La fin du capitalisme

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lundi 20 août 2007

Arrêtez de jeter des chevals !

Il se passe trop de trucs, j'ai du mal à suivre. Zappons les détails techniques, voilà, en vrac et à mon avis, "ce qu'il faut en retenir" (comme on dit sur les chaines d'infos...)

- Les injections de milliards par les banques centrales correspondent, grosso modo, à de la création monétaire. C'est donc très rapidement l'infation qui va trinquer.

- Ces injections de pognon donnent un petit coup de fouet à court-terme et ont le mérite d'arrêter les mouvements de panique, mais elles ne règlent rien du tout à long-terme.

- Bien au contraire, elles ne font que différer, donc aggraver, la crise qui suivra.

En résumé, ce sont de toutes façons (et évidemment, et une fois de plus) les "petits" (les particuliers, les humains, quoi) qui vont trinquer. Tous ces mouvements ressemblent beaucoup plus à une tentative pour différer la crise et laisser le temps aux investisseurs institutionnels de réagencer leurs portefeuilles sans trop de casse, qu'à autre chose.
Mine de rien, nous venons, tous ensemble, de filer des milliards à nos banques qui avaient fait des placements risqués, ont perdu, et... se tournent donc indirectement vers nous pour qu'on leur redonne de quoi continuer à faire mumuse...
(étonnament, on n'entend plus beaucoup les libéraux, d'un coup...)

On notera au passage qu'un choix lourd de conséquences (celui de faire porter la casse sur les particuliers et pas sur les profits des entreprises responsables) vient d'être fait.
Par qui ? Au nom de qui ?
Surement pas par les pseudo représentants du peuple qui reviennent tranquillement de vacances et n'y peuvent de toutes façons pas grand chose...

NB1 : oui, bon, le titre est discutable. C'est une double private joke, désolé.

NB2 : pour ceux qui souhaitaient "travailler plus pour gagner plus", vous commencez à en voir là la vraie couleur : il faudrait que vous travailliez encore un peu plus, svp, because votre banquier a joué les sous du loyer au PMU et a tout perdu. Vous inquiétez pas, vous n'y verrez que du feu... vous allez juste tout payer un peu plus cher dans quelques mois (c'est ça le secret, le décalage de quelques mois). A ce moment là, vous n'aurez qu'à accuser les fonctionnaires, les retraites, la sécu, l'euro ou la Chine... OK ?
ça tombe bien d'ailleurs, parce que, à propos de votre retraite, justement, euh... comment vous dire ? ça vous dirait de gagner plus ?

vendredi 10 août 2007

Les mouches ont changé d'âne

train Alors que tous les regards de la finance internationale sont tournés vers le subprime et le risque de "credit crunch", il se peut qu'ils ratent, du coup, une menace bien plus importante encore. Car tout au bout de ce gigantesque système de crédit, il y a... l'économie US dans son ensemble, et le financement de sa dette, en particulier par la Chine.

Les récentes déclarations de He Fan (de l'académie chinoise des sciences sociales) suggérant que la Chine pourrait vendre ses bons du Trésor US et de Xia Bin (Directeur du centre de recherche sur le développement), traitant au passage les sénateurs américains d'idiots, ont provoqué une vague de réactions, (articles dans des blogs spécialisés et jusqu'au Washington Post) allant jusqu'à une intervention du secrétaire d'Etat au trésor, Paulson, et du président Bush.

C'est qu'on ne parle plus ici de quelques "pour cent" de plus ou de moins en bourse, mais bien du financement de la première économie au monde.

Comme le fait très justement remarquer Brad Setser, "une des leçons de la théorie des jeux est qu'une menace n'est couteuse que si elle échoue". Peu importe, dès lors, de disserter sur la probabilité que le gouvernement chinois mette ou pas cette menace à exécution. Le fait est qu'elle existe et qu'elle aboutit, de mon point de vue, à une redistribution majeure des cartes de la puissance mondiale.

