Voyage au bout de la nuit
Par Aureliano Buendia le vendredi 22 février 2008, 22:17 - Lien permanent
Elle commence à bien me plaire, à moi, cette crise. Si, si, une crise aux petits oignons. Ce que je préfère en fait, c'est qu'elle ne ressemble à rien de connu jusqu'à maintenant. Du coup, les jargonneux en perdent leur latin et on commence à enfin pourvoir en parler à la cool sans être repris en permanence par un prophète des mécanismes d'ajustements ou un docteur ès "meuh non, ça s' peut pas, passque".
Les plus marrants en ce moment étant (une fois de plus) les boursicoteurs. J'adore regarder ces mecs. (oui, ben c'est rarement des femmes, que voulez vous). Non contents d'être déjà champions du monde du troupeau de moutons, ils jouent tous en ce moment à la mouche débile qui se cogne 12 fois entre l'ampoule et l'abat jour. Le CAC descend à 4500 et pan, ça remonte à 5000, vlan, on repart dans l'autre sens, etc. et la moindre news les fait tous changer de direction à une vitesse à faire palir un MIG29 et de façon totalement aléatoire.
Ben ouais, c'est la foire.
grave.
Pour les explications techniques, je vous recommande la traduction du papier de Martin Wolf du Financial Times (NB : je n'ai pas vérifié personnellement si la trad était conforme à l'original) ou , en version plus soft mais quand même, cette vidéo d'une chef économiste à la SoGé.
En très très gros, pour les flemmards : le gros des problèmes des subprimes ne va arriver que dans deux ou trois mois, le truc est déjà en train de se transférer aux crédits à la consommation en général ; du coup, les réhausseurs de crédit en prennent plein la tronche, ce qui accroit encore les difficultés des banques, qui ne prêtent plus aux entreprises; qui se cassent donc la gueule, virent tout le monde, donc les gens ne consomment plus, et hop, vous revenez à la case départ (mais sans gagner 20000 francs) et vous refaites un tour.
ouala.
Les quelques optimistes qui comptaient sur la vigueur de la croissance chinoise ou des théories fumeuses de découplage pour soutenir tout ça sont tous en train de se gratter le nez en regardant vaguement leurs pompes... et tout le monde se rend compte que la joyeuse bande "Ben Bernanke and the coconuts" ne sert plus à rien. Bref, y a de la joie.
Ah si , denier truc, la star du moment, c'est l'inflation. Le "SPECTRE de l'inflation", comme ils disent tous (j'adore cette expression, on voit tout de suite mieux l'inflation avec un drap sur la tête et sa faux à la main, qui erre dans des couloirs obscurs en se prenant les pieds dans ses putains de chaines. ça doit pas être facile tous les jours comme boulot, inflation). En fait, on s'en tamponne un peu de l'inflation.
Maintenant que le truc est enclenché, tant que les US n'auront pas résorbé leur gigantesque déficit commercial, leur économie entière continuera à s'effondrer lentement, entrainant dans sa chute l'ensemble du système économique mondial.
Prenez vos places, le film a déjà commencé.
Commentaires
wouaaa, ça fait du bien de rigoler !
nan mais c'est vrai j'ai pas lé télé, et pour cause c'est bien mieux de lire une tite chronique d'auréliano !
thankyou mister ! very good !
Chouette ça va barder !
Salut Auréliano, y aura-t-y des esquimos à l'entre acte ?
Entre chaud aux fesses et froid dans le dos y aura bien quelques frigories à récupérer, j'me contenterai d'une crème glacée...
C'est curieux ce plaisir masochiste à espérer voir les plus pauvres morfler. Parce que si réellement l'économie venait à plonger, ce serait eux qui paieraient le prix le plus fort.
Intéressant ce site, sinon Francis je ne vois de masochiste en cela, les pauvres morflaient dejà et ceux depuis une eternité, Ce sont plutôt les riches qui vont morfler...
Intéressant ce site, sinon Francis je ne vois de masochisme en cela, les pauvres morflaient dejà et ceux depuis une eternité, Ce sont plutôt les riches qui vont morfler...
Ah ! Francis !
Et je ne souhaite pas qu'une crise... je souhaite même l'effondrement de ce joli système.
Avec des raisonnements comme ça, on en serait sans doute encore à prier pour que la récolte soit bonne, sans voir que toute l'aristocratie en vole la majeure partie.
Ou à recommander aux esclaves de mieux bosser, s'il veulent que leurs maitres aient de quoi leur donner à manger.
