La fin du capitalisme

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mercredi 18 juillet 2007

Ben Bernanke ne sert à rien. (Quoique...)

et en plus, il est pas marrant. Non, franchement. Les blogs économiques respectables ne vous le diront pas - ça ne fait pas sérieux - , mais Ben Bernanke a un vrai souci : il est chiant.

Ce gars là est patron de la Fed. Chacune de ces interventions est attendue des jours à l'avance, chacun de ces mots est pesé, analysé, la moindre variation dans la formulation fait basculer des millions de dollars et qu'est ce qu'il dit ? RIEN ! Mais alors quedalle...

Paul Volcker Prenez ces prédecesseurs, c'était autre chose ! des gars péchus. Volcker, c'était Darth Vader. Le mec qui soigne le mal par le mal, voyez. Pas fin, le garçon. L'homme qui a fait monter les taux au-delà de 20% pour abattre l'inflation. Même pas peur. Et Greenspan... Ah ! le regretté Greenspan, un poète Greenspan, le yoda de la finance internationale, plus de 18 ans à la tête de la Fed ! un mythe... mais passons.

Bernanke, lui, ne dit rien et fait ce qu'il dit. En 16 mois, le mec a remonté une fois les taux de 0.25%. Basta ! en 16 mois ! Le service minimum, il maitrise grave, lui ! Bon, on ne peut pas lui en vouloir, il dirige un truc (la Fed) qui ne PEUT rien faire. En gros, l'inflation est sortie depuis bien longtemps des limites officiellement acceptées (2,5 à 3% contre 1 à 2 d'objectif) ET la croissance est à la rue. S'il relève les taux, pour faire baisser l'inflation, il fait baisser la croissance. S'il les baisse, pour stimuler la croissance, il fait remonter l'inflation. Niqué. Alors il se branle. Et depuis 16 mois, il fait genre une sortie par mois, pendant laquelle il ne dit absolument rien.

(Plus haut, en photo, Paul Adolph Volcker. Ci-dessous, Alan "Yoda" Greenspan, à gauche, et Ben Bernanke, à droite. On voit bien la différence...)

Alan GreenspanBen Bernanke

Et bien vous voulez que je vous dise ? ("OUI !!" hurla la foule en délire) Et bien c'est précisément ça son job !

Diriger une équipe de super pontes ultra balaises, qui brassent des tonnes de chiffres en grande partie faux, pour sortir tous les mois, devant tout le gratin de la finance, transformé pour l'occasion en portée d'oisillon à qui on donnerait la becquée, ces quelques phrases magistrales : "Tout va bien..." "Ayez confianssssssss" "peut-être à un moment ça ira moins bien, mais après vous allez voir, tout ira bien"

C'est un peu le serpent du Livre de la jungle, voyez ?

Il dit pas exactement comme ça hein, faut rester crédible, généralement ça donne plutôt : "Dans l'ensemble, l'économie américaine semble devoir croître à un rythme modéré au second semestre, avec un petit raffermissement attendu en 2008 à un niveau proche du plein potentiel de l'économie" ah ! c'est pas de la news ça ? En fait, son VRAi taff, c'est ça : rassurer tout le monde, faire en sorte que chacun se comporte exactement comme d'habitude et que surtout personne ne panique. et tant que ça marche, ça marche...

Pour le reste, c'est "ferme les yeux, baisse la tête et prie très fort..."

mardi 17 juillet 2007

Il pleut des thunes !

Pas chez vous ? Ah ben, c'est ballot. Aux US, il vient de tomber 112,6 Mds de dollars, en provenance du reste du monde.

Voici le dernier bulletin des fameuses et controversées TIC datas pour le mois de mai 2007. (Il est tout chaud).

Pour une poignée de dollars

Une bien jolie balance des capitaux, donc, qui finance tranquillement le déficit commercial. Et c'est gentil, parce que, pfiou..., c'est qu'ils ont des frais en ce moment, hein.

Vous vous rendez compte ? Faut acheter des armes pour apprendre la démocratie à tout le monde, renflouer des medias qui se cassent la gueule pour apprendre la liberté de la presse à tout le monde, acheter du pétrole (qui grimpe) pour faire tourner tout ça et avec des dollars qui valent de moins en moins, vous croyez que c'est fastoche ?

Et ben non ! Heureusement qu'il ya des bonnes ames qui s'en rendent compte et qui pretent leurs sous, sinon, on s'en sortirait pas.

mercredi 11 juillet 2007

Après le capitalisme

Je parle de fin du capitalisme depuis de nombreux mois maintenant. Et les critiques ou moqueries, si elles n’ont pas encore cessé, passent peu à peu de « Boarf » ou « Meuuhh non ! » à « Bon ok, mais qu’y a-t-il après ? ». En d’autres termes, existe-t-il des alternatives ?

Alors à force de répéter la même chose, je me suis décidé à l’écrire. Il y en a plein, des alternatives au capitalisme. Des tonnes. L’embarras du choix.

