Madoff, Obama : même combat ?
Par Aureliano Buendia le lundi 16 mars 2009, 23:28 - Lien permanent
Pour ceux qui ne consulteraient pas régulièrement ce blog (6 milliards moins
quelques centaines par jour environ), le point de vue qui y est développé
depuis fin 2005 est celui de la survenue d'une crise économique d'une ampleur
sans précédent, dont les conséquences, ajoutées à celles des crises
climatiques, écologiques, sociales, culturelles et politiques en cours auront
pour effet le passage d'un système économique (appelons-le "capitalisme" pour
faire simple) à un autre. Notamment par la faillite pure et simple des
Etats.
S'il y a maintenant un certain accord sur la crise (c'était moins le cas il
y a 4 ans...), on est encore loin du consensus sur ses conséquences.
Notamment parce que beaucoup (souvent ceux qui considéraient l'été dernier
que "le plus gros était dernière nous") s'obstinent à ne vouloir voir dans
cette crise qu'un épisode, un accident de parcours, après lequel tout
redeviendra comme avant. Ce serait bien mal comprendre l'ampleur des forces en
jeu aujourd'hui. Ce serait fermer les yeux bien fort pour refuser
l'évidence : les prochaines institutions à mordre la poussière seront...
les Etats eux-mêmes, avec en point d'orgue la faillite de l'Etat US.
Alors évidemment, lorsque ce genre de choses est annoncé, comme depuis des
décennies, par quelques écorchés isolés, ou, comme ici, sur quelques blogs
irrévérencieux, ça fait sourire. Mais on vient de changer de braquet d'un coup
avec la splendide comparaison, due à Nouriel Roubini, pas moins, entre
l'arnaque Madoff (et les schémas de Ponzi) et le fonctionnement de l'économie
américaine.
(pour les habitués, oui, je voulais le faire, je me suis fait griller par
Roubini, c'est plutôt classe et ça m'apprendra à poster plus souvent)
Qu'a fait Madoff ?
Il a utilisé son nom, son aura, sa crédibilité, pour dire à un premier zozo
"Prête moi 10 000 $, je te garantis 10%".
La première année, il verse effectivement 1000$ d'intérêts au zozo. Mais pas
sur le résultat d'éventuels placements bien pensés... sur ces propres 10 000
$ !
Il lui reste 9 000.
Il trouve 9 autres zozos... "prête moi 10 000 blabla, 10%".
Il leur verse leur 1000 chacun, et paye les 1000 d'intérêts du premier sur les
90 000 qu'il vient d'encaisser.
Et ainsi de suite jusqu'à 50 Mds de dollars.
Et que fait-il si jamais le premier vient lui réclamer sa mise de départ ?
Il lui rend l'argent... des autres.
ça fonctionne extrêmement bien tant que tout le monde ne vient pas retirer son
pognon en même temps.
Que fait une banque ?
La même chose.
La MÊME CHOSE !
Les intérêts qu'on vous verse, l'argent qu'on vous prête, celui qu'on vous rend
si vous réclamez le vôtre, c'est le capital des autres. Une banque a
généralement en réalité moins de 10% des sommes qu'elle a engagé ailleurs. Et
que fait-elle si vous retirez votre argent ? Elle les "emprunte" à
quelqu'un d'autre. ça fonctionne extrêmement bien...
... tant que tout le monde ne vient pas retirer son pognon en même
temps.
Que fait l'économie américaine dans son ensemble ?
La même chose.
Elle alimente une formidable bulle de surconsommation (dont elle se nourrit)
avec de l'argent qu'elle n'a pas et qu'elle doit à d'autres. ça fonctionne
extrêmement bien...
... tant que, etc.
Et que fait Mr. Obama en ce moment ?
La même chose.
Obama se retrouve tout en haut d'une gigantesque pyramide de Ponzi mondiale,
qu'aucun cerveau humain n'a jamais imaginé (ni ne peut, de fait, contrôler) et
il fait quoi ? Il trouve un premier zozo et lui dit "Prête moi 1 000 Mds,
je te garantis 1%"... Il distribue alors des brassées de billets qu'il n'a pas
et paye les intérêts du premier avec...le capital qu'il a emprunté à d'autres.
ça fonctionne extrêmement bien...
etc.
C'est bien cette pyramide là qui est en train de s'effondrer sous nos
yeux.
Et ce n'est pas la faillite de GM, Citigroup, Bank of America ou Nortel qui est
en jeu, mais bien celle d'un système entier, basé sur un des plus gros
mensonges de l'histoire humaine : le fait que "l'argent
travaille".
NB : Le moindre étudiant en économie vous dira facilement "Pfff, c'est
du grand n'importe quoi du début à la fin". Il n'a pas complètement tort. Mais
en réalité, si. Le mieux est de répondre à chacune de ces affirmations "Ah, ok,
je comprends mais alors d'où vient cet argent ?" (genre : "Mais, c'est les
chinois qui prêtent !" Ah ok mais alors d'où vient leur argent ? "ben, des
exportations !" Ah ok, mais alors d'où vient cet argent ? "ben, des
consommateurs américains !" ah ok, mais alors...)
