A star is dead
Par Aureliano Buendia le mercredi 2 avril 2008, 01:15 - Lien permanent
Depuis le temps que je vous l'annonce...
Cette fois, c'est officiel, puisque publié dans le très saint Financial Times :
"Remember Friday March 14 2008: it was the day the dream of global free- market capitalism died."
"Souvenez-vous du vendredi 14 mars 2008 : c'est le jour où le rêve d'un capitalisme de libre marché global est mort".
tintintin... (plus solennel, le "tintintin", siouplait) Je me sens tout chose d'un coup, pas vous ?
Bon faut pas s'enflammer quand même, hein. Le monsieur l'a bien dit, c'est
le REVE qui est mort.
Car, n'en déplaise à Libé, (qui s'illustre une fois de plus sur ce coup), ce n'est
pas le capitalisme qui est mort, mais bien le "rêve d'un capitalisme de libre
marché global".
La réalité, elle, est vachement plus tenace. Et dans la réalité, il n'y a
jamais eu cette chose, mais simplement un pauvre capitalisme d'Etat qu'on se
traine depuis environ deux siècles et demi. Avec un peu plus d'intervention de
l'Etat sous Staline, un peu moins sous Thatcher, mais dans les grandes lignes,
c'est la même soupe : un système bancal d'entreprises soit disant libres,
qui ne tiendrait pas dix secondes sans les immenses perfusions d'argent public
(souvent des commandes militaires d'ailleurs).
Alors on fait quoi maintenant ?
On se pose 2 minutes, on oublie un peu les vieux dogmes du 20eme siècle et on
regarde calmement. Pourquoi ces entreprises ne tiennent-elles pas la
route ? Trop d'impôts, de taxes, de réglementation ? non. D'une part,
c'est incontournable mais en plus c'est souhaitable. Enfin, ça n'a jamais gêné
que les mauvais entrepreneurs.
Ces entreprises ne tiennent pas la route parce qu'elles ne sont plus gouvernées
par des hommes et des femmes mais par un impératif unique, un diktat totalement
improductif : la course à la rémunération du capital.
Le capital est dirigé uniquement vers ce qui est le plus rentable et , il va
bien falloir l'accepter, le plus rentable, ça n'est pas le plus innovant, le
plus durable, le plus créateur d'emploi, de progrès, de valeur, etc., bref
disons de richesses, au sens large.
Ce système n'est pas immoral, (ça ne veut rien dire) il est bêtement,
basiquement, médiocre.
Il cultive la médiocrité et est devenu aujourd'hui, alors que l'humanité fait
face à des enjeux énormes et a un immense besoin de créativité,
obsolète.
Je ne sais pas quel est le sinistre imbécile qui a, le premier, décrété
qu'il y avait deux facteurs de production, le travail et le capital, et qu'il
fallait rémunérer les deux...
Ce type a-t-il déjà vu un billet de banque "travailler" ? fabriquer
quelque chose, avoir une idée, choisir une équipe, transmettre un
savoir...
Quoiqu'en dise la pub de votre banque, l'argent, ça ne travaille pas, ça n'a
pas d'idée et ça ne les met pas en œuvre ! Alors pourquoi rémunérer ce
truc ? pourquoi le considérer comme un "facteur de production" ? Tout
ce que vous mettrez en rémunération du capital, vous le volerez purement et
simplement à la rémunération du travail, de la créativité, de l'innovation.
Après faudra pas venir vous plaindre...
OK, mais concrètement ? (j'adore cette réplique, chère au militant
politique de tout bord)
Concrètement, on se rend compte qu'il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour trouver
des milliers d'entreprises qui fonctionnent autrement, très bien et depuis
longtemps. Des gens qui ne rémunèrent pas le capital (à commencer par la
majorité des PMEs) et qui précisément, sont aussi celles et ceux qui innovent
le plus, créent le plus d'emploi, etc. bref, on admet enfin qu'on n'a pas
besoin de cette gangrène infâme pour avancer et on l' ABOLIT purement et
simplement, pour ce qu'elle est : une forme d'esclavage.
Ensuite, on discute 3 minutes pour régler les modalités (par exemple, il reste envisageable de rémunérer le temps, voire la "prise de risque", donc de retrouver une forme de taux d'intérêt, on peut aussi envisager un plafonnement de la rémunération du capital par celle du travail, sur le modèle des SCOPs, etc. bref, il y a des tas de modèles disponibles qui fonctionnent déjà et permettent une sortie concrète de cette course débile à la rémunération du capital et donc, du capitalisme).
Quelques commentaires maintenant, sur la pétition "stop-finance", la "moralisation du capitalisme" et l'avenir des libéraux.