N.B : Je ne rentrerai pas ici dans l’éternel débat « qu’est-ce que le capitalisme ? », en quoi peut-on dire qu’une activité est capitaliste ou pas ? etc. et je me contenterai de lister des initiatives existantes qui remettent en cause de façon fondamentale certaines de ces caractéristiques. La plus cruciale à mes yeux étant la recherche du profit comme moteur principal de l’activité (et plus exactement, la course sans fin à la rémunération du capital).

NB2 : A mon avis, le capitalisme ne sera pas remplacé par un « dogme », par un système prépensé et prémaché. (il en existe pourtant, par exemple, le « Parecon » de Michael Albert). Personne n’a d’ailleurs jamais imaginé le système actuel. Il s’est construit comme il est en train de s’effondrer, peu à peu, par petits touches avec parfois des ruptures de phase, beaucoup plus marquées. Le capitalisme subit aujourd’hui les assauts multiples et divers d’une véritable « guérilla économique ». Comme toute guérilla, elle est menée par des petits groupes, très mobiles, très différents, souvent autonomes, qui tissent peu à peu des liens (non hiérarchiques) entre eux et constituent peu à peu un véritable réseau de résistance(s).

Logiciel libre

StallmanOn commence par le secteur le plus développé, le plus puissant et aussi le plus discutable : le logiciel libre. Dire que le logiciel libre est (ou n’est pas) anti-capitaliste n’a évidemment aucun sens. Le logiciel libre est le logiciel libre et basta.

De nombreuses entreprises capitalistes traditionnelles en ont même fait leur cheval de bataille. Reste quand même que les multiples structures, réseaux, communautés qui l’animent :
- expérimentent de nouvelles formes d’organisation et de travail en commun (donc de nouvelles formes d’entreprise au sens large)
- rémunèrent souvent le travail, mais pas le capital
- ont largement contribué, en redéfinissant les contours des droits d’auteur, à diminuer la main mise du capitalisme sur la propriété intellectuelle.
Et pour ceux qui auraient encore l’impression que « ok, mais bon c’est « virtuel » (si, si, il y en a) on parle tout de même ici d’un marché annuel de 400 Mds de dollar, sonnant et trébuchant. Parmi les stars de ce secteur, citons rapidement Firefox, Thunderbird, Open Office, Linux, Apache, My SQL…

En bref, si le secteur ne peut en aucun cas être qualifié dans son ensemble d’anti-capitaliste, il contient indéniablement de nouvelles formes d’entreprise qui constituent des alternatives concrètes. Enfin, la proximité de l’organisation générale du secteur avec l’autogestion, chère à certains altermondialistes, voire avec certains concepts de base de l’anarchie ne peut que sauter aux yeux.

Connaissance libre

On en arrive tout naturellement à Wikipedia. Peut-être l’un des projets les plus importants au monde, 7,5 millions d’articles rédigés par plus d’un million de gens en 253 langages, qui n’est pas sans rappeler l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert… et ses conséquences politiques. La plus grande base de connaissance au monde n’est pas une entreprise capitaliste. Libre, gratuite, pas de profit, pas d’accumulation du capital, des problèmes à tous les étages… « et pourtant, elle tourne ».

Culture libre ?

On reste sur Internet pour glisser vers les très controversés réseaux peer-to-peer… certains diront qu’en détruisant le business des majors (-25% de CA en quelques années, -17% sur les ventes de CD uniquement sur le premier trimestre 2007 !), ils mettent en danger la création artistique. Je ne le crois pas, au contraire.

Les coopératives

On passe dans ce que certains appellent encore le « monde réel » pour un survol rapide des SCOP. En très gros, les SCOP sont des SA ou SARL :
- Qui plafonnent la rémunération du capital
- dont les employés sont « propriétaires » (il détiennent au moins 55% du capital)
- démocratiques (les employés détiennent au moins 65% des droits de vote et choisissent donc les dirigeants)
- et dans lesquels les plus-values sont impossibles (les parts sont remboursées à leur valeur nominale).

Et bien les SCOP, rien qu’en France, ce sont plus de 1600 entreprises, 36 000 employés et 3,1 Mds d’euros de CA ! En Europe, on parle de 65 000 entreprises et 1,3 millions d’emplois !

Wall Street La banque...

On poursuit la plongée vers le cœur de la bête, pour arriver là où ça fait mal… Petit passage, d’abord, par l’énergie pour saluer l’arrivée d’Enercoop, fournisseur d’électricité 100% renouvelable et qui est… une coopérative !