La vraie nouvelle, dans cette histoire, n'est en effet pas la dépendance croissante de l'économie US vis-à-vis des financements étrangers (qu'on suit sur ce blog depuis près de deux ans), ni même le risque (qui existe pourtant) qu'un des créanciers ne cesse d'alimenter la pompe. La vraie nouvelle, c'est, aussi fou que ça puisse paraitre, que les pouvoirs publics US commencent à s'en rendre compte !

En quelques lignes, Xia Bin vient juste de démontrer au monde entier (quelques "silly senators" en tête), que les Etats-Unis n'étaient plus en mesure de réclamer quoi que ce soit à la Chine, que le gouvernement chinois les tenaient, en gros, par les c..., et que leur leadership mondial était, de fait, terminé.

Chine

Il va sans dire que les conséquences de cette prise de conscience sont immenses. Je vois mal, par exemple, les Etats-Unis se lancer dans un conflit avec l'Iran, fournisseur de pétrole à la Chine, sans l'accord de leur banquier... Nul doute aussi, que le capitalisme vient là de se trouver un nouveau maitre, et qu'il semble finalement prospérer beaucoup plus vite dans une bonne vieille dictature que dans nos pseudos démocraties occidentales. Dès lors, ceux qui rêvaient encore d'un alignement "par le haut" des conditions sociales, sanitaires, environnementales peuvent revoir leur copie.

On ne s'aligne que sur le leader, et il vient de changer.

lundi 6 août 2007

La grande trouille

Les milieux financiers ont aussi leurs modes. Taux d'intérêt, inflation, croissance, déficits, l'une de ces nombreuses données focalise tout à coup l'ensemble de l'attention, et les investisseurs ne regardent plus que ça. Je ne sais pas s'il y a déjà eu des études de socio sur le comportement moutonnier des investisseurs, mais je vous assure qu'ils sont sans doute champions du monde de cette catégorie.

Bref, en ce moment, LE truc, le mot clé du moment, c'est "l'aversion au risque". C'est balaise, non, comme terme, l'aversion au risque ? ça fait tout de suite sérieux. En clair, ça signifie tout simplement... la trouille.
Les investisseurs ont la trouille.
Les foies quoi, la pétoche...

Et comme ces braves gens ont des indices pour absolument tout (les chiffres, ça les rassure, ça parait tout de suite plus rationnel quand c'est chiffré), ils en ont aussi un pour ça ! Son nom savant, c'est l'indice Vix de volatilité du Chicago Board Options Exchange. A vos souhaits. Il est surnommé plus simplement "l'indice de la peur". Et il vient de bondir de plus 16,5% fin juillet !

Evidemment, vu d'ici, on ne peut que sourire de ces tentatives de rationnalisation d'un des trucs les plus subjectifs qui soient : la confiance.

Le salaire de la peur Il se trouve que cette petite chose est aussi, à bien y regarder, le ciment ultime du système capitaliste. Vous allez bosser le matin parce que vous pensez que vous serez payés à la fin du mois. Vous laissez vos thunes sur un compte en banque pare que vous avez confiance dans le fait qu'elles y seront toujours si vous venez les cherchez. Vous pouvez payer avec des bouts de plastique ou de papier parce que le commerçant a confiance. Et les banques prêtent des thunes (qu'elles n'ont pas) à tout le monde parce qu'elles ont confiance.
Or il y a évidemment des boites qui font faillite, des gens, voire des entreprises, des banques ou des etats, qui ne peuvent plus rembourser, etc.

Ce système ne fonctionne que parce que certains prennent (ou ignorent) le risque.
Au bout de cette chaine, et en simplifiant à outrance, il y a l'économie US. Elle fonctionne totalement à crédit et on lui prête parce qu'on a confiance. Non pas qu'ils pourront rembourser hein, faut pas rêver, mais que quelqu'un continuera à leur prêter pour qu'ils puissent continuer... à emprunter.

