Voilà une petite boutique dont on lira peut-être le nom un jour dans les manuels d'histoire.

Je le répète pour celles et ceux qui discutent au fond et qui n'ont pas lu le post précédent, Ambac Financial Group Inc. est donc un "réhausseur de crédit", beau métier pas fatiguant qui consiste à garantir des crédits foireux pour en faire des crédits pas foireux.
Les banques en rachètent par paquets de douze et les "valorisent" dans leurs comptes comme étant des crédits pas foireux. Normal, ils sont assurés.

Tout celà ne tient évidemment que si l'assureur (Ambac) est crédible. S'il ne l'est plus, les banques sont obligées de valoriser leurs trucs comme ce qu'ils sont, cad des crédits foireux, qui valent donc bien moins chers, et la banque se voit obligée d'annoncer des "dépréciations d'actifs" (des pertes, quoi).
Or, par les temps qui courent, ça fait très, très mauvais genre.

La crédibilité est notée par des agences de notation (autre beau métier pas fatiguant non plus), dont les principales sont "Standard & Poor's", "Moody's" et "Fitch".

Alors voilà. Nos braves z'amis de Ambac ont assuré pour (on s'accroche à son clavier, ça va secouer) ... 524 milliards de dollars de crédits.

(Ouais, bon ,ça vous fait ni chaud ni froid, 524 Mds, je vois bien.
et si je l'écris comme ça : 524 000 000 000 de dollars.
ça le fait mieux là ?
Non plus ? alors disons, la moitié des dépenses mondiales en armement. (ou 10 fois ce qu'il faudrait pour stopper la faim de la monde, c'est selon...).
Bref, disons un max de pognon. Z'êtes lourds, des fois)

Je passe les détails, mais Ambac est donc au plus mal en ce moment, à tel point que son action qui valait pas loin de 100 dollars l'été dernier a perdu 90% de sa valeur.
Tout le monde attendait donc fiévreusement le fameux "plan de sauvetage" du soldat Ambac.

Il a été dévoilé aujourd'hui.

(tintintin...)

ben Y EN A PAS, de plan !

Nada ! que dalle ! pas la queue d'un !

Le truc avait pourtant mobilisé un groupe de secours d'élite, composé de 8 des plus grosses banques mondiales (dont la BNP et la Sogé).
Ah, on allait voir ce qu'on allait voir ! ça rigolait plus ! Les glorieux paladins de la finance mondiale volant au secours de l'orphelin des subprimes ! On entendait déjà gronder "la chevauchée des walkyries" dans les couloirs de Wall Street, on voyait déjà Michel Pébereau, sabre au clair et chéquier au vent, chargeant fièrement l'aversion au risque, et des nuées de grognards-traders s'engouffrant dans la brèche en hurlant.
ah putain, c'était beau !

ben non.

Le "plan", si on peut l'appeler comme ça, c'est que Ambac va lever 1.5 Mds de capitaux supplémentaires sur les marchés.
C'est tout ?
euh... ben ouais, c'est tout.

Je traduis :
Sur les 8 paladins plein aux as, là, pas un n'a finalement mis la main à la poche. (Ou alors, pire, ils l'ont fait, mais les montants à couvrir sont tellement énormes que même à fond les ballons, il leur manque encore un milliard et demi). Or, si Ambac devait perdre sa note, ce sont eux qui en prendraient plein la tête...
Traduction dans les deux cas : ils sont eux-mêmes tellement mal que... ils auraient bien voulu, mais... il ne les ont pas, les thunes !

Résultat, Ambac se retrouve obligé d'aller faire la manche pour trouver quelques milliers de pingouins qui voudront bien les dépanner d'un milliard et demi. Ils ont pas les couilles sorties des ronces...

Et le pompon, dans tout ça, c'est que nos bonnes agences de notation ont d'ores et déjà annoncé que, même si ça marchait, elles ne changeraient pas leurs notes ! (S&P et Moody's ont tout juste conservé le fameux "AAA", indispensable à Ambac, mais Fitch a déjà "dégradé"). Tout ça pour des prunes, donc. Des prunes qui ont quand même encore couté un joli -18% aujourd'hui à l'action Ambac et les a donc un peu plus rapproché du gouffre.

Alors je vous vois venir, vous, bande de béotiens qui ne connaissez rien à la finesse exquise de l'art financier, qui ne savez pas apprécier l'infinie puissance de l'effet de levier, le fin ciselé de la titrisation ou les délicats contours des mécanismes d'ajustements, je vous vois venir :
Vous allez me dire : "ouais, bon, t'es bien mignon avec tes notations AAA, mais en vrai, ce qui compte, c'est que ces crédits soient vraiment foireux ou pas, non ?"
Ah ! les cons !
Et bien vous avez raison !

Là ! qu'on se le dise, ils peuvent bien se la garder leur notation "AAA", je leur donne même un "AAAA" si ça leur fait plaisir, ça ne vaudra quand même pas une andouillette !
A la fin, note ou pas, si les gens n'arrivent pas à rembourser, ils l'ont dans l'os, Point barre.

Je vous le redis, dans 50 ans, le chapitre "la fin du capitalisme" des manuels d'histoire fera vraisemblablement un encadré sur "Ambac et les réhausseurs de crédit".