Et puis on arrive au centre. Au cœur du réacteur. Le secteur bancaire et… les medias.
Vous ne connaissez peut-être pas encore la NEF.
La NEF, c’est, en gros, une banque. (coopérative, évidemment). Mais surtout, la NEF rend à ses clients le pouvoir de décider de ce qui sera financé avec leurs thunes ou pas. (NB : pouvoir que vous n’avez pas dans votre banque actuelle ; en ce sens, en augmentant la liberté ET la responsabilité de chacun, la NEF est étonnamment plus près des idéaux de base des libéraux que n’importe quel autre organisme financier…). A ce jour, vous avez le choix entre le financement de projet dans l’agriculture bio, le développement social et solidaire, les énergies renouvelables, la culture, etc.
Alors ok, la NEF, ce n’est pas encore la puissance de la BNP. Mais on y va. Au départ, la NEF, c’est plutôt une bande de potes. Aujourd’hui, ce sont déjà près 30 millions d’euros d’épargne collectée auprès de plus de 16 000 sociétaires, et, surtout, près de 20% de plus chaque année… et là, la BNP… ils ne peuvent plus s’aligner.

...et les medias

Et je termine par les medias. Les medias, ce sont non seulement le quatrième pouvoir, les contenus, les actus, l’info, l’influence, mais aussi le pub, la consommation… Là aussi, le capitalisme, hier omniprésent, omnipotent, est assailli par des nuées d’initiatives individuelles (blogs, medias collaboratifs, réseaux, lettres d’infos) qui lui arrachent peu à peu du « temps de cerveau disponible ».
Et si hier encore ça faisait sourire, ça commence à faire mal… Libé est au bord du gouffre, Le Monde n’est pas frais, et (et c’est un comble) les deux temples que sont les Echos et La Tribune commencent à battre de l’aile, obligeant les véritables « donneurs d’ordre » du monde médiatique (Marchands d’arme, fonds d’investissements, Etats…) à sortir de l’ombre pour voler au secours de leurs petits soldats. Je n’aborde pas ici des secteurs « alliés », le bio, l’équitable, etc. faute de place. Mais ils existent aussi. Aujourd’hui, ce sont donc des millions de gens qui montent et participent à des initiatives de toutes sortes, dans le monde entier, qui grignotent peu à peu du terrain et contribuent à construire, pas à pas, l’après capitalisme.

"Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme"

Certains considéreront qu’il ne s’agit pas ici de « fin » du capitalisme, mais plutôt de mutations. Si ça peut les rassurer, tant mieux. Je considère (mais c’est une question de point de vue) que des entreprises qui ne rémunèrent plus ou plafonnent la rémunération du capital, dans lesquelles plus-values et spéculation deviennent obsolètes et qui redéfinissent complètement la propriété et la gouvernance des moyens de production ne sauraient être considérées plus longtemps comme « capitalistes ».

S’ils faisaient sourire hier encore, ces mouvements sont en train de taper de plus en plus fort, jusqu’à s’attaquer au cœur même d’un système dont les partisans ne sont pas du genre à plaisanter. On commence même à murmurer que, dans l’ombre, sans faire les gros titres, « la quatrième guerre mondiale a commencé ».

lundi 9 juillet 2007

Cacophonie au coeur du système

Les critiques visant le système économique actuel ne sont désormais plus l'apanage de quelques milieux avant-gardistes, mais sont en train de se répandre jusqu'au coeur du capitalisme.

Ce week-end a Aix-en Provence, un joli parterre de grands patrons et d'économistes ont mis la bête sur le billard, pour tenter de comprendre ce qui buggait là dedans. Les critiques ont apparemment fusé de toutes parts. Si tout celà semble encore manquer singulièrement de cohérence, on ne peut que noter l'amplification de la crise de confiance qui atteint aujourd'hui, et enfin, les acteurs eux-mêmes.

"On ne voit pas les pilotes qu'il y a dans l'avion où nous sommes" face aux enjeux climatiques, à la raréfaction des richesses naturelles et à "l'accroissement intolérable des inégalités entre Nord et Sud", s'est désolé le patron du groupe bancaire franco-belge Dexia, Axel Miller, en dénonçant le "veau d'or du capitalisme".

Comme on le notait ici-même la semaine dernière, les 3 plus grandes institutions de diffusion du capitalisme mondial sont aujourd'hui en crise. De nombreux économistes, Stiglitz en tête, tirent la sonnette d'alarme depuis déjà plusieurs années. Ce sont aujourd'hui les grands patrons qui commencent à douter...

burning dollar La peur a changé de camp et seuls quelques dinosaures des milieux politiques semblent désespérément s'accrocher, telle la moule à son rocher, au mythe du siècle dernier, celui d'un capitalisme "humain", régulé, cadré.

C'est aujourd'hui non pas un des éléments du capitalisme qui s'effrite, mais son ciment principal : la confiance.

lundi 18 juin 2007

Entrées de capitaux aux US - avril 2007

84,1 Mds de $ supplémentaires sont venus perfuser l'économie américaine en avril. Pas grand chose à ajouter sur la question si ce n'est que l'administration US a procédé à une "révision" de ses chiffres pour 2006 et le 1er trimestre 2007.

Et elle est violente la révision : certaines marges d'erreurs vont en effet jusqu'à 50 % ! On savait déjà que la météo n'était pas au beau fixe, on sait maintenant que les instruments de bord indiquent un peu n'importe quoi.

Nous voilà rassurés...

(Pour les courageux, voir ce post de Brad Setser sur la "révision"

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