NB2 : Au-delà de l'étudiant, vous avez le prof d'éco. Lui s'intéressera
peut-être un peu plus et dira "Mouais, ce serait nier qu'il y a quand même
création de valeur". Bon, il a raison. Ok. Mais dans des proportions sans
commune mesure avec l'augmentation de la valeur "factice" en circulation. Ce
que certains appellent la "déconnection" avec l'économie réelle. (ça ne veut
rien dire, mais bon c'est à la mode). Au-delà du prof, vous avez
"l'économiste". Alors là, ça se complique. Vous en prenez normalement pour une
heure (s'il daigne adresser la parole à un profane). Et ce qu'il dira dépendra
très largement de "l'école" à laquelle il appartient. (écoles qui, soit dit en
passant, ont toutes démontrées leur inefficacité notoire dans cette
crise).
NB3 : Comme annoncé ici il y a quelques temps, les premiers signes de
défaillance des Etats sont en cours. (abaissement des notes "souveraines" de
plusieurs pays occidentaux, situation ultra complexe à l'Est et, dernier
épisode en date, l'article de Roubini.
NB4 (et un peu plus sérieusement) : je vais peut-être vous étonner,
mais nos gouvernants ont bien entendu conscience de l'énormité de ce qu'ils
sont en train de faire. Il semble que le plan pour sortir de cet amoncellement
de dettes sans précédents soit l'inflation. Quelques années de très forte
inflation (plus de 10%) et hop, la valeur de la thune est laminée, donc la
dette aussi.
Sur le papier, c'est bien mignon (et encore, avec une sacrée casse au passage).
En réalité (mais quelque chose me dit que nous aurons malheureusement
l'occasion d'en reparler longuement), il semble que :
- d'abord, on n'en est pas là. Pour peu qu'on passe carrément en déflation, on
en sort pas en claquant des doigts.
- ensuite, les sommes en jeu sont telles, que vouloir "aplanir" ces montagnes
par de l'inflation semble plus tenir de l'apprenti sorcier que la soi-disant
"science économique".
Bonne nuit à tous et à toutes,
et à bientôt pour de nouvelles aventures.
Commentaires
Buendia Aureliano.
En plus détaillé :
http://www.leseditionsromaines.com/...
http://www.vimeo.com/1711304
Je trouve ça bien didactique... pourquoi on ne s'en sortira pas sans une réflexion plus vaste.
Ca s'appelle "L'argent-dette" et pour le péon lambda que je suis, ça explique bien comment ça va foirer...
<<crises climatiques, écologiques, sociales, culturelles et politiques>>
Tu oublie aussi la crise énergetique qui va être aussi grave que les autres.
Naturellement dédié à l'auteur de ce blog :
Le 18 mars 2009 : fin du capitalisme par Paul Jorion
"La date d’aujourd’hui, le 18 mars 2009, sera retenue par l’histoire, tout comme celle du 29 mai 1453 le fut pour la chute de Constantinople ou celle du 9 novembre 1989 pour la chute du mur de Berlin, comme celle qui signa la fin du capitalisme."
==> http://www.pauljorion.com/blog/?p=2...
Je viens de publier l'article de Paul Jorion sur mon blog avec pour titre "Après le 15 août 1971 de Nixon, voici le 18 mars 2009 d'Obama". http://ploutopia.over-blog.com/arti...
Preuve que la valeur est subjective…
Lire aussi "scénario catastrophe" sur http://monnaiefondante.canalblog.co...
Un petit extrait: "Le fait que toute cette dette est de plus en plus rachetée par les pouvoirs publics aura pour effet de rendre de plus en plus d'états, les plus endettés et les moins puissants en premier, insolvables, car leurs rentrées (fiscales) normales ne suffisent tout simplement plus pour servir cette dette.
En ne les laissant pas tomber les pays endettés (Italie, Irlande, Espagne, Islande, etc.), le domino continuera et atteindra fatalement les pays les plus puissants. La Californie est déjà en cessation de paiement et sous perfusion!"
Alors imaginons la scène :
- d’un côté le « sommet », les 1000 milliardaires de la planète et tous ceux qui veulent le devenir...
- de l’autre, la « base », le peuple, les entrepreneurs, les travailleurs, l’Etat, les pauvres, etc. En bref tous les débiteurs (emprunteurs) et micro-créditeurs (eh oui, depuis Yunus, même les plus pauvres peuvent emprunter) de la planète, qui, à force de "pousse à la tentation crédit" (avec remboursement d’intérêts) sont devenus insolvables !
- au milieu il y a les banques et toute la machinerie du crédit qui alimente toute la machinerie de guerre, de pétrole et de pub.
Que peuvent faire les banques-politiques ? Banques et politiques sont évidement complices. Comme nous tous d’ailleurs à cause d’une monnaie de plus en plus universelle, dématérialisée et dépersonnifiée.
Que peut-on faire ?