C'est à peu près la même chose avec le capitalisme. Car il va bien falloir nous en rendre compte : l'argent, ça ne travaille pas. Tout ce qui va à la rémunération du capital est purement et simplement volé à la rémunération du travail. Du coup, oui, ça me fait plutôt plaisir que cette gigantesque saloperie s'emmêle les pinceaux et s'effondre.
Je suis désolé pour les millions d'américains qui vont y perdre leur baraque, mais si ça peut les faire réfléchir à deux fois la prochaine fois qu'ils auront à mettre leur pognon dans une guerre contre d'autres pauvres, ce sera déjà ça.
Nous n'avons pas besoin que cette économie là tourne bien pour vivre. Nous avons besoin d'une autre économie. Tant que ce machin sera debout, les pauvres se foutront sur la gueule contre d'autres pauvres.
Bon quand est-ce qu'on dépouille Rockefeller et sa bande ?
Toutes les bandes contre la bande à Rockefeller !
Programme simple, compact, souple.
Détachez votre ceinture : ceci n'est pas un spectacle mais un peplum dont VOUS etes le heros !
Alors tant qu'à etre sur la paille descendez dans l'arene !
Le gra,nd jeu quoi !
ok effectivement ca sent bon!!!!
la question qu on doit se poser maintenant c'est comment anticiper et faire de cette analyse le point de départ du nouveau systeme que l' on doit creer (oui moi aussi ca me plairait assez que tout pete)
et je pense que c est pas en sourriant qu on nous rendra ce qu on nous a pris aussi il est peut etre temps de voir les choses en plus grand et de se bouger avant qu on mange la crise dans les dents genre vous vouliez de l'ultra capitalisme c est fait et maintenant est ce qu on est plus heureux? qui a parlé de révolte armée?? ah oui moi peut etre...
Hep hep hep.... que jusqu'à maintenant ça ait été la grosse merde qui bouche les yeux de tout le monde, bien d'accord, qu'il fallait bien que quelquechose se passe pour que ça change, sans doute... faut croire que de toutes façons, on n'arrivait pas à grand chose.... qu'il va falloir faire avec, se remonter les manches en esperant reconstruire/proposer/opposer un monde meilleur, bien entendu....
quand à se frotter les mains.... mollo... on en reparlera s'il faut nourrir nos gosses avec autre chose que des trucs achetés chez le marchand, on les proteger d'un grand vilain costaud armé qui en veut à leur crouton....
la mouise, c'est une chose que de la souhaiter, une autre que de se la cogner. Moi je dis ça, j'ai toujours pensé que ça finirait comme ça... mais j'en repère des tas à qui ça va faire tout drôle... des pleins aux as, ok, mais pleins d'autres aussi, qui vont sans doute baisser d'un ton, et partout.
J'en vois surtout des wagons, des chiées, des tapées, la grande majorité....qui (comme les fameux millions d'américains)... ne sont pas armés, mais alors rien, aucunes compétences, n'auront rien compris au film, et en prendront plein la gueule... c'est sûr. Alors bon, on peut penser que ça leur apprendra à avaler le 20 H comme des abrutis et tout et tout.... sauf que tout ce fameux système est précisément celui qui leur lave le cerveau. Comment dire.... c'est comme si des otages étaient libérés par un phénomène qui les pietinerait, les torturerait, les mutilerait au passage.
Inévitable ? sans doute. Réjouissant ? non.
Ben... y a pas mal de choses à faire en fait. Et pour la plupart déjà en cours.
A mon avis, le plus important, de loin, c'est de changer de banque. (ok, c'est moins romantique que la AK47, mais c'est autrement plus efficace
Ils sont vraiment mal, là, et ce serait vraiment couillon de les laisser se refaire.
Alors je sais que c'est un peu chiant, mais ouvrez un compte à la NEF le plus tôt possible !
Particulièrement si vous êtes à la BNP, à la Sogé ou au crédit agricole. Cassez vous, vous êtes en train de les engraisser.
Ensuite consommez le moins possible et privilégiez à fond tout le secteur des Scop, du bio, du solidaire, du logiciel libre, etc.
Il faut asphyxier le secteur traditionnel, et ce n'est pas inatteignable. Notamment parce qu'il n'est pas nécessaire de foutre les boites en question par terre ; il suffit de leur piquer les quelques % de croissance qu'elles ont promis à leur actionnaires. Les capitaux se barrent, et elles tombent. Regardez le cours de bourse de TF1 par exemple. On a souvent comparé la puissance des blogs et celle de TF1. C'est idiot. TF1 est évidemment toujours plus puissant. Sauf que... les blogs ont contribué à leur piquer un peu de croissance. Ils annoncent donc des résultats en stagnation et leur action s'effondre. (plus de 26€ en juin, à peine 17€ aujourd'hui, soit... -35% !!). Je leur souhaite bien du plaisir pour se relever. Il faut faire pareil avec les banques.
