ou pas vraiment ?
ou pas encore ?

On nous l'a dit, répété, expliqué en long et en large : une crise est le produit de certains déséquilibres qui se résorbent par un "ajustement" violent. Après la crise, les déséquilibres en question sont donc censés être réglés.

Un an après, où en est-on ?

Tous les papiers un peu sérieux sur cette période plus que particulière, une fois passées les explications techniques sur les subprimes, credit crunch, MBS, RBS, ARS, ABS, le dollar, le pétrole et j'en passe, en arrivent à peu près tous... au déficit commercial américain.
(Bon comme on aime bien se compliquer la vie dans ses milieux là, vous trouverez plus précisément "déficits jumeaux" ou encore "balance courante". C'est à quelques milliards et quelques éléments près le même bouzin : la thune qui est due par l'économie US dans son ensemble au reste du monde. Je simplifie à mort, mais on se comprend).

A ce stade, tout économiste normalement constitué a déjà arrêté de lire. Et il a tort.
Oui Monsieur, il a tort, parce qu'il y a un truc que je vois, moi qui ne suis pas économiste, que je vois comme le nez rouge au milieu de la figure de Ben Bernanke, (le nez, que dis-je, le cap, la péninsule), c'est que le déficit commercial US, il est toujours là.

Là.

Si l'économie était le truc étrange qu'on trouve dans les livres d'économie, voilà ce qui aurait du se passer :
On part de l'endettement trop élevé de l'économie US. L'accès trop facile et généralisé au crédit entrainant, entre autres, la "bulle" immobilière.
L'éclatement de la bulle des subprimes, en se propageant au reste de l'économie, aurait provoqué un assèchement du crédit, via une aversion au risque, donc un ralentissement économique, une baisse de la consommation et un affaiblissement de la valeur du dollar. L'ensemble provoquait alors une baisse des importations et une hausse des exportations, qui aboutissaient finalement à la résorption du déficit.
Et hop, la crise était finie, on repartait pour un tour (jusqu'à la prochaine).

Ben pas du tout.
(si vous n'avez rien suivi, c'est pas bien grave, ça prouve que vous avez autre chose à faire dans la vie et que vous êtes donc plutôt sain d'esprit. Passez directement à la conclusion, dans 10 lignes environ).

Donc on observe quoi ?
Le déficit US a, certes, arrêté son plongeon vers les abysses, mais il ne se réduit pas du tout ! Il tient fièrement le rythme de -55 à -65 Mds de dollars par mois (prochaine publication : demain 14h30) le renchérissement de la facture pétrolière venant systématiquement combler les maigres améliorations sur les autres secteurs, dues à l'affaiblissement du dollar.
Alors vous me direz, bande de petits malins, "ah oui, mais le pétrole descend, là ! ça va donc aller mieux maintenant".
Certes. Mais le dollar, lui, remonte !
Résultat : un partout, balle au centre.

En bref, (les sains d'esprit, vous pouvez revenir), tous les éléments qui faisaient dire à de très rares économistes il y a un an (Nouriel Roubini en tête) que ça allait bientôt péter, tous ces éléments sont toujours en place !
Depuis, les économistes en question sont devenus des stars respectées alors qu'on les prenaient pour des fous, mais le grand capharnaüm de l'économie mondiale, les dizaines de milliards de dépréciations dans tous les sens, les faillites, les hausses, les baisses dans tous les sens, n'ont, à ce stade, encore rien réglé !!!

Il y a évidemment deux façons de lire cette histoire.
Certains diront que les causes évoquées n'étaient en fait pas les bonnes (ou partiront dans de grandes explications de "enfin si, mais bon en fait non"). D'autres penseront au contraire que, si le merdier qu'on vient de se taper n'a réduit qu'une partie infime des causes réelles, il va falloir avoir l'estomac sérieusement accroché dans les mois qui viennent.

Lesquels auront finalement raison ?
J'ai pas d'avis mais vous connaissez ma préférence ;-)