La fin du capitalisme

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mardi 15 juillet 2008

Crise : quels pouvoirs ont réellement les "pouvoirs publics" ?

Depuis maintenant un an, l'onde de choc déclenchée par l'explosion des subprimes se propage à toute l'économie.
Immobilier, finance, banque, automobile, industrie, demain assurance, services, l'assèchement du crédit et de la confiance se répand comme une trainée de poudre laissant de plus en plus rarement aux investisseurs le temps de reprendre leur souffle avant d'attaquer un nouveau secteur, un nouvel épisode.

Cette crise du crédit, moteur du capitalisme à l'américaine, conjuguée à l'envolée des prix du pétrole, des matières premières en général et de l'alimentation, provoque des turbulences telles que tous les regards se tournent peu à peu vers le dernier rempart du libéralisme : les pouvoirs publics.
Un comble, sans commentaire.

Le patron de la Fed, Ben Bernanke, que sa bonne bouille faisait encore passer l'année dernière pour un bon père de famille un peu mollasson, n'a jamais eu autant de pouvoir, jamais concentré autant d'espoirs et d'attentes fiévreuses, jamais eu autant d'yeux rivés à ses lèvres, à l'affut du moindre mot, de la moindre inflexion dans le ton, qui sera ensuite commentée à l'envie par les haruspices de la finance, analysée, décortiquée, relayée à l'infini par les media financiers du monde entier et fera valser les milliards pour construire finalement la "tendance" du jour. Ou pas.

Ben Bernanke Ou pas, parce que ce bon Ben n'est jamais que ce à quoi il ressemble : un nain de jardin perdu dans la jungle financière mondiale.

Il va bien falloir se l'avouer : Ben est déjà à fond, depuis plusieurs mois, et avec lui tous les pouvoirs publics US.

En plus de la Fed, sur tous les fronts depuis un an, la faillite de Indymac a vu l'entrée en scène d'un nouvel acteur, la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation). Un organisme, né de la crise de 1929, chargé de garantir les dépôts jusqu'à 100 000$ en cas de faillite bancaire.

Quels sont donc les pouvoirs réels de ses surveillants de baignade du capitalisme ?
Ont-ils vraiment autre chose dans leur joli maillot rouge que les poumons gonflés à l'hélium de Pamela Anderson ?

Avant le striptease, quelques ordres de grandeur. pamela anderson Les subprimes et leurs conséquences ont d'ores et déjà couté plus de 300 Milliards de dollars de dépréciations en tous genres aux banques.
La note complète pourrait bien être plus proche de 1 600 Mds, voire 3 000 Mds selon certaines estimations.
L'ensemble des crédits hypothécaires US représente 12 000 Mds, dont environ 40%, soit 5 000 Mds, "portés" par les désormais célèbres "Fannie" et "Freddie", en grande difficulté.

En face, nos glorieux sauveteurs de Alerte à Malibu Wall-Street alignent :
- quelques dizaines de milliards pour la Fed. (40 environ)
- 60 milliards pour la FDIC.

Le "sauvetage" de Bear Stern a déjà engagé 30 Mds de la Fed. La faillite de Indymac devrait couter entre 4 et 8 Mds à la FDIC, soit en gros 10% de ses réserves, pour une seule faillite, certes grosse, mais on en attend de 100 à 200 dans les mois qui viennent !

On le voit, les "réserves" en question ne passeront peut-être même pas l'arrivée du tour et il va falloir une sacrée dose d'EPO pour atteindre Noël...

Alors il reste quoi ?

Il reste LE super pouvoir en carton : la confiance. La sacro sainte confiance dans la super puissance de l'Etat américain.
Et ça sert à quoi la confiance dans ces cas-là ? ça sert à dire : "si les banques sont en difficulté, moi, l'Etat, je leur prêterai des thunes. Donc elles ne feront pas faillite. ite missa est."

Car c'est une évidence, c'est écrit (entre les lignes) dans la Bible: l'Etat américain ne PEUT pas faire faillite.
L'armée US ne PEUT pas perdre au Vietnam, ni en Irak, ni en Afghanistan, General Motors ne PEUT pas faire faillite, on ne dira pas demain "l'emprunt américain" comme on a dit hier "l'emprunt russe". Ce n'est pas POSSIBLE.
voilà. Puisqu'on vous le dit,
...à la télé...