La pétition : rahh... je ne sais pas quoi faire. Signer, pas signer,
relayer ? Déjà les pétitions, c'est pas le top du "on se bouge, on le
fait" mais en plus, ça a un côté "je demande à mon pire ennemi de bien vouloir
arrêter d'être méchant avec moi, steuplait" que je trouve , je sais pas, un peu
surréaliste. On croit quoi, là ? qu'ils sont pas conscient de ce qu'ils
font les gus en face ?
Ensuite, l'objectif... le traité, tout ça... bah passons. Je vais la signer quand même,
tiens. Et je vous invite à le faire aussi. Juste histoire de dire qu'on est là.
Mais bon, le plus simple reste quand même de changer de banque et d'aller à la
NEF ! et pas besoin de pétition pour ça !
La "moralisation du capitalisme"... alors là, on est dans le n'importe nawak
des grands jours à l'Élysée. Non mais franchement... D'abord, le capitalisme,
c'est un système, on ne "moralise" pas un système. La morale, c'est une affaire
humaine, voyez. Un truc pour les gens. Pas pour les systèmes. "Bonjour, ce
serait pour moraliser mon vélo s'il vous plait. Je trouve qu'il se laisse un
peu aller en ce moment". Ensuite "moraliser le capitalisme", c'est le pompon de
la connerie. Parce qu'à ce tarif là, pendant qu'on y est, on pourrait moraliser
aussi la pédophilie non ? Des fois on se demande ce qu'ils fument les
gus.
Le seul éventuel lien avec la morale dans cette histoire, c'est "Est-il,
finalement, moral, de rémunérer l'argent ?".
Pour le coup, les grandes religions se la sont posée et ont répondu non (au
début ; après ils avaient des thunes
et pour des gens qui n'en rament
pas une, c'est pratique)
Moi, je ne sais pas si c'est moral ou pas. Je sais juste que ça nous mène dans
le mur.
Les libéraux
Ah ! les libéraux. Je les gardais pour la fin, parce que, il faut que je
vous dise, en vrai, je les aime bien. Et c'est quand même leur rêve à eux qui
est mort, là, ce 14 mars. Que vont-ils devenir nos braves libéraux, maintenant
que leurs plus poches alliés (appelons ça "la droite") leurs chient dans les
bottes et clament qu'il va encore falloir régler leurs conneries à grand coup
d'interventionnisme étatique ? Evidemment, ils vont se défendre ; ils
diront "mais c'est pas nous ! les crises, c'est à cause de l'Etat, des
banques centrales, de la fixation arbitraire des taux d'intérêts, du soutien
artificiel au marché du travail, du monopole de la création de fausse monnaie
des banques, etc. "
hééééééé oui... et vous voulez que je vous dise le pire ? ils n'auront pas
complètement tort 
mais c'est trop tard. Un rêve est mort, c'est pas de leur faute, mais c'était
le leur. Comble de l'ironie, ils vont se retrouver dans la même situation que
les trotskystes, à devoir courir après l'histoire et expliquer que le
stalinisme, c'était pas eux. Que le "vrai" libéralisme n' a jamais été vraiment
mis en œuvre, etc. Trop tard. Le mal est fait. Ils sont voués à l'engueulade
théorique à n'en plus finir, à la marginalisation, à la radicalisation, à la
balkanisation et au romantique statut d'incompris.
Allez, c'est pas grave ; revenez donc aux basiques. Je me permets de suggérer une piste : le but du jeu, c'était de libérer l'homme ; pas le pognon. Non parce que, quand même, c'est moche un rêve qui meurt.
Commentaires
Il ne faut jamais vendre la peau de l'Ourse, grande ou petite, avant qu'elle soit vraiment éteinte...
Du coup, j'aurais plutôt titré quelque chose du genre “A star is borgne“ :))
Pour vivre aux Etats-Unis je peux dire que la récession est finie et les signes sont déjà là, c'est le moment d'investir dans l'immobilier: http://lemondequivient.typepad.fr/m...
"c'est le moment d'investir dans l'immobilier:"
mdr elle est bien bonne celle-la,
Ta qu 'a également investir dans les rehausseur de crédit il parait que c'est un super placement .
Une grosse tarte dans la gueule de cette machine qu'est r2d2 qui n'a pas jeté un œil sur le lien montrant l'ironie de rickiny !
On est pas sauvé....
Certes certes , ça va pas bien pour l'économie états-unienne et la nôtre par ricochet... mais le capitalisme est sûrement loin d'avoir tiré sur toutes ses ficelles...il a bien montré qu'il avait la vie dure (même si décidément, en matière d'économie, Marx avait vu très juste très loin.)
