Entreprise, capitalisme et économie de marché
Par Aureliano Buendia le jeudi 15 janvier 2009, 13:48 - Lien permanent
Allez hop, deux posts en deux jours, c'est la fête.
D'abord un petit exemple en live de ce que j'évoquais dans mon post
précédent, à savoir, "tout le monde le sait, mais tout le monde se tait".
Voici, via contreinfo, la traduction d'une tribune de
Martin Wolf, dans le FT. Comme vous pouvez le voir, il aborde, à la fin et
en quelques lignes, le sujet principal de ce blog.
je cite :
"Le déficit de la balance courante doit également être réduit. Le secteur privé
US n’est plus en mesure de vivre à crédit pour compenser les déficits de la
balance extérieure, et le gouvernement ne pourra se le permettre que quelques
années. A long terme, l’économie mondiale doit être rééquilibrée. C’est un défi
politique international gigantesque, mais indispensable pour assainir la
situation."
Comme vous le voyez, il est conscient du truc, mais il ne déroule pas. Et
comment on fait garçon ?
Et les conséquences si ça ne marche pas ? Et si ce n'était tout simplement
pas jouable ? ou pas dans le timing ?
Mais bon, ce qui a motivé ce mini post est un autre article, des Echos cette fois.
On y lit que Mme Parisot aurait déclaré : "Il faut que le grand public
comprenne que c’est par l’entreprise qu’on trouvera la solution vers la
croissance, pas par les Etats, pas même par la coopération des Etats".
Je vais peut-être vous étonner, mais je ne suis pas loin d'être d'accord. Je
suis même tout à fait d'accord. (à part sur l'appellation "croissance", mais
c'est un autre (immense) sujet).
Là où on diverge, Laurence et moi, c'est qu'elle reste dans une vision du monde
totalement dépassée, obsolète, et étonnamment, la même que celle des syndicats
ou de ce qu'il reste de la gauche. Une vision du monde où il n'y aurait que le
secteur privé capitaliste et le secteur public.
Ben faut sortir Laurence. Sortir et se taire. Et regarder, sentir. Et
réfléchir.
Oui, je crois aussi que l'entreprise (et au delà, l'initiative humaine) est
un formidable moteur. Oui, je crois qu'il faut miser là dessus. Mais si on veut
mettre ce moteur splendide au service de la planète et de l'humanité, il va
falloir le libérer. Car il est aujourd'hui totalement soumis à un seul maitre,
un seul objectif : la rémunération du capital. Ce qui n'était qu'un moyen
est devenu un but. Et nous avons là un gros bug.
Heureusement, Laurence, (et les autres), vous vous plantez.
Parce qu'il n'existe pas que du privé capitaliste et du public. Il y a aussi du
privé non-capitaliste. ou "post-capitaliste". Il n'y a même quasiment que ça.
Et si on souhaite réellement libérer l'entreprise, alors c'est de cet esclavage
là qu'il faut la libérer : la rémunération du capital. Autrement dit, le
vol. Le capitalisme est un dévoiement, un parasitage de l'entreprise.
L'entreprise moderne et libre, celle du 21eme siècle, se situe "après le
capitalisme".
Your kingdom is doomed, guy's...
Pour finir, un autre extrait du même article, où le Parisot allemand, Mr
Jürgen R. Thumann, estime qu'il est crucial de ne pas autoriser les gens qui
ont des priorités politiques très différentes à exprimer leur opinion pour dire
que +le capitalisme, c'est fini, le libre échange, c'est fini+".
On le voit, le libre-échange, chez ses gens là, ce n'est en tout cas pas
celui des idées ! 
hé. tu sais quoi, Thumann ? On t'emmerde.
Commentaires
Eh ben, ça fait du bien de te retrouver cher Auréliano,
encore une fois je rejoins tes conclusions.
Ce que m'inspirent à moi les évènements de ces derniers temps, c'est qu'en fait, on a beau brasser, y'a rien qui change. Le moteur s'emballe et on s'approche chaque jour un peu plus de l'explosion.
Moi, ce qui me choque, c'est :
1)comme tu le dis personne ne semble mesurer l'immensité de la vague qui nous fonce droit dessus. Alors certes, ça commente sévère, ça brasse du vent et ça court dans tous les sens, mais au final, on est tous toujours comme des cons sur la plage (allias au taf quoi).
2)les marchés financiers sont complètement déconnectés de la réalité, à croire que c'est des charcutiers zingueurs qui sont aux commandes : exemple, le prix du baril. En 6 mois il est passé de 150 à 35$ !!! Alors la loi de l'offre et de la demande qui fixe les prix...soit j'ai loupé un truc énorme, soit elle agit autant que la politique sociale du Turkménistan sur les tendances du marché. Parce que bon, en 6 mois (une fois encore sauf si j'ai loupé un truc énorme) la consommation n'a pas bougé d'un pouillème (ou alors à la hausse), et la production, idem. Après tu me diras, oui mais les mecs ils anticipent une baisse future : alors là faut que tu précise quelle baisse ils anticipent, parce qu'à part si les US se font intégralement vitrifier par de méchants terroristes, je vois pas trop comment on pourrait subitement diviser la consommation par j'sais pas combien. Pour la production c'est même pas la peine d'en parler, les mecs étaient fin fou parce qu'à 150$ des forrages "délicats" devenaient rentable, mais là, vu le prix, leurs projets ils doivent être de retour au fin fond de leurs cartons. En bref, ça sert vraiment à rien de faire des études, la seule chose à retenir c'est : dans une situation donnée le baril de pétrole oscille entre 30 et 150$.
