"les cons..."
Par Aureliano Buendia le mardi 18 mars 2008, 22:35 - Lien permanent
"les cons..." se serait dit Daladier à son retour de Munich. C'est à peu près ce que doit se dire Bernanke ce soir en constatant l'euphorie des marchés financiers, seul, effondré dans un fauteuil... les cons... Car la ficelle était pourtant beaucoup trop grosse. Planquer 200 milliards de papiers sans valeur sous un tout petit tapis, ça faisait pourtant une sacrée bosse ; et tout le monde l'a vue. Et Bernanke le sait. Ce faisant, mettre en danger la Fed qui n'a pas une demi-seconde les moyens d'absorber autant de créances pourries, tout ça pour permettre à quelques banques d'afficher des résultats pas trop catastrophiques, c'était trop gros pour être crédible. Et pourtant... Pourtant que ne ferait on pas croire à des gens qui ne veulent pas voir la réalité ? Pourtant l'avenir était si sombre, la panique si forte, l'absence de solution si évidente, que tout le monde a fait, finalement, semblant d'y croire.
Tout le monde ou presque, puisque quelques commentaires acides ont fusé lors des publications des fameux "résultats pas trop catastrophiques"... on notera au passage celui-là :
"Certains intervenants ont accueilli avec circonspection les résultats de Goldman Sachs, Merrill Lynch s'étonnant notamment de l'absence de dépréciations liées à l'immobilier commercial, un secteur depuis peu sous pression. "Je ne sais pas trop quoi penser, c'est presque trop beau pour être vrai", a dit pour sa part Robert Lagravinese, de Trinity Fund à New York. "Je ne sais pas comment ils échappent à tous les problèmes des banques d'investissement. Personne n'est aussi bon, intelligent ou chanceux", a-t-il ajouté." (Reuters)
Mais bon, tout ça ne pèse pas bien lourd dans l'euphorie ambiante et les glorieuses légions de la finance sont reparties la fleur au fusil à l'assaut des sommets oubliés.
Prenons donc un peu de recul et revenons donc au déficit commercial de janvier (-58,2 milliards). Tous les acteurs de l'économe US vivent à crédit et leur dette commune s'accroit donc de près de 60 Mds de dollars tous les mois. Tant qu'ils n'auront pas résolu ça, les problèmes actuels continueront sous une forme ou une autre : ils en sont tous plus ou moins directement la conséquence. Et ils ne sont pas prêts de le résoudre... Une petite anecdote ce mois ci le montre. En janvier, les importations ont augmenté de 1,3%. Parallèlement, les exportations ont augmenté de 1,6%. En regardant trop vite, on pourrait se dire que c'est bon signe. Les exportations augmentent plus vite que les importations, donc le déficit va se réduire. Pas du tout, il s'est creusé. La différence des montants (206 Mds pour les imports, vs 148 pour les exports) est telle qu'il faudrait quasiment tripler le taux de croissance actuelle des exportations pour espérer arrêter l'hémorragie en un an. C'est à dire atteindre le rythme hallucinant de près de +5% par mois !
Sortez les calculettes, je vous souhaite bien du plaisir.
Ceux qui financent la dette US semblent commencer à le prendre en compte : les TIC data de janvier montrent clairement une fuite des capitaux privés, la dette américaine n'étant plus financée que par des acteurs publics qui commencent à avoir du mal à régler la note. Les entrées de capitaux "long terme" sur 12 mois sont en effet à 546 Mds, ce qui est largement insuffisant pour financer un déficit de près de 800 Mds annuels. Si la tendance se confirme les prochains mois, ça ne tiendra pas longtemps.
Commentaires
“les glorieuses légions de la finance sont reparties la fleur au fusil à l'assaut des sommets oubliés“ : apparemment, elles ont dû oublier un truc dans la plaine, car les voila qui font demi-tour, dès ce matin.
Ben Bernanke ne ménage pas ses annonces depuis 15 jours. Mais, chaque fois, l'effet s'en efface au bout de 24 heures : “Plus [il] avance, plus l'effet se recule“, comme disait ce bon Racine.
