"les cons..." se serait dit Daladier à son retour de Munich. C'est à peu près ce que doit se dire Bernanke ce soir en constatant l'euphorie des marchés financiers, seul, effondré dans un fauteuil... les cons... Car la ficelle était pourtant beaucoup trop grosse. Planquer 200 milliards de papiers sans valeur sous un tout petit tapis, ça faisait pourtant une sacrée bosse ; et tout le monde l'a vue. Et Bernanke le sait. Ce faisant, mettre en danger la Fed qui n'a pas une demi-seconde les moyens d'absorber autant de créances pourries, tout ça pour permettre à quelques banques d'afficher des résultats pas trop catastrophiques, c'était trop gros pour être crédible. Et pourtant... Pourtant que ne ferait on pas croire à des gens qui ne veulent pas voir la réalité ? Pourtant l'avenir était si sombre, la panique si forte, l'absence de solution si évidente, que tout le monde a fait, finalement, semblant d'y croire.

Tout le monde ou presque, puisque quelques commentaires acides ont fusé lors des publications des fameux "résultats pas trop catastrophiques"... on notera au passage celui-là :

"Certains intervenants ont accueilli avec circonspection les résultats de Goldman Sachs, Merrill Lynch s'étonnant notamment de l'absence de dépréciations liées à l'immobilier commercial, un secteur depuis peu sous pression. "Je ne sais pas trop quoi penser, c'est presque trop beau pour être vrai", a dit pour sa part Robert Lagravinese, de Trinity Fund à New York. "Je ne sais pas comment ils échappent à tous les problèmes des banques d'investissement. Personne n'est aussi bon, intelligent ou chanceux", a-t-il ajouté." (Reuters)

Mais bon, tout ça ne pèse pas bien lourd dans l'euphorie ambiante et les glorieuses légions de la finance sont reparties la fleur au fusil à l'assaut des sommets oubliés.

Prenons donc un peu de recul et revenons donc au déficit commercial de janvier (-58,2 milliards). Tous les acteurs de l'économe US vivent à crédit et leur dette commune s'accroit donc de près de 60 Mds de dollars tous les mois. Tant qu'ils n'auront pas résolu ça, les problèmes actuels continueront sous une forme ou une autre : ils en sont tous plus ou moins directement la conséquence. Et ils ne sont pas prêts de le résoudre... Une petite anecdote ce mois ci le montre. En janvier, les importations ont augmenté de 1,3%. Parallèlement, les exportations ont augmenté de 1,6%. En regardant trop vite, on pourrait se dire que c'est bon signe. Les exportations augmentent plus vite que les importations, donc le déficit va se réduire. Pas du tout, il s'est creusé. La différence des montants (206 Mds pour les imports, vs 148 pour les exports) est telle qu'il faudrait quasiment tripler le taux de croissance actuelle des exportations pour espérer arrêter l'hémorragie en un an. C'est à dire atteindre le rythme hallucinant de près de +5% par mois !

Sortez les calculettes, je vous souhaite bien du plaisir.

Ceux qui financent la dette US semblent commencer à le prendre en compte : les TIC data de janvier montrent clairement une fuite des capitaux privés, la dette américaine n'étant plus financée que par des acteurs publics qui commencent à avoir du mal à régler la note. Les entrées de capitaux "long terme" sur 12 mois sont en effet à 546 Mds, ce qui est largement insuffisant pour financer un déficit de près de 800 Mds annuels. Si la tendance se confirme les prochains mois, ça ne tiendra pas longtemps.