3)La rémunération du capital est une aberration, on est d'accord, dans ce cas là, qu'est ce que tu penses de la rémunération toujours plus croissante du capital ? Parce que moi quand je lis des trucs comme "hausse de l'augmentation du chiffre d'affaire infèrieure aux prévisions", je me dis juste qu'une boîte qui fait 25% de bénéf, qui l'année d'après fait 35%, qui l'année d'après fait 45%, eh ben je lui file pas un kopec. Merde, l'exponentielle c'est pas une courbe qui me faisait rêver au bahut.
Maintenant, la Crise (oui avec un grand C, c'est celle du siècle quand même), tout ce que je vois, c'est que les mecs, ils ont même plus à se faire chier à produire ou inventer quelque chose, ils tirent une fusée de détresse en l'air et l'état étouffe l'incendie sous une montagne de billets...moi j'appelle pas ça la Crise du siècle, j'appelle ça le Casse du siècle. Alors d'accord y'en a qu'on perdu de la thune dans l'histoire, mais c'est le jeu bordel. T-es mauvais tu dégages, si le Darwinisme avait eut droit aux même magouilles que la finance, la nature aurait sûrement été un peu moins bien faite. En plus, ils ont un peu du mal à me faire verser une larme : y'a un de mes proches qui m'a dit qu'il avait perdu 200 000€ dans l'histoire, je lui ais répondu que moi, le jour ou je perdais la moitié de cette somme, c'est même pas à la rue que je me retrouvais, c'est en tolle (et pas moyen de payer une caution de 10 M$).
Maintenant les deux problèmes de bases :
1)L'homme est naturellement bon, c'est le consensus qui le rend mauvais, en gros, toi moi, individuellement on est talentueux, mais si on fait un truc en essayant de contenter tout le monde, eh ben ça sera aussi moche et bancal qu'un tube de l'été (cf blockbuster américain, cf résolution de l'ONU, cf Discours politique (de la majorité de préférence), cf article de presse). Et le gros soucis c'est que le consensus est l'axiome de base de notre système (le système boursier en étant le plus bel exemple), et tant qu'un mec prendra une décision, non pas parce qu'il la trouve intelligente, mais parce qu'il pense que c'est celle que les autres trouveront intelligente, eh ben la décision sera inintelligente. Les plus grand chef d'oeuvre ont toujours été accompli par des mecs qui n'en avait rien à foutre de ce qu'en pensaient leurs congénères (ex : les Pink Floyd vs la Star Academy).
2)La seule chose qui est réellement importante aux yeux d'un homme, c'est sa vie et celle de ses proches (mais de ses vraiment très proches). Tant qu'ils courront après leur 7ème Ferrari et pas derrière leur repas du soir, eh ben ils seront mauvais parce qu'ils n'auront rien à foutre du résultat. En plus, là, on commence à tous être victime du Syndrôme Call Of Duty : on est derrière nos écrans et on court comme des cons au devant de la mitraille ou on prend tout notre temps pour viser bien à découvert. Youhou, c'est la réalité qui te parle, si tu te prends un pélo, tu réapparais pas 15 secondes plus tard jeune et fringant, là, t-as beau être derrière un écran, tu te bats en vrai, si tu te prends un pélo, tu y passes.
Le problème avec le capitalisme, c'est qu'il est basé sur la gourmandise, l'envie, la luxure, et quelques autres trait de caractère que de fins sociologues on couché sur le papyrus il y'a quelques millénaires, alors si des siècles d'inquisitions diverses et variées n'ont pas réussi à venir à bout de ces tristes penchants de la nature humaine, ce n'est pas les voeux pieux d'une minorité qui y arriveront.
D'où, j'en déduis qu'on ne passera au monde de l'après capitalisme qu'après que le capitalisme ait explosé, et que nous ne serons pour pas grand chose dans cette explosion.
Maintenant, ce qui me plait dans cette Crise, c'est qu'on va entrer en récession, et que la seule différence entre la récession et la décroissance, c'est que l'une est subie alors que l'autre est choisie. Et vu que la décroissance ça me plait (ça permet de descendre un peu histoire de se casser la gueule de moins haut), eh ben j'applaudis des deux mains à ce qui se passe en ce moment.
Voilà cher Auréliano, désolé pour ces longues digressions bien peu académiques, je ne suis pas aussi bien documenté que toi, mais je pense sérieusement, comme toi, que pour se faire une idée de ce qui va nous tomber sur le coin de la gueule, y'a plus besoin d'écouter et de réfléchir, que de mettre en équation et de chercher des preuves.
