La fin du capitalisme

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jeudi 13 décembre 2007

Gesticulations

Grandes manoeuvres en ce moment aux pays de l'argent roi.
Un "plan Paulson" pour limiter la casse sur le subprime, dont le plus gros reste à venir (1er semestre 2008).
Paulson qui, en ce moment, est reparti avec quelques sbires à Pekin pour supplier à nouveau les chinois de laisser filer le yuan (ce qui au passage risquerait d'accélérer encore la chute du dollar, mais bon, comme ils ne le feront pas, hein...)
Une intervention concertée de 5 grandes banques centrales (jamais vue depuis le 11 septembre) pour tenter de donner un peu d'air à un système bancaire asphyxié... des baisses de taux timides, mais déjà quasi suicidaires compte-tenu de la marge de manoeuvre,
et des annonces dans tous les sens, de la méthode Coué en veux-tu en voilà, du colmatage de breche à tout crin, et tout ça en pure perte.

En pure perte, parce que la bete est touchée à mort.
La blessure vient encore de laisser s'écouler 57.8 Mds de dollars en un mois (déficit commercial du mois d'octobre, publié ce jour).
Strictement aucune amélioration, donc. ça recommence même à s'aggraver un peu plus, malgré l'énorme chute du dollar ces derniers mois, censée doper les exportations et réduire les importations. Ben non !
et quand on y regarde de plus près, c'est encore pire !
En gros, les exportations baissent dans quasiment tous les secteurs : -407 millions pour les biens de consommation, -203 millions pour les fournitures industrielles, -513 millions pour les produits alimentaires... et le mois n'est sauvé que par les ventes exceptionnelles de Boeing (+913 millions) ce qui ne durera pas. Côté importations, hausse généralisée, et là, c'est du lourd puisque les causes majeures sont le prix élevé du pétrole (ce sera de pire en pire) et les importations de produits asiatiques. Et là, ils pourront bien laisser le dollar baisser ou faire monter le yuan, ça n'y changera pas grand chose. (les produits importés de Chine ne sont presque plus fabriqués ailleurs et sont généralement des produits "peu chers", dont la demande serait au contraire quasiment renforcée en période de ralentissement économique).
Le gouffre continue donc à se creuser inexorablement et, comme on l'a vu les deux mois derniers, la pompe à fric depuis le reste du monde est à l'arrêt.

Publication la semaine prochaine des entrées de capitaux.
La barre est à 57.8 Mds.
Faites vos jeux... rien ne va plus.

mardi 28 août 2007

Credit Crunch, Acte 2

Après une petite pause la semaine dernière, le spectacle reprend sur la grande scène du capitalisme.
Principalement basée sur quelques déclarations rassurantes de responsables politiques qui n'y peuvent rien, des injections des banques centrales qui ne résolvent rien et quelques chiffres datant du mois de juillet (sic !), la remontée des indices boursiers aura semble-t-il été de courte durée.

Les milliards de dollars des banques centrales ont réglé temporairement une crise de liquidités, or, il va bien falloir s'y résoudre, nous avons affaire à une crise du crédit. C'est assez différent, et la confiance des investisseurs a de nouveau foutu le camp.
Il faut croire que les injections en dollar souffrent des mêmes travers que leurs cousines en silicone : ça fait illusion au début, mais ces choses qui tiennent en l'air toutes seules ont un je-ne-sais-quoi d'artificiel qui fait, que, que vous voulez vous, le coeur n'y est plus.

Tout celà est donc en train de retomber cruellement, et, si les logements de 3 à 4 millions de ménages modestes n'étaient pas en jeu, je vous avoue que ça me ferait plutôt rigoler. Bref, l'occasion de constater une nouvelle fois que ce système, avec tous ses experts, ses analystes et ses spécialistes, ses courbes, ses moyennes et ses prévisions, ne repose finalement que sur la confiance et qu'elle est parfois bien fragile.
On notera au passage que parler de "confiance des investisseurs" est assez cocasse ; leur métier n'est-il pas précisément, de prendre des risques ?

Personne ne sait évidemment comment ça va tourner maintenant, mais, si les choses devaient s'aggraver, le bouc émissaire est déjà désigné : notre bon Ben Bernanke a en effet fait l'objet d'un lynchage médiatique dans les règles de l'art et il ne reste plus qu'à l'immoler sur l'autel de l'argent pas cher.

Mais, comme je vous le disais dans un post récent, la Fed et son débonnaire de patron, ne servent, en gros, plus à rien.
Les investisseurs ont beau hurler qu'il faut baisser les taux, la marge de manoeuvre de la Fed est quasi inexistante. L'inflation est déjà sortie des limites officiellement acceptables et une baisse des taux risquerait de la voir s'envoler.
Bien pire, je crois que le spectre de l'inflation (c'est comme ça qu'on dit pour faire pro, le "spectre de l'inflation", ne me demandez pas pourquoi) n'est jamais qu'un épouvantail.
Car ce ne sont pas que quelques millions de ménages qui vivent à crédit, mais l'économie américaine toute entière !
Et une baisse des taux aux US pourrait avoir comme conséquence d'assécher dangereusement la pompe à pognon en provenance de l'étranger. Autant vous dire que dans ce cas là, ce ne sont pas que quelques millions de pavillions de banlieue qui trinqueraient, mais qu'il faudrait songer sérieusement à vendre la Maison Blanche...

