Quel match !
A ma droite, Ben Bernanke, champion du monde poids lourds catégorie FED/BCE & Co, une carrière un peu en demi-teinte jusque là, des victoires laborieuses et surtout très peu de vrais combats, à ma gauche, la réalité, qu'on ne présente plus.
Les combattants sont pour l'instant chacun dans leur coin, en train de récupérer après un premier round d'anthologie. Résumé.
La réalité est entrée très vite dans le match, alignant dès juillet une série de 3 ou 4 directs du droit époustouflants. Bernanke encaisse, les subprimes en sang, mais il tient.. Suit une petite période d'observation, les combattants se testent, provoquent un peu, prennent leur distances et en décembre, la réalité reprend le match à son compte. Deux beaux crochets contournent la défense de Ben avant Noël. Il a à peine le temps de reprendre sa respiration, la réalité enchaine juste après les fêtes. Des coups d'une violence inouïe ! la moitié des commentateurs reste bouche bée, l'autre hurle debout. Jamais on n'a vu un tel assaut. En deux mois, Bernanke est dans les cordes. Un direct d'outre tombe lui fait perdre deux dents, le crochet suivant lui arrache la Northern Rock ; Ambac et les réhausseurs pissent le sang, les plus grosses banques US vomissent des dépréciations à n'en plus finir. C'est un carnage, les commentateurs les plus aguerris ferment les yeux, certains pleurent sous la table et se bouchent les oreilles pour ne pas entendre craquer les os.
On entrevoit dans un frisson le combat du siècle se terminer par K.O. au premier round, et puis... l'esquive.

Grossière, presque pataude ; on ne saura jamais s'il l'a même fait exprès, mais c'est un Benny B trébuchant dans une demi inconscience qui évite de justesse un crochet du gauche faramineux qui allait lui emporter Bear Sterns !
Emportée par l'élan, la réalité perd un peu le rythme.
Le dollar descend toujours, le pétrole continue de monter, les déficits se creusent dangereusement, mais Ben esquive les coups les plus durs et... reste debout !
Plus que quelques secondes à tenir avant le gong... et contre toute attente, Ben tente alors une vague riposte, un plan Paulson qui brasse l'air, quelques baisses de taux, puissantes mais pas assez précises, qui n'assomment que les mouches, mais peu à peu ses supporters reprennent espoir, et quand il passe enfin un petit uppercut au foie à 146 Mds, c'est toute l'arène financière qui entonne à tue-tête "Eye of the tiger" !

Et c'est la pause.

Au moment où je vous parle, la cote de Ben est remontée au de là de 12700 à New York, presque 5000 à Paris, matérialisant ainsi le rebond annoncé ici même le 11 mars. A mon avis, ça ne durera pas plus de quelques semaines (jours ?), notamment parce que ce sont les mêmes parieurs, avec les mêmes grilles d'analyse, qui annoncent depuis maintenant 8 mois que "c'est rien, ça va passer le mois prochain" et revoient systématiquement à la baisse leurs prévisions deux semaines plus tard... ils ont donc racheté à "bas prix", après des décotes de plus de 50% et viennent de se rendre cruellement compte que ce n'était pas fini pour autant : les gros malins qui avaient acheté du fameux Ambac en solde viennent d'encaisser dans la journée une nouvelle baisse de... 42% !
Les mauvaises nouvelles s'accumulent à tous les étages, passant quasi inaperçues dans l'espoir ambiant, mais le deuxième round risque d'être terriblement long.
D'autant que tout ça n'est pas qu'une affaire de technique. A ne regarder que l'aspect économique des choses, les commentateurs pros sont en train de rater l'essentiel. Nous avions déjà un changement climatique jamais vu à l'échelle humaine. Une 6ème crise d'extinction des espèces, 100 à 1000 fois plus rapide que les précédentes, une situation géopolitique explosive, une perte générale de repères, de valeurs, portant les germes d'une crise politique majeure, s'y ajoutent une crise économique d'une ampleur terrifiante et enfin, surtout, la dernière brique manquante : une crise alimentaire.

Le peuple a faim, messieurs les financiers.
Et cette fois, ce ne sont pas que quelques millions d'éthiopiens qui vont gentiment se laisser crever sur vos écrans de télé.

Prévenez vos gardes suisses.

L'heure est venue.

2eme round.