Si, pour commencer à "libérer l'homme" on commençait à se libérer, nous, de tous les gadgets que nous entassons dans nos maisons ? si tous ceux qui n'ont pas besoin de téléphone portable, de bagnole, d'autant de fringues, de gadgets ménagers divers (très en vogue en ce moment) et surtout de télé (QUI a "besoin" de télé ? et l'audiovisuel c'est quand même ça qui a assuré la mainmise des idéologies du fric sur la conscience des gens)- si tous ceux-là donc décidaient de s'en passer ... qu'est-ce qui arriverait ? dans le détail je ne vois pas, mais pour l'effondrement du capitalisme, alors là, j'en suis sûre. (1)
Une qui a vécu longtemps sans tout ça (je veux dire, quand tout ça n'existait pas, ou si peu. elle vit toujours très bien sans tout ça.)
1 et bien sûr refusait de fabriquer des armes, dans la famille on l'a fait, même face au chômage mais là ça ne date pas d'hier qu'on en fabrique- on n'a pas attendu le capitalisme ni même les sociétés urbanisées...
A voir aussi : les chroniques de la monnaie, :
http://c.lab.over-blog.com/article-...
"Allez, c'est pas grave ; revenez donc aux basiques. Je me permets de suggérer une piste : le but du jeu, c'était de libérer l'homme ; pas le pognon."
Allons, vous savez bien que le "libéralisme" tant vanté par certain n'est qu'un paravent derrière lequel se cache un conservatisme social des plus classique..
La liberté? Il n'en ont rien à faire.
Stupeur ce matin dans le 20Mn : Henri Guaino, conseiller de Sieur le président ne dit pas autre chose!
"Le liberalisme est mort"
ou "il faut inverser le rapport de force entre le travail et le capital"
Il serait passé alter mondialiste le conseiller ?
Bref le monde évolu, et dans le bon sens ce coup ci
Hello,
Oui je suis bien d'accord avec toi, moi aussi j'ai hésité à signer la pétition, mais ça mange pas d'pain, j'crois que je vais suivre ton conseil, j'vais aller à la NEF
Mais je pense comme toi, on va droit vers un Impact Global
Il est quand même invraisemblable de constater que nos médias -tous confondus, alternatifs compris- taisent à ce point, ce qui se trame en arrière fond pour sauver le capitalisme en déclin, par des manœuvres politico-financières et par la manipulation de l’information, en détournant l’attention.
Les subprimes et les titrisations de leurs produits dérivés, ne sont que l’effet déclencheur de ce déclin.
Ne nous trompons de combat, attention aux fausses mobilisations !
Le Tibet et les JO, Ingrid Betancourt, le Sarkoland et les débats de la vraie fausse rigueur, les gesticulations stériles d’une opposition fantoche, ne sont là que pour masquer ce qui est en train de s’organiser sous nos yeux.
Je veux parler ici du véritable tsunami économico-politique, énergie du désespoir des piliers de l’ordre mondial, pour laisser croire que le système n’est pas mort. Les enjeux sont énergétiques, par le maintien de l’hégémonie du modèle Américain dans le monde et la sauvegarde de la suprématie de l’étalon dollar.
En fait les US n’ont fait que faire marcher la planche à billet pour créer une richesse, toute virtuelle, pour favoriser leur croissance et l’heure est maintenant venue de régler l’ardoise.
Une seconde vague systémique est attendue cet été lorsqu’il faudra faire un appel à des liquidités gigantesques, de la première fournée des baby-boomers réclamant leurs fonds de pensions arrivés à terme.
L’accroissement de la dette Américaine détenue pour 30% par des fonds privés et souverains tel que L’Asie, les fonds de réserve colossaux (1.500 Mds $ de la banque centrale de la chine (CIC), laisse à penser que la FED ne maîtrise plus du rien tout.
La chute du dollar et son découplement par les pays producteurs de pétrole pour une valeur monétaire combinée plus stable comme base commerciale à sa transaction, fait craindre le pire de la part des US.
La réintégration de la France dans le commandement de l’OTAN, et la mise en place d’un bouclier anti-missile en Europe, sont des signes avant coureurs de bruits de bottes, et l’Afghanistan qu’un leurre.
Quand on sait que la guerre en Irak- alors que l’Amérique amorçait une récession- n’était qu’un prétexte pour relancer l’économie par l’armement et de sa main mise sur le pétrole.
Résultat, pas ou peu de pétrole et une dette de guerre de 3.000 Mds de $, soit 30% du PIB des US !
Alors oui, Iran nous voilà !
Mon analyse est sans doute très sommaire et incomplète car je n’ai pas ton talent , mais je tente de m’informer sur le net où en prenant le temps, on peut découvrir une foule d’information.
Aussi, je vous invite à visiter mon blog dans lequel j’ai réunis des documents financiers et géopolitique à ce sujet, fort instructif :
http://diablogtime.free.fr/?p=228
Lentement mais surement, la réalité s'impose. Permettez moi de vous signaler ce texte : http://contreinfo.info/article.php3... : Frédéric Lordon : Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières.
Comment pensez vous, outre le fait de se transférer à la NEF, appuyer cette opinion ?