Plus sérieusement, avant qu'on en soit là, il est donc déjà certain que le seul pouvoir réel des pouvoirs publics US est en réalité de garantir qu'ils prêteront un argent qu'ils n'ont pas aux établissements en difficulté.

ça parait dingue, et pourtant, ça marche ; mais ce ne sera pas sans conséquences : ça revient en gros à augmenter la quantité de dollar en circulation (la fameuse "planche à billet"), donc à voir assurément s'envoler une inflation qui est déjà sortie des limites.

Il n'est pas du tout impossible qu'on revoit rapidement une inflation de plus de 10% annuels ; Jusqu'au jour où le reste du monde sera fatigué de placer ses réserves dans une monnaie qui perd plus de 10% de sa valeur chaque année.

L'aube de ce jour là est en train de se lever. Le soleil se couchera sur un champ de ruine.

mardi 28 août 2007

Credit Crunch, Acte 2

Après une petite pause la semaine dernière, le spectacle reprend sur la grande scène du capitalisme.
Principalement basée sur quelques déclarations rassurantes de responsables politiques qui n'y peuvent rien, des injections des banques centrales qui ne résolvent rien et quelques chiffres datant du mois de juillet (sic !), la remontée des indices boursiers aura semble-t-il été de courte durée.

Les milliards de dollars des banques centrales ont réglé temporairement une crise de liquidités, or, il va bien falloir s'y résoudre, nous avons affaire à une crise du crédit. C'est assez différent, et la confiance des investisseurs a de nouveau foutu le camp.
Il faut croire que les injections en dollar souffrent des mêmes travers que leurs cousines en silicone : ça fait illusion au début, mais ces choses qui tiennent en l'air toutes seules ont un je-ne-sais-quoi d'artificiel qui fait, que, que vous voulez vous, le coeur n'y est plus.

Tout celà est donc en train de retomber cruellement, et, si les logements de 3 à 4 millions de ménages modestes n'étaient pas en jeu, je vous avoue que ça me ferait plutôt rigoler. Bref, l'occasion de constater une nouvelle fois que ce système, avec tous ses experts, ses analystes et ses spécialistes, ses courbes, ses moyennes et ses prévisions, ne repose finalement que sur la confiance et qu'elle est parfois bien fragile.
On notera au passage que parler de "confiance des investisseurs" est assez cocasse ; leur métier n'est-il pas précisément, de prendre des risques ?

Personne ne sait évidemment comment ça va tourner maintenant, mais, si les choses devaient s'aggraver, le bouc émissaire est déjà désigné : notre bon Ben Bernanke a en effet fait l'objet d'un lynchage médiatique dans les règles de l'art et il ne reste plus qu'à l'immoler sur l'autel de l'argent pas cher.

Mais, comme je vous le disais dans un post récent, la Fed et son débonnaire de patron, ne servent, en gros, plus à rien.
Les investisseurs ont beau hurler qu'il faut baisser les taux, la marge de manoeuvre de la Fed est quasi inexistante. L'inflation est déjà sortie des limites officiellement acceptables et une baisse des taux risquerait de la voir s'envoler.
Bien pire, je crois que le spectre de l'inflation (c'est comme ça qu'on dit pour faire pro, le "spectre de l'inflation", ne me demandez pas pourquoi) n'est jamais qu'un épouvantail.
Car ce ne sont pas que quelques millions de ménages qui vivent à crédit, mais l'économie américaine toute entière !
Et une baisse des taux aux US pourrait avoir comme conséquence d'assécher dangereusement la pompe à pognon en provenance de l'étranger. Autant vous dire que dans ce cas là, ce ne sont pas que quelques millions de pavillions de banlieue qui trinqueraient, mais qu'il faudrait songer sérieusement à vendre la Maison Blanche...

Du coup, de nombreuses voix réclament plutôt aujourd'hui des mesures fiscales en faveur des ménages endettés. Ce ne serait certes pas la première fois que les "libéraux" fermeraient les yeux sur une intervention de l'état pour sauver leur beau marché censé se réguler tout seul, mais, cette fois, ce serait, pensez donc, en faveur... des pauvres !

Outre le fait que ça ne ferait que transférer la dette à l'Etat, autant dire, qu'au pays du "libéralisme", ça ferait doublement mal au cul.