Depuis le temps que je vous l'annonce...

Cette fois, c'est officiel, puisque publié dans le très saint Financial Times :

"Remember Friday March 14 2008: it was the day the dream of global free- market capitalism died."

"Souvenez-vous du vendredi 14 mars 2008 : c'est le jour où le rêve d'un capitalisme de libre marché global est mort".

tintintin... (plus solennel, le "tintintin", siouplait) Je me sens tout chose d'un coup, pas vous ?

Bon faut pas s'enflammer quand même, hein. Le monsieur l'a bien dit, c'est le REVE qui est mort.
Car, n'en déplaise à Libé, (qui s'illustre une fois de plus sur ce coup), ce n'est pas le capitalisme qui est mort, mais bien le "rêve d'un capitalisme de libre marché global".
La réalité, elle, est vachement plus tenace. Et dans la réalité, il n'y a jamais eu cette chose, mais simplement un pauvre capitalisme d'Etat qu'on se traine depuis environ deux siècles et demi. Avec un peu plus d'intervention de l'Etat sous Staline, un peu moins sous Thatcher, mais dans les grandes lignes, c'est la même soupe : un système bancal d'entreprises soit disant libres, qui ne tiendrait pas dix secondes sans les immenses perfusions d'argent public (souvent des commandes militaires d'ailleurs).

Alors on fait quoi maintenant ?
On se pose 2 minutes, on oublie un peu les vieux dogmes du 20eme siècle et on regarde calmement. Pourquoi ces entreprises ne tiennent-elles pas la route ? Trop d'impôts, de taxes, de réglementation ? non. D'une part, c'est incontournable mais en plus c'est souhaitable. Enfin, ça n'a jamais gêné que les mauvais entrepreneurs.
Ces entreprises ne tiennent pas la route parce qu'elles ne sont plus gouvernées par des hommes et des femmes mais par un impératif unique, un diktat totalement improductif : la course à la rémunération du capital.
Le capital est dirigé uniquement vers ce qui est le plus rentable et , il va bien falloir l'accepter, le plus rentable, ça n'est pas le plus innovant, le plus durable, le plus créateur d'emploi, de progrès, de valeur, etc., bref disons de richesses, au sens large.
Ce système n'est pas immoral, (ça ne veut rien dire) il est bêtement, basiquement, médiocre.
Il cultive la médiocrité et est devenu aujourd'hui, alors que l'humanité fait face à des enjeux énormes et a un immense besoin de créativité, obsolète.

Je ne sais pas quel est le sinistre imbécile qui a, le premier, décrété qu'il y avait deux facteurs de production, le travail et le capital, et qu'il fallait rémunérer les deux...
Ce type a-t-il déjà vu un billet de banque "travailler" ? fabriquer quelque chose, avoir une idée, choisir une équipe, transmettre un savoir...
Quoiqu'en dise la pub de votre banque, l'argent, ça ne travaille pas, ça n'a pas d'idée et ça ne les met pas en œuvre ! Alors pourquoi rémunérer ce truc ? pourquoi le considérer comme un "facteur de production" ? Tout ce que vous mettrez en rémunération du capital, vous le volerez purement et simplement à la rémunération du travail, de la créativité, de l'innovation. Après faudra pas venir vous plaindre...

OK, mais concrètement ? (j'adore cette réplique, chère au militant politique de tout bord)
Concrètement, on se rend compte qu'il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour trouver des milliers d'entreprises qui fonctionnent autrement, très bien et depuis longtemps. Des gens qui ne rémunèrent pas le capital (à commencer par la majorité des PMEs) et qui précisément, sont aussi celles et ceux qui innovent le plus, créent le plus d'emploi, etc. bref, on admet enfin qu'on n'a pas besoin de cette gangrène infâme pour avancer et on l' ABOLIT purement et simplement, pour ce qu'elle est : une forme d'esclavage.

