Je ne vous l'apprends pas : ça s'accélère franchement.
Je zappe donc rapidement toutes les infos que vous pourrez trouver abondamment commentées ailleurs, on va tenter de filer direct à l'essentiel, évidemment beaucoup moins médiatisé.

Ces dernières heures : après la disparition de 3 des 5 empires financiers US qui faisaient encore la pluie et le beau temps dans le monde l'année dernière (Bear Stern, Lehman Brothers, Merril Lynch) et l'implosion du premier assureur US, AIG, il semblerait que le 4eme larron (Morgan Stanley) soit au plus mal. La dernière JP Morgan, ne passera sans doute pas l'hiver non plus. Une des plus grosses banques de dépôt, Washington Mutual (WaMu pour les intimes) chercherait un repreneur d'urgence. Bref, c'est la cata annoncée depuis longtemps sur ce blog et ailleurs.

Le "dernier rempart" d'un capitalisme à l'agonie est constitué d'un quatuor de choc : la Fed, le Trésor, la FDIC et la SEC.
Quatuor sur tous les fronts en ce moment et qui ne sait plus où donner de la tête... et du carnet de chèque.

Questions simples, presque naïves, mais ô combien légitimes et finalement pertinentes :
- "Mais d'où sortent donc ces milliards que les "pouvoirs publics" sont en train de distribuer en urgence ?"
- " je croyais que l'Etat US était lui-même endetté..., donc QUI paye ?"

D'où sortent les milliards en question ?
A ce stade, ils ont principalement été distribués par la "Fed".
Or l'impensable est en train d'arriver sous nos yeux : la toute puissante, la sacro-sainte "Fed ", l'ultime bastion, pourrait bien, à son tour, être au bout du rouleau.
Le trésor US vient, ce soir, d'organiser en urgence des enchères pour... renflouer la Fed !
Vous parliez de ça à un économiste il y a un mois, il vous prenait pour un fou...
Ces enchères sont donc des emprunts, contractés par le Trésor (l'Etat fédéral US) qui prête ensuite à la Fed, qui a elle-même prêtée aux banques, qui... etc. OK.
Mais qui prête donc au Trésor ?

Question beaucoup trop "bête" pour que nos têtes pensantes se la posent. Dommage.
Dommage, parce qu'ils se la posaient, ils pourraient constater, peut-être, une demi-seconde avant d'en crever, qu'elle n'a déjà plus de réponse...
Un économiste vous dira, en haussant les épaules : "Ben, les acteurs économiques !" (genre, il est con lui...)
Un journaliste du Libégaro vous dira, en écarquillant les yeux : "Ben, la Chine, les fonds souverains, tout ça !" (genre, il habite où, lui ?)
Les "acteurs économiques". OK. Mais les acteurs économiques US sont, dans leur globalité, endettés jusqu'aux yeux ! L'argent qu'ils sont en train de prêter au trésor, ils le doivent déjà à d'autres. Qui ?
"La chine, les fonds souverains, tout ça". Super. Est ce si sur ? Pour combien de temps ?

Un seul organisme, directement concerné, regarde un peu ce qui se passe : le département du Trésor US lui-même.
Et ça donne ça, les "TIC data".
Ce sont les thunes qui entrent aux US, sous une forme ou une autre et qui sont donc censées compenser les "pertes" (en très gros, le déficit commercial, soit environ 60 Mds de dollar par mois).
Ces données ont été publiées hier et concernent le mois de juillet. Le verdict est sans appel : -8.2 Mds (ligne 21)
Là où 60 Mds auraient du rentrer, juste pour pouvoir continuer la fuite en avant, non seulement rien n'est entré mais 8 Mds sont même sortis.
Attention, ces données sont très volatiles et d'une telle complexité qu'elles contiennent des marges d'erreur énormes.
(Pour les fans de ce sujet, voir le blog de Brad Setser au "Council on Foreign Relations". Attention, c'est extrêmement dur à lire) Une seule chose est sure : il y a un bug, un immense bug sur le financement de l'ensemble de la dette de l'économie américaine.

Et c'est à mon avis clairement là que ça se passe. Les faillites en tout genre, à côté, c'est quasiment de la rigolade.

Vu le délai de publication de ces données (un mois et demi), les chiffres du mois de septembre ne seront disponibles qu'à la mi novembre. Ils pourraient être encore à peu près potables dans la mesure où les financiers US semblent en train de rapatrier des fonds du monde entier. Mais derrière, c'est le gouffre et l'explosion du truc au grand jour : la faillite de toute l'économie américaine.

C'est donc une page de l'histoire du monde qui est en train de se tourner en ce moment même.
Ceux qui pensent que "bah ! la chine prendra le relais" devraient d'urgence lâcher leurs bouquins.
On ne remplace pas comme ça un "point de croissance" par un autre "point de croissance". On ne remplace pas la production américaine d'armement, de logiciels, de médicaments, de pétrole, etc. par des T-shirts et des jouets en plastique !
Je caricature, ok, mais c'est un système économique entier qui s'effondre, le capitalisme d'Etat chinois n'y survivra pas non plus !

Devant l'énormité du désastre annoncé, les prophètes se sont remis à prêcher.
Toujours les mêmes vieilles soupes :
D'un côté, les libéraux (les vrais, pas la droite pépère), pour lesquels toutes ces crises sont dues aux interventions de l'Etat.
De l'autre, les "interventionnistes" (disons la gauche, ou les "néo-keynésiens"), pour lesquels il faut au contraire plus de règlementation et un poids plus important de l'Etat dans l'économie.
ça fait un siècle que les uns et les autres nous bassinent avec leurs dogmes à deux balles.

Pendant ce temps, des milliers de gens, d'individus, loin de ces stériles querelles construisent, non pas une voie médiane (c'est précisément le système qui est en train de se vautrer) mais une "autre" voie :
Une économie privée ET non capitaliste.
Des dizaines de formes d'entreprises différentes, qui commencent à savoir presque tout faire, des grains de blé à la finance, mais SANS rémunération du capital.

Une page se tourne, et la prochaine est blanche.
A nous de l'écrire.