Dans l'attente du déluge, je te prie d'agréer mes plus sincères amitiés.
Have fun
Darkside
Contente de vous lire à nouveau et meilleurs voeux....
Puis-je vous signaler un blog que je viens de découvrir et qui mérite un coup d'oeil attentif :
www.tsunamifinancier.blogspot.com/
Le point de vue d'une française aux USA
Oui Thumann, on t'emmerde !
C'est vraiment dingue ce qui est dit et ça ne fait pas plus de bruit que ça !!!!
Il faut qu'on se réveille, bordel !!!
Plaisir de vous retrouver !
Et meilleurs voeux, il paraît qu'on peut les souhaiter jusqu'à la fin janvier.
Sinon, je ne suis pas sûr que ça ait un rapport aec la crise, mais plusieurs personnes m'ont parlé d'un nouveau site qui vient de s'ouvrir et qui a l'air d'être fait par
des gens qui connaissent bien le ps et qui n'ont pas froid aux yeux. Donc je me renseigne : est-ce
que l'un d'entre vous sait qui est derrière ça?
ça s'appelle La Rose qui pique (http://www.larosequipique.fr) et c'est assez marrant, d'ailleurs.
Bonjour à tous,
J'aimerais me limiter à la notion de rémunération du capital d'un autre point de vue. Même si sans aucun doute vous soutenez les théories Marxistes (qui n'ont pas fait leurs preuves sur les différentes crises connues) il faut dire que l'investissement n'est possible que grâce aux actionnaires et aux sources de financement externe à l'entreprise (pour de gros investissements). La rémunération du capital qui parfois dépasse le cadre de la bonne répartition des richesses d'une entrepreprise, n'est la que pour attirer l'investissement. Nous avons besoin d'investissement pour rester compétitif et permettre à long terme la rémunération du facteur travail qui bien sur est capital :). Sans rémunération, pas d'investissement, moins de productivité, compétitivité, et c'est le travail qui prend.
C'est pour cela que je suis persuadé que la rémunération du capital (des actionnaires ) ne sera jamais trop élévée.
Si je suis à coté de la plaque, faite le moi savoir, j'apprends encore
SK.
"A côté de la plaque" : Pas vraiment, toute opinion est la bienvenue et ce point de vue est pertinent.
(Par contre, non, je ne soutiens pas du tout les "théories marxistes", que je connais d'ailleurs trop mal pour en parler).
Grosso modo, je pense qu'on peut développer une économie basée sur de l'initiative privée et non-capitaliste. On a besoin de capital, c'est juste. On a besoin d'air aussi. Mais a-t-on besoin de le rémunérer pour autant, la question est différente.
J'ai créé plusieurs entreprises, j'y ai apporté du capital, et je ne l'ai jamais rémunéré. Et la grande majorité des PMEs sont dans ce cas. La plupart du temps, les entrepreneurs n'investissent pas dans l'optique d'une plus -value. Mais simplement pour que le projet en question, dans le quel ils vont généralement travailler, existe.
La question ne se pose que pour les projets qui nécessitent un investissement très important. (construire un aéroport, par exemple)
Dans ce cas, il y a deux solutions : la même méthode que pour la PME, mais en version "collaborative" ou "wiki". cad les porteurs du projet essaient de convaincre un grand nombre de petits investisseurs que c'est utile et nécessaire et donc de co-financer le projet, soit... on ne le fait pas !
(en gros, s'il ne se trouve pas assez de gens pour être assez motivé pour financer, alors ce projet n' a pas lieu d'être.
voila.
(à suivre évidemment, le format est ici un peu court pour développer)
"Sans rémunération, pas d'investissement, moins de productivité, compétitivité, et c'est le travail qui prend"
Bon je ne connais certainement pas assez bien le système et tout ce qui en découle mais j'ai un problème avec certains points de vue...
Ce qui me choque dans notre système, c'est qu'on ne puisse plus voir autrement ! Il me semble pour beaucoup de monde qu'il n'y a pas d'autres système possible, comme si le capitalisme avait toujours existé, que de toute façon nous ne trouverons pas d'autre façon de vivre !
Le système est maintenant basé sur le postulat qu'il faut être compétitif, performant, productif ? Mais pourquoi faire finalement ? Pourquoi plus plus plus ??? Je ne vois pas la finalité...
Je suis certainement trop naïf pour comprendre et même survivre dans ce système... Arfffffffff
Je suis tout à fait d'accord avec MMe. Aureliano Buendia, le capitalisme est sur le bord de s'écrouler. Le gouvernement tante de modifier l'économie, mais c'est le système de faire de l'argent qui doit changer. Si les plus riches continues a faire de l'argent et que les plus pauvres ne peuvent s'enrichir, comment pensez vous qu'ils font faire pour se procurer les nouveauté que l'industrie s'inflige a lui faire acheter? Par contre, je ne vois pas un système autre que le communiste ou il y a une certain équitabilité qui serais bénéfique à toute la population et pour relancer l'économie. Je ne sais pas ce que vous en penser, mais j'aimerais bien le savoir