Ensuite, on discute 3 minutes pour régler les modalités (par exemple, il reste envisageable de rémunérer le temps, voire la "prise de risque", donc de retrouver une forme de taux d'intérêt, on peut aussi envisager un plafonnement de la rémunération du capital par celle du travail, sur le modèle des SCOPs, etc. bref, il y a des tas de modèles disponibles qui fonctionnent déjà et permettent une sortie concrète de cette course débile à la rémunération du capital et donc, du capitalisme).

Quelques commentaires maintenant, sur la pétition "stop-finance", la "moralisation du capitalisme" et l'avenir des libéraux.

La pétition : rahh... je ne sais pas quoi faire. Signer, pas signer, relayer ? Déjà les pétitions, c'est pas le top du "on se bouge, on le fait" mais en plus, ça a un côté "je demande à mon pire ennemi de bien vouloir arrêter d'être méchant avec moi, steuplait" que je trouve , je sais pas, un peu surréaliste. On croit quoi, là ? qu'ils sont pas conscient de ce qu'ils font les gus en face ?
Ensuite, l'objectif... le traité, tout ça... bah passons. Je vais la signer quand même, tiens. Et je vous invite à le faire aussi. Juste histoire de dire qu'on est là. Mais bon, le plus simple reste quand même de changer de banque et d'aller à la NEF ! et pas besoin de pétition pour ça !

La "moralisation du capitalisme"... alors là, on est dans le n'importe nawak des grands jours à l'Élysée. Non mais franchement... D'abord, le capitalisme, c'est un système, on ne "moralise" pas un système. La morale, c'est une affaire humaine, voyez. Un truc pour les gens. Pas pour les systèmes. "Bonjour, ce serait pour moraliser mon vélo s'il vous plait. Je trouve qu'il se laisse un peu aller en ce moment". Ensuite "moraliser le capitalisme", c'est le pompon de la connerie. Parce qu'à ce tarif là, pendant qu'on y est, on pourrait moraliser aussi la pédophilie non ? Des fois on se demande ce qu'ils fument les gus.
Le seul éventuel lien avec la morale dans cette histoire, c'est "Est-il, finalement, moral, de rémunérer l'argent ?".
Pour le coup, les grandes religions se la sont posée et ont répondu non (au début ; après ils avaient des thunes ;-) et pour des gens qui n'en rament pas une, c'est pratique)
Moi, je ne sais pas si c'est moral ou pas. Je sais juste que ça nous mène dans le mur.

Les libéraux
Ah ! les libéraux. Je les gardais pour la fin, parce que, il faut que je vous dise, en vrai, je les aime bien. Et c'est quand même leur rêve à eux qui est mort, là, ce 14 mars. Que vont-ils devenir nos braves libéraux, maintenant que leurs plus poches alliés (appelons ça "la droite") leurs chient dans les bottes et clament qu'il va encore falloir régler leurs conneries à grand coup d'interventionnisme étatique ? Evidemment, ils vont se défendre ; ils diront "mais c'est pas nous ! les crises, c'est à cause de l'Etat, des banques centrales, de la fixation arbitraire des taux d'intérêts, du soutien artificiel au marché du travail, du monopole de la création de fausse monnaie des banques, etc. "
hééééééé oui... et vous voulez que je vous dise le pire ? ils n'auront pas complètement tort :-)
mais c'est trop tard. Un rêve est mort, c'est pas de leur faute, mais c'était le leur. Comble de l'ironie, ils vont se retrouver dans la même situation que les trotskystes, à devoir courir après l'histoire et expliquer que le stalinisme, c'était pas eux. Que le "vrai" libéralisme n' a jamais été vraiment mis en œuvre, etc. Trop tard. Le mal est fait. Ils sont voués à l'engueulade théorique à n'en plus finir, à la marginalisation, à la radicalisation, à la balkanisation et au romantique statut d'incompris.

Allez, c'est pas grave ; revenez donc aux basiques. Je me permets de suggérer une piste : le but du jeu, c'était de libérer l'homme ; pas le pognon. Non parce que, quand même, c'est moche un rêve qui meurt.