Chaque action des autorités américaines (baisse des taux, prêt pour 28 jours de 200 milliards aux banques, plan Paulson...) est un fusil à un coup pour rétablir la confiance. Mais ces tirs répétés ne font que renforcer la défiance.
Il faudrait à Bernanke et consorts la capacité de pouvoir tenir la position longtemps. Le problème, c'est qu'avec des taux à 2,25%, un dollar à la rue, des matières premières au plus haut, une économie en berne et une situation financière très loin d'être épurée, il ne reste plus beaucoup de temps, ni de munitions...
Et que penser de cette analyse de Bernard Maris?
http://www.marianne2.fr/Crise-ameri...
Où il explique que Ben veut éviter la même chose qu'en 1929 (dont il serait spécialiste) en donnant aux banques ; et avec comme solution ultime si ça ne marche pas de privatiser les banques.
Non, Olive! pas privatiser, nationaliser.
J'imagine l'effet que cela ferait chez certains si cela se produisait....
Salut
Des économistes commencent effectivement à parler sérieusement de nationalisation. voici ce que j'ai trouvé de plus complet à ce sujet :
http://contreinfo.info/article.php3...
bonne lecture.
Mon avis : si les petits trifouillages actuels de la Fed ne parviennent pas à restaurer la confiance, les montants en jeu sont effectivement beaucoup plus de l'échelle de grandeur de a dette publique US ou de son PIB que de celles des pauvres réverves de la Fed.
Ce serait hallucinant à de multiples titres mais oui, la seule solution risque bien d'être la nationalisationdu système financier US. (le pseudo "rachat" de Bear Sterns en est d'ailleurs une première approche, à peine détournée)
Euh… oui oups nationaliser, vous avez bien sûr corrigé mon "lapsus".
Ah que le libéralisme est bon, on privatise les profits jusqu'à l'autodestruction puis quant rien ne va plus on peut partir avec la caisse pendant qu'on nationalise les pertes.
salut,
@Jack : cela n'a rien à voir avec du libéralisme. Nationaliser une banque, c'est l'inverse du libéralisme. C'est de l'irresponsabilisation, et c'est - encore une fois - l'Etat qui va venir par la contrainte voler de l'argent aux individus.
Bonjour
Ce ne sont pas les banques centrales qui sont responsables de quoi que ce soit mais les marchés financiers qui se cassent la gueule (peut être faute de régulation), elles font ce qu'elles peuvent .
Oui, la solution est de faire le contraire de ce qui est fait depuis les années 80, l'inverse de ce que ses opposants appellent le "néo libéralisme" mais les gens possédant ces hyper fortunes vont surement avoir du mal à accepter réellement cela...
Les alternatives sont nombreuses mais ...il faut y réfléchir, ce n'est pas une boutade...
Le petit lien du jour (faut bien meubler en ton absence
http://www.alterinfo.net/GREG-PALAS...
je meuble aussi alors...
avec ce site-pétition européenne, je ne sais pas s'il est utile de signer mais en tout il y a quelques ressources intéressantes je pense (même si je n'ai pas encore pris le temps de lire ça comme il faut).
http://www.stop-finance.org/
itoo pour les meubles.....
La pétition "stop finances" est expliquée par l'excellent économiste Frédérique Lordon avec son humour aux petits oignons qui devient légendaire, dans l'émission "là bas si j'y suis" de Daniel Mermet (qu'on ne présente plus) : http://www.la-bas.org/article.php3?...
Salut Colonel !
Il faudra que tu m'indiques l'endroit ou je dois envoyer les 12 kilos de cacahouètes. Je n'ai qu'une parole.
Je viens les chercher, j'amène le pastis.
Celà dit, tu as perdu, mais je n'ai pas encore gagné.
(si quelqu'un essaie de comprendre quelque chose, nous discutions dans un récent post ("dernier rebond avant la chute" ou un truc comme ça) de la probabilité d'un ultime rebond, qui irait, pour moi jusqu'à 5000-5100 pour le CAC et pour henri jusqu'à "4850 maximum". Nous sommes ce soir à 4866.
Bon , j'ai un post à faire, à tout de suite.