- Soit on reste dans le paradigme de l’Argent-Roi globalisant => les banques-politiques continuent à racler la base pour alimenter le sommet jusqu’à ce que la base ne tienne plus (révoltes, émeutes, grèves…) => on continue, quand même, à maintenir la base par la force et les armes => guerres… (C’est ce qui s’est passé pour la guerre 40-45 suite à la demande insistante des Etats-Unis de remboursement des crédits commerciaux de l’Allemagne et de l’Autriche, voir "L’acharnement thérapeutique peut-il nous conduire vers une Grande Dépression ?" (http://groups.google.be/group/alter...)
- Soit on est prêt à remettre le paradigme en question et on revoit notre système monétaire de fond en comble avec, comme solution clé, des monnaies fondantes et diversifiées. Mais là, il va nous falloir un sacré saut de conscience ! Il va falloir comprendre que l'accumulation ne résoudra pas nos problèmes existentiels (peur de manquer, de mourir, de vieillir - Cfr Christian ARENSPERGER)
Si la logique en place est si tenace, c'est peut-être que quelque chose au fond de nous même y collabore - quelque chose qui participe de l'angoisse et du déni de notre condition d'humains. Les voies de sorties, les plus pertinentes de l'économie capitaliste ne sont donc pas économiques. Elles sont existentielles.
[Christian ARNSPERGER] "Critique de l'existence capitaliste, Pour une étique existentielle de l'économie"
"Et ce qu'il dira dépendra très largement de "l'école" à laquelle il appartient. (écoles qui, soit dit en passant, ont toutes démontrées leur inefficacité notoire dans cette crise)."
http://www.auburn.edu/~garriro/cbm2...
Et que font les caisses de retraites en France (et pas que) ?
La MÊME CHOSE !
he he he !..
he oui
Le crédit est l'oxygene du capitalisme. Sans le crédit, il n'y aurait pas de croissance:
http://pourquedemainsoit.wordpress....
Tout cela annonce aussi la mort future de la logique comptable:
http://pourquedemainsoit.wordpress....
Des images :
http://www.boston.com/bigpicture/20...
Du texte :
http://www.leseditionsromaines.com/...
"Le crédit est l'oxygène du capitalisme. Sans le crédit, il n'y aurait pas de croissance"
Je dirais même que l'inégalité est l'oxygène du capitalisme. Le capitalisme fondé sur la propriété, alimenté par le libéralisme fondé sur l'égoïsme, prend ses racines dans l'exploitation sournoise de l'autre et de la nature. La croissance est son leitmotiv car cela rend les inégalités et les dégradations plus supportables…
Sur le remède inflation une saine lecture du manuel d'anti-économie (pas celu d'Oncle Bernard !).
Indispensable !
"l’inflation ne réduit pas le pouvoir d’achat, elle redistribue la valeur ajoutée à la marge."
http://www.ecotheurgie.com/pages/Ma...
Très intérressant, à lire absolument.
En effet, l'inflation réduit très bien la dette.
Mais pour qu'il y ait inflation, il faut des prix qui montent (lapalissade) et pour des prix qui montent il faut que l'argent abonde. Or justement, la crise c'est qu'il n'y a pas d'argent
@alf
Les caisses de retraites par répartition dépendent en effet d'un nombre suffisant de cotisant pour alimenter les pensions des retraités d'aujourd'hui... mais les cotisants ne peuvent pas venir réclamer leur "capital" ! Il est distribué aujourd'hui et eux-même recevront l'argent de leurs pensions de la part des travailleurs futurs. Dans les retraites on ne prête pas l'argent, on le donne aux vieux d'aujourd'hui. Ça s'appelle la solidarité entre générations et ça fait une fameuse différence en terme de pyramide de Ponzi !
Aureliano nous manque un peu ces temps-ci.
D'autant que j'aurais bien aimé avoir son avis sur cette excellente analyse des Guignol
http://www.dailymotion.com/video/x8...
Car dans le fond, la fin du capitalisme, j'y crois de moins en moins…
C clair que ses lectures me manque aussi. Pourtant il s'en passe des choses et pas que des belles, et c'est loin de s'arranger. Mais c'est pas si mal : il faudra que ça aille plus mal pour que ça aille mieux ...
C clair que ses lectures me manque aussi. Pourtant il s'en passe des choses et pas que des belles, et c'est loin de s'arranger. Mais c'est pas si mal : il faudra que ça aille plus mal pour que ça aille mieux ...
Pour avoir parcouru le blog, je tiens à donner mes felicitations pour ces articles intéressants.
Bon pseudo, bons articles...que demande le peuple?
Vous n'avez pas trop bien compris. Ce qui est l'oxygène de la finance, c'est l'argent-dette. L'absence de dette est la liberté du peuple. Le crédit avec une création monétaire ex-nihilo est une féodalité dans laquelle la monnaie remplace la terre jadis. Le crédit avec une création monétaire ex-nihilo est une mise sous tutelle du peuple. Je prône un retour à la monnaie or et à l'épargne or, condition indispensable pour dompter le fauve financier.