Du coup, de nombreuses voix réclament plutôt aujourd'hui des mesures fiscales en faveur des ménages endettés. Ce ne serait certes pas la première fois que les "libéraux" fermeraient les yeux sur une intervention de l'état pour sauver leur beau marché censé se réguler tout seul, mais, cette fois, ce serait, pensez donc, en faveur... des pauvres !

Outre le fait que ça ne ferait que transférer la dette à l'Etat, autant dire, qu'au pays du "libéralisme", ça ferait doublement mal au cul.

lundi 20 août 2007

Arrêtez de jeter des chevals !

Il se passe trop de trucs, j'ai du mal à suivre. Zappons les détails techniques, voilà, en vrac et à mon avis, "ce qu'il faut en retenir" (comme on dit sur les chaines d'infos...)

- Les injections de milliards par les banques centrales correspondent, grosso modo, à de la création monétaire. C'est donc très rapidement l'infation qui va trinquer.

- Ces injections de pognon donnent un petit coup de fouet à court-terme et ont le mérite d'arrêter les mouvements de panique, mais elles ne règlent rien du tout à long-terme.

- Bien au contraire, elles ne font que différer, donc aggraver, la crise qui suivra.

En résumé, ce sont de toutes façons (et évidemment, et une fois de plus) les "petits" (les particuliers, les humains, quoi) qui vont trinquer. Tous ces mouvements ressemblent beaucoup plus à une tentative pour différer la crise et laisser le temps aux investisseurs institutionnels de réagencer leurs portefeuilles sans trop de casse, qu'à autre chose.
Mine de rien, nous venons, tous ensemble, de filer des milliards à nos banques qui avaient fait des placements risqués, ont perdu, et... se tournent donc indirectement vers nous pour qu'on leur redonne de quoi continuer à faire mumuse...
(étonnament, on n'entend plus beaucoup les libéraux, d'un coup...)

On notera au passage qu'un choix lourd de conséquences (celui de faire porter la casse sur les particuliers et pas sur les profits des entreprises responsables) vient d'être fait.
Par qui ? Au nom de qui ?
Surement pas par les pseudo représentants du peuple qui reviennent tranquillement de vacances et n'y peuvent de toutes façons pas grand chose...

NB1 : oui, bon, le titre est discutable. C'est une double private joke, désolé.

NB2 : pour ceux qui souhaitaient "travailler plus pour gagner plus", vous commencez à en voir là la vraie couleur : il faudrait que vous travailliez encore un peu plus, svp, because votre banquier a joué les sous du loyer au PMU et a tout perdu. Vous inquiétez pas, vous n'y verrez que du feu... vous allez juste tout payer un peu plus cher dans quelques mois (c'est ça le secret, le décalage de quelques mois). A ce moment là, vous n'aurez qu'à accuser les fonctionnaires, les retraites, la sécu, l'euro ou la Chine... OK ?
ça tombe bien d'ailleurs, parce que, à propos de votre retraite, justement, euh... comment vous dire ? ça vous dirait de gagner plus ?

jeudi 9 août 2007

Ceci n'est pas un exercice

ça chauffe sévère sur les marchés. Je passe rapidos sur les montagnes russes des indices boursiers ces derniers jours, le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne sont pas franchement sereins les p'tits gars !

Aujourd'hui, les freins crissent suite à une annonce de la BNP (Ouais !! cocorico, un truc français à la télé mondiale !). La bande à Pébereau qui avait annoncé qu'elle n'était pas vulnérable à la désormais célèbre crise du subprime, a finalement suspendu 3 fonds. ça fait désordre, grave.

Dans les news rigolotes du jour, d'abord l'intervention conjointe de la BCE et de la Fed. La BCE a injecté 94,8 Mds d'euros, soit un montant supérieur à leur intervention après le 11 septembre ! quand je vous dis que c'est la foire ! On notera au passage que les boss de la Fed ET de la BCE avaient annoncé, eux aussi, il y a quelques jours, que "Ouais, pas grave, c'est rien, aucun risque, tout ça". Et paf, intervention !

Enfin, une dépeche AFP, repérée par Carnets de nuit (merci !). descente dangereuse

Bush et Paulson mettent en garde la Chine contre toute vente de Bons du Trésor US. Elle est bien bonne... Moi je lis : "La Chine pourrait donc bien vendre des bons du trésor US et c'est le branle-bas de combat à la maison Blanche, qui ne trouve rien d'autre à dire que "Hé ! euh... non, faisez pas les cons les gars !". Tout ça parce que des petits gars chinois ont estimé que si ils voulaient faire chier, ils pouvaient.

Alors où est la vraie news là-dedans ? Que des gens, dont des chinois, le pense, c'est pas nouveau, c'est évident. Qu'ils le disent, ok ; qu'un canard anglais décide de le relayer, pourquoi pas... mais qu'on mobilise un président US et son secrétaire d'Etat pour répondre à un "responsable de l'académie chinoise des sciences sociales", voilà qui est étonnant ! Surtout s'ils se déplacent pour dire que c'est "absurde" !

Mais alors pourquoi une telle mobilisation, messieurs ? Ne serait-ce pas précisément parce que ce n'est pas du tout aussi absurde, que vous voulez bien le dire ? J'en connais une qui doit bien se fendre la poire en ce moment.