La fin du capitalisme

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vendredi 10 octobre 2008

Vers une fermeture des bourses mondiale ?

Un G7 d'urgence doit se réunir dans quelques heures.
Plus rien ne semble capable d'enrayer la chute.

Je ne sais pas ce qui sortira de ce G7, les spéculations vont bon train ; personnellement, ça ne m'étonnerait pas tant que ça qu'on y évoque une fermeture temporaire des bourses, comme celà avait été fait au lendemain du 11 Septembre (avec 1% de chances que ça se fasse).

Bref, quoiqu'il en soit, l'état de panique des marchés n'est qu'une des données du problème, ni sa cause, ni sa solution.

Il va falloir regarder de très près la publication, à 14h30, du déficit commercial US.
Comme le savent les lecteurs de ce blog, c'est principalement de là que ça vient, et on n'en sortira pas sans une résorption (maintenant forcément violente) de ce déficit.
La crise est telle que les premiers effets devraient commencer à se faire sentir sur les importations US.
Mais plusieurs questions vont rester en suspend : à quelle hauteur, à quelle vitesse ? Les exportations ne vont-elles pas commencer à chuter aussi ? et surtout, quid du financement de déficit ?
Premiers éléments de réponse à 14h30 pour le déficit du mois d'aout.
TIC data (entrée de capitaux) du mois d'aout dans quelques jours.
Et surtout, données du mois de septembre.. dans un mois. ça va être très très long...
(post recap sur ce thème central dans les prochains jours, avec graphs etc.)

Impossible d'évaluer quels auront été les dégats sur "l'économie réelle" entretemps.
Chez les gros, General Motors serait au plus mal et ne passera sans doute pas l'hiver.
Chez les petits, toutes les PMEs du monde qui vont avoir besoin de se refinancer dans les mois qui viennent pourraient bien boire la tasse.
ça fait combien ? je n'en sais rien. Une sur 100 ? une sur 10 ? une sur 3 ?
Une seule chose est sure : ça va être absolument terrible.

(et un immense merci à tous les lecteurs et commentateurs de ce blog)
Je savais déjà que j'avais le meilleur blog du monde, je suis maintenant très fier d'y avoir aussi les meilleurs commentateurs ;-)

Petit test avant de partir : si vous pensez qu'il n'y a que 2 candidats à l'élection présidentielle US, vous lisez encore trop la presse et pas assez les blogs.
Tcho.

vendredi 26 septembre 2008

La plus grosse caisse d'epargne US en faillite

Les autorités US ont procédé il y a quelques heures à la mise en faillite de Washington Mutual, sixième banque US et première caisse d'épargne, en faisant ainsi, et de loin, la plus grosse faillite bancaire de l'histoire des Etats-Unis. WaMu, c'était 188 milliards d'actifs. Ce triste record était détenu jusque là par la faillite de la Continental Illinois National Bank & Trust, en 1984, avec 40 Mds d'actifs. Je n'ai aucune idée à ce stade du degré d'exposition des autres banques du monde à WaMu. Mais ça ne va évidemment pas arranger les choses.

Petit détail : "d'habitude", les autorités US annoncent les mises en faillite le vendredi APRES la clôture. (histoire de disposer du WE pour amortir la panique). Là, elles l'annoncent avant. Si on n'en restait là, ce serait une très sale journée à Wall Street. Sauf si l'annonce du plan de sauvetage de Paulson est prévue pour aujourd'hui, histoire de faire oublier très vite cette faillite monumentale...

jeudi 3 juillet 2008

Symboles

Il y a 15 jours, Chiquita, ancienne "United Fruit", perdait 28.6% en une journée. Depuis, les affaires de ce symbole de 50 ans de domination US sur l'Amérique latine ne se sont pas arrangées. Ils ont encore perdu près de 15% supplémentaires, dont 9% aujourd'hui...

Et ce n'est pas le seul grand symbole d'une splendeur passée qui ait du plomb dans l'aile, loin s'en faut.

La star de la semaine est assurément General Motors, bien connu pour ses gros pick-ups, ses Cadillac, Buick, GMC et autre Hummer, un peu moins pour sa généreuse contribution à la construction de la machine de guerre nazie ou ses non moins généreux financements d'une bonne part de l'extrême-droite européenne après-guerre. "De l'histoire ancienne" direz-vous. Pas tant que ça : General Motors, fleuron de l'industrie américaine, premier constructeur US, a perdu depuis octobre dernier la bagatelle de 76,6% de sa valeur, ce qui les ramène à leur cours de... 1954 ! C'était bien la peine de se donner tant de mal, tiens.

A tel point que Merrill Lynch (énorme banque d'investissements) estime aujourd'hui qu'une faillite de GM n'est pas exclue ! (Merrill qui, au passage, affiche aussi un resplendissant -66% depuis un an)

Toujours au chapitre "symboles en berne", Starbucks a annoncé hier la fermeture de 600 enseignes aux US. Enfin, Citigroup, première banque du pays, a déjà perdu plus de 70% de sa valeur boursière et ce n'est surement pas fini.

Voilà pour les bonnes nouvelles.

Bon évidemment, Exxon, Microsoft, Mc Do, Nike, Monsanto et Coca vont encore plutôt bien, (quoique, Coca commence à tirer la gueule), mais ça fait quand même une jolie tripotée de porte-drapeaux qui ont plus qu'un genou à terre.

Pour finir, le graphe de l'année : c'est le cours de bourse, depuis 1991, de mon chouchou, Ambac, réhausseur de crédit de son état et -98,79% depuis le 18 mai 2007, "sous vos applaudissements" !

ambac

Tout ça pour vous souhaitez, un peu en avance, un Happy Independance day ! ;-)

(merde, j'ai oublié de parler d'Ingrid Betancourt) Bon, à la place, une petite citation de Hugo avec le mot "symbole" : "le meilleur symbole du peuple est le pavé : on marche dessus jusqu'au jour où il vous tombe sur la tête".

lundi 23 juin 2008

Les souffrances du jeune trader

Ah, les pauvres gens. Les Pau-Vres-Gens. Toute la journée, ils ont trimé, sué, flippé, brassé des milliards et des milliards sur toutes les places boursières de la planète, et tout ça pour quoi ?

0,00%

pointé.

Et si on cherchait la petite bête (ou alors, juste pour le symbole) on pourrait même dire -0,00%, puisque le Dow Jones est passé de 11 824 .69, hier à 11 842.36 ce soir. Avouez que c'est rageant quand même.
Merde, alors ça sert à quoi de faire Sup de Co Quimper, suivi d'un MBA à Colombey, de s'asseoir 12h par jour dans une tour en verre avec une cravate ridicule, de mettre un poster de Jérôme Kerviel dans sa chambre et de brasser toute la journée des milliards que