Enlevez ce petit truc, la confiance, et tout s'effondre.
C'est dans une certaine mesure, ce qui est en train de se passer.

vendredi 3 août 2007

Wall Street en chute libre, et plus si affinités ?

La fameuse cloche a retenti il y a dix minutes et personne n'en est encore revenu. Le Dow Jones vient de faire une fin de séance en chute libre. A plus de 13450 points deux heures avant la cloture, il perd alors près de 300 points pour venir s'affaler en dessous des 13200... -2.10% en une séance, le Nasdaq et le SP 500 faisant encore pire (au-delà de -2.50%).

En cause ? en apparence, les tensions de ces derniers jours ravivés par deux mauvais chiffres dans la journée, notamment sur l'emploi. Mais les investisseurs avaient encaissé ces nouvelles jusqu'à... une pauvre conférence de presse d'une petit directeur financier( celui de Bear Stearns qui a connu des soucis avec ses fonds "subprime"). Ce bon monsieur a annoncé tranquillement que la situation actuelle était pire que celle de la bulle Internet. Evidemment, il y a là de quoi rappeler quelques sueurs froides à tout ce petit monde et dans le contexte hyper tendu actuel, il n'en fallait pas plus pour déclencher une vague de panique.

Mais on peut même se demander si cette petite histoire (avec un peu de recul) de subprime, ne va pas aller beaucoup plus loin. Ce que craignent les investisseurs, c'est le report des très nombreuses opérations financées par le crédit. En gros, de quasiment toutes les opérations financières actuelles. Ce qui mettrait un coup de frein colossal à l'économie américaine. Un coup de frein, et peut-être plus, car ce sont finalement, on le sait, les US dans leur ensemble qui tournent à crédit...

Et si finalement, tout venait de commencer ?

mercredi 25 juillet 2007

Dopage, le tour de la bourse ?

Les accros de la petite reine et ceux du roi dollar ont plus en commun que de regarder leurs héros monter et descendre depuis leur fauteuil, les yeux et les neurones collés sur un écran.

Les uns et les autres sont aussi en train de se rendre compte que leur favoris sont tous dopés et que ce qu’ils croyaient être une saine concurrence ressemble de plus en plus à un jeu de massacre où les gagnants ne sont jamais que ceux qui ne se sont pas (encore) fait choper.

Alors que le Dow Jones grimpe à l’assaut des 14000 points, que le dollar entame une descente à tombeau ouvert et que le pétrole atteint des sommets, on « découvre » peu à peu que, là où on croyait avoir à faire à quelques tricheurs (Armstrong, Enron, …), ce sont systématiquement tous les leaders qui semblent médicalement assistés… Que le secteur des prêts immobiliers à risque (subprime) a de la poudre plein le nez, qu’il coule dans les veines des Hedges Funds des substances plus que louches, et que le taux de globules « rouges » de l’économie chinoise est anormalement élevé. Pire que ça, c’est même le maillot jaune du capitalisme, l’économie américaine dans son ensemble, qui tourne en permanence sous perfusion de l’épargne mondiale.

A se demander s’il n’y aurait pas quelque chose de pourri au royaume de Rasmussen, certes, mais jusque dans la financiarisation de la course et la course à la financiarisation.

equipe Là où s’affrontaient hier encore la force de mollets, la finesse des stratégies et le courage des acteurs, c’est aujourd’hui le débit de la transfusion qui devient la condition principale pour sortir du peloton.

La financiarisation, c'est l'EPO de l'économie

Que dire alors d’un système d’où étaient censés émerger « naturellement » les meilleurs ? Et quand il s’agit d’occuper le mois de juillet des quelques campeurs bedonnant, passe encore, mais si on parle de l’un des moteurs principaux de l’innovation et du progrès humain, avouez que ça se complique…

Il apparaît donc toujours plus urgent de se rendre compte que la financiarisation, c’est l’EPO de l’économie.