On a largement les outils pour le faire.
Et on a surtout un atout majeur : ils nous sous-estiment.
Notamment parce que nous sommes invisibles dans leur façon de penser. Pas de nom (alter ? anar ? utopistes ? écolo-geek ? néo libertaires ? pirates ? freemen ? ), pas de groupe, pas de nombre, pas de représentants... qu'ils comprennent juste une seconde trop tard et le monde aura changé.
Tiens salut Iza,
(j'avais pas vu ton commentaire avant d'envoyer le précédent, désolé).
Bon, que te dire... je t'envoie Charlie, tiens. (Moi je suis pas de taille là.)
Salut copine,
Sommée de répondre par Aureliano [qui n'a pas pris la mesure de ma progression en boxe ces derniers mois, l'inconscient], je commence par me dire que je suis ok avec toi. Je commence, mais je ne suis pas sûre de finir
Oui, c'est pas réjouissant, on va en baver, pas forcement ceux qui on la télé plus que les autres d'ailleurs.
Inévitable mais pas réjouissant, ok. Mais souhaitable quand même.
Parce que s'il faut protéger nos gamins "d'un grand vilain costaud armé qui en veut à leur crouton...." ce n'est certes ni rigolo, ni souhaitable.
Mais en attendant d'en arriver là, le vilain costaud armé, c'est plutôt nous. Toi, moi, la plupart de nos joyeux petits camarades, nous n'en voulons pas aux croutons des autres. Oh, que non, nous sommes les gentils, que diable. Mais on les bouffe quand même, les croutons. Ceux du Sud, ceux des pauvres, ceux de nos enfants.
Du coup, l'inévitable mais pas réjouissant s'efface devant l'intolérable et pas supportable. no ?
En voilà un bon orchestre !!
Une bonne grosse caisse, une mandoline désaccordée et un violon joué avec une scie en guise d' archet.
"Du coup, l'inévitable mais pas réjouissant s'efface devant l'intolérable et pas supportable. no ?"
Disons que ça nous fait une sorte d'évidence, ouais..... bon, puis pour être honnête certainement un petit ricanement ;-))... yark yark....
On en a déjà parlé toutes les deux en plus (bon réflexe Casa ! et coucou à toi) ... tu penses bien que je ne pouvais pas résister.... juste histoire de mettre un bémol pour ceux qui sont tentés par les envolées sanglantes...le sang, ça tâche.
Enfin, cent fois oui pour la liste de conseils pratiques ci dessus, commencer par ça, voilà un chouette programme.
Dis donc Henri, puis-je savoir qui est la "bonne grosse caisse ????? " ;-)))
Mandoline : Iza
Violon : Charlie
Grosse caisse : le lieutenant colonel
Une mandoline accordée ou pas m'arrache toujours une larme. Le violon joué à la scie aussi, mais pour une autre raison : j'adore les bruits stridents qui remettent les idées en ordre. La grosse caisse est mon instrument favoris ; si je m'écoutais, je me promènerais tout le temps avec, en m'accompagnant à chaque fois que je m'adresserais à quelqu'un.
J'avais reconnu le violon.... c'est "bonne grosse" qui me faisait douter.... pas que j'aie forcé sur les pâtes ces derniers temps, mais la vidéo... ça tasse ;-))
...
j'ai bien aimé ton com en tous cas, ravie de jouer avec ces deux là !
La crise finale du capitalisme?
Il y aurait une certaine ironie à voir s'effondrer le système ainsi, alors que le nom même de Marx a été presque oublié.
Le scénario en tout cas ne manque pas de sel, à chaque étape, on retrouve les même dénis de la part de certains "experts".
On a commencé à dire qu'il n'y avait pas de bulle immobilière. Puis, lorsque a commencé la crise des subprimes, on y a vu qu'un phénomène limité sans impact sur l'économie, puis on a consenti à voir un ralentissement, puis, timidement, une récession mais dont les effets ne se feraient pas sentir mondialement grâce au découplage.
Ces experts ne se départissent évidemment pas de leur assurance malgré leurs erreurs successives....
Et encore, je n'ai abandonné la tronçonneuse pour la scie que par respect pour l'environnement.
Comme quoi, quelque soit le nombre d'oreilles [1 ou 3] possédées par l'auditeur