde serait content. Tout le monde ? non.
car un petit village.. pardon.
car le dollar se pete déjà la gueule et que l'inflation ne va pas tarder à montrer le bout de son nez.
et surtout, SURTOUT, je vous le redis, parce que les US ont besoin de faire entrer des charettes de thunes tous les mois pour financer leur déficit !
et pour les faire entrer, ben... faut les rémunérer ! Donc relever les taux.
Sinon adieux vaches, cochons, boeing, 5e avenue et parachutes dorés.

Je suis effaré de ne voir quasiment aucune news dans les dépeches éco quotidiennes sur ce thème. Pourtant, ça commence à sérieusement grincer, non seulement chez quelques économistes comme Brad Setser, mais aussi dans le sacro-saint Financial Times.
Quelques observateurs alertés, sinon avertis, s'accrochent à la croyance selon laquelle "bah, ceux qui financent sont obligés de continuer à le faire, sinon le système s'effondre". Ce n'est pas bien sérieux, notamment parce que la situation qui faisait dire à un ancien secrétaire au trésor US que le dollar était "notre monnaie, mais votre problème" n'est aujourd'hui plus du tout la même (voir le papier du FT).
Comme le souligne Setser "les US se sont mis tous seuls dans une situation où ils ont besoin de grosses entrées de capitaux alors que la croissance US est plus faible que la moyenne, que les taux US sont plus bas que dans d'autres parties du monde et que les valeurs US sous-performent d'autres valeurs financières..."

Le scénario auquel tout le monde tente désespérément de croire est donc le suivant :
La Fed baisse encore un peu les taux et Bernanke brûle un cierge par jour pour que "ça tienne" quelques mois.
Le dollar continue sa dégringolade, mais pas trop vite, histoire de laisser à tous les acteurs le temps de s'adapter.
La faiblesse du dollar, alliée à la vigueur de la croissance mondiale, arrive à doper les exportations US et à leur tenir la tête hors de l'eau...

... jusquà ce que l'inflation refasse surface, que l'économie européenne soit à bout de souffle, etc. Là, remontée des taux, éventuellement violente. Si l'économie US a eu le temps de redémarrer, ça passe. Sinon... c'est ballot.

Voilà. Y a plus qu'à.

Pendant ce temps, on crame des cierges partout pour que :
- les économies émergentes continuent à stocker des dollars qui se déprécient tous les jours
- l'économie européenne arrive à tenir le choc avec un rapport euro/dollar intenable
- il n'y ait pas d'éclatement de la bulle chinoise.
- (et je vous passe al-Qaida, l'Iran, le Pakistan, Chavez, les cyclones, les incendies, etc.)

Pour moi, ça craque sur le premier point. Mais bon, c'est un pari.
Personne, en réalité, n'en sait rien.
Dans mon cas, c'est pas très grave. Mais je vous assure que Bernanke ou Warren Buffet n'en sont pas plus sur.

ça parait incroyable mais tout ça n'est finalement qu'une question de timing.
Si ça se passe doucement, ça peut aller. Si ça s'accélère un tout petit peu trop, tout le monde part en vrille.
et le moindre grain de sable dans le scénario ci-dessus peut faire déraper l'ensemble.

ciao, on se retrouve dans quelques jours pour les entrées de capitaux.
(déficit commercial à -56.8 Mds pour Septembre)