Et il est probable que si, on souhaite que le spectacle continue, il faille non seulement effectuer un grand nettoyage, mais aussi revoir jusqu’à la logique même du système.

Faute de réponses, reste à pousser la logique au bout : D’une part, coter le Tour en Bourse et faire sponsoriser les coureurs par les labos pharmaceutiques et d’autre part, filmer et diffuser aux heures de grande écoute les ascensions, descentes, chutes, sprints et échappées des grandes valeurs du Dow Jones.

Alors la grande boucle sera, enfin, bouclée.

mercredi 18 juillet 2007

Ben Bernanke ne sert à rien. (Quoique...)

et en plus, il est pas marrant. Non, franchement. Les blogs économiques respectables ne vous le diront pas - ça ne fait pas sérieux - , mais Ben Bernanke a un vrai souci : il est chiant.

Ce gars là est patron de la Fed. Chacune de ces interventions est attendue des jours à l'avance, chacun de ces mots est pesé, analysé, la moindre variation dans la formulation fait basculer des millions de dollars et qu'est ce qu'il dit ? RIEN ! Mais alors quedalle...

Paul Volcker Prenez ces prédecesseurs, c'était autre chose ! des gars péchus. Volcker, c'était Darth Vader. Le mec qui soigne le mal par le mal, voyez. Pas fin, le garçon. L'homme qui a fait monter les taux au-delà de 20% pour abattre l'inflation. Même pas peur. Et Greenspan... Ah ! le regretté Greenspan, un poète Greenspan, le yoda de la finance internationale, plus de 18 ans à la tête de la Fed ! un mythe... mais passons.

Bernanke, lui, ne dit rien et fait ce qu'il dit. En 16 mois, le mec a remonté une fois les taux de 0.25%. Basta ! en 16 mois ! Le service minimum, il maitrise grave, lui ! Bon, on ne peut pas lui en vouloir, il dirige un truc (la Fed) qui ne PEUT rien faire. En gros, l'inflation est sortie depuis bien longtemps des limites officiellement acceptées (2,5 à 3% contre 1 à 2 d'objectif) ET la croissance est à la rue. S'il relève les taux, pour faire baisser l'inflation, il fait baisser la croissance. S'il les baisse, pour stimuler la croissance, il fait remonter l'inflation. Niqué. Alors il se branle. Et depuis 16 mois, il fait genre une sortie par mois, pendant laquelle il ne dit absolument rien.

(Plus haut, en photo, Paul Adolph Volcker. Ci-dessous, Alan "Yoda" Greenspan, à gauche, et Ben Bernanke, à droite. On voit bien la différence...)

Alan GreenspanBen Bernanke

Et bien vous voulez que je vous dise ? ("OUI !!" hurla la foule en délire) Et bien c'est précisément ça son job !

Diriger une équipe de super pontes ultra balaises, qui brassent des tonnes de chiffres en grande partie faux, pour sortir tous les mois, devant tout le gratin de la finance, transformé pour l'occasion en portée d'oisillon à qui on donnerait la becquée, ces quelques phrases magistrales : "Tout va bien..." "Ayez confianssssssss" "peut-être à un moment ça ira moins bien, mais après vous allez voir, tout ira bien"

C'est un peu le serpent du Livre de la jungle, voyez ?

Il dit pas exactement comme ça hein, faut rester crédible, généralement ça donne plutôt : "Dans l'ensemble, l'économie américaine semble devoir croître à un rythme modéré au second semestre, avec un petit raffermissement attendu en 2008 à un niveau proche du plein potentiel de l'économie" ah ! c'est pas de la news ça ? En fait, son VRAi taff, c'est ça : rassurer tout le monde, faire en sorte que chacun se comporte exactement comme d'habitude et que surtout personne ne panique. et tant que ça marche, ça marche...

Pour le reste, c'est "ferme les yeux, baisse la tête et prie très fort..."

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