Pour ceux qui ne consulteraient pas régulièrement ce blog (6 milliards moins quelques centaines par jour environ), le point de vue qui y est développé depuis fin 2005 est celui de la survenue d'une crise économique d'une ampleur sans précédent, dont les conséquences, ajoutées à celles des crises climatiques, écologiques, sociales, culturelles et politiques en cours auront pour effet le passage d'un système économique (appelons-le "capitalisme" pour faire simple) à un autre. Notamment par la faillite pure et simple des Etats.

S'il y a maintenant un certain accord sur la crise (c'était moins le cas il y a 4 ans...), on est encore loin du consensus sur ses conséquences.

Notamment parce que beaucoup (souvent ceux qui considéraient l'été dernier que "le plus gros était dernière nous") s'obstinent à ne vouloir voir dans cette crise qu'un épisode, un accident de parcours, après lequel tout redeviendra comme avant. Ce serait bien mal comprendre l'ampleur des forces en jeu aujourd'hui. Ce serait fermer les yeux bien fort pour refuser l'évidence : les prochaines institutions à mordre la poussière seront... les Etats eux-mêmes, avec en point d'orgue la faillite de l'Etat US.

Alors évidemment, lorsque ce genre de choses est annoncé, comme depuis des décennies, par quelques écorchés isolés, ou, comme ici, sur quelques blogs irrévérencieux, ça fait sourire. Mais on vient de changer de braquet d'un coup avec la splendide comparaison, due à Nouriel Roubini, pas moins, entre l'arnaque Madoff (et les schémas de Ponzi) et le fonctionnement de l'économie américaine.
(pour les habitués, oui, je voulais le faire, je me suis fait griller par Roubini, c'est plutôt classe et ça m'apprendra à poster plus souvent)

Qu'a fait Madoff ?
Il a utilisé son nom, son aura, sa crédibilité, pour dire à un premier zozo "Prête moi 10 000 $, je te garantis 10%".
La première année, il verse effectivement 1000$ d'intérêts au zozo. Mais pas sur le résultat d'éventuels placements bien pensés... sur ces propres 10 000 $ !
Il lui reste 9 000.
Il trouve 9 autres zozos... "prête moi 10 000 blabla, 10%".
Il leur verse leur 1000 chacun, et paye les 1000 d'intérêts du premier sur les 90 000 qu'il vient d'encaisser.
Et ainsi de suite jusqu'à 50 Mds de dollars.
Et que fait-il si jamais le premier vient lui réclamer sa mise de départ ? Il lui rend l'argent... des autres.
ça fonctionne extrêmement bien tant que tout le monde ne vient pas retirer son pognon en même temps.

Que fait une banque ?
La même chose.
La MÊME CHOSE !
Les intérêts qu'on vous verse, l'argent qu'on vous prête, celui qu'on vous rend si vous réclamez le vôtre, c'est le capital des autres. Une banque a généralement en réalité moins de 10% des sommes qu'elle a engagé ailleurs. Et que fait-elle si vous retirez votre argent ? Elle les "emprunte" à quelqu'un d'autre. ça fonctionne extrêmement bien...
... tant que tout le monde ne vient pas retirer son pognon en même temps.

Que fait l'économie américaine dans son ensemble ?
La même chose.
Elle alimente une formidable bulle de surconsommation (dont elle se nourrit) avec de l'argent qu'elle n'a pas et qu'elle doit à d'autres. ça fonctionne extrêmement bien...
... tant que, etc.

Et que fait Mr. Obama en ce moment ?
La même chose.
Obama se retrouve tout en haut d'une gigantesque pyramide de Ponzi mondiale, qu'aucun cerveau humain n'a jamais imaginé (ni ne peut, de fait, contrôler) et il fait quoi ? Il trouve un premier zozo et lui dit "Prête moi 1 000 Mds, je te garantis 1%"... Il distribue alors des brassées de billets qu'il n'a pas et paye les intérêts du premier avec...le capital qu'il a emprunté à d'autres. ça fonctionne extrêmement bien...
etc.

C'est bien cette pyramide là qui est en train de s'effondrer sous nos yeux.
Et ce n'est pas la faillite de GM, Citigroup, Bank of America ou Nortel qui est en jeu, mais bien celle d'un système entier, basé sur un des plus gros mensonges de l'histoire humaine : le fait que "l'argent travaille".

NB : Le moindre étudiant en économie vous dira facilement "Pfff, c'est du grand n'importe quoi du début à la fin". Il n'a pas complètement tort. Mais en réalité, si. Le mieux est de répondre à chacune de ces affirmations "Ah, ok, je comprends mais alors d'où vient cet argent ?" (genre : "Mais, c'est les chinois qui prêtent !" Ah ok mais alors d'où vient leur argent ? "ben, des exportations !" Ah ok, mais alors d'où vient cet argent ? "ben, des consommateurs américains !" ah ok, mais alors...)
NB2 : Au-delà de l'étudiant, vous avez le prof d'éco. Lui s'intéressera peut-être un peu plus et dira "Mouais, ce serait nier qu'il y a quand même création de valeur". Bon, il a raison. Ok. Mais dans des proportions sans commune mesure avec l'augmentation de la valeur "factice" en circulation. Ce que certains appellent la "déconnection" avec l'économie réelle. (ça ne veut rien dire, mais bon c'est à la mode). Au-delà du prof, vous avez "l'économiste". Alors là, ça se complique. Vous en prenez normalement pour une heure (s'il daigne adresser la parole à un profane). Et ce qu'il dira dépendra très largement de "l'école" à laquelle il appartient. (écoles qui, soit dit en passant, ont toutes démontrées leur inefficacité notoire dans cette crise).
NB3 : Comme annoncé ici il y a quelques temps, les premiers signes de défaillance des Etats sont en cours. (abaissement des notes "souveraines" de plusieurs pays occidentaux, situation ultra complexe à l'Est et, dernier épisode en date, l'article de Roubini.

NB4 (et un peu plus sérieusement) : je vais peut-être vous étonner, mais nos gouvernants ont bien entendu conscience de l'énormité de ce qu'ils sont en train de faire. Il semble que le plan pour sortir de cet amoncellement de dettes sans précédents soit l'inflation. Quelques années de très forte inflation (plus de 10%) et hop, la valeur de la thune est laminée, donc la dette aussi.
Sur le papier, c'est bien mignon (et encore, avec une sacrée casse au passage). En réalité (mais quelque chose me dit que nous aurons malheureusement l'occasion d'en reparler longuement), il semble que :
- d'abord, on n'en est pas là. Pour peu qu'on passe carrément en déflation, on en sort pas en claquant des doigts.
- ensuite, les sommes en jeu sont telles, que vouloir "aplanir" ces montagnes par de l'inflation semble plus tenir de l'apprenti sorcier que la soi-disant "science économique".

Bonne nuit à tous et à toutes,
et à bientôt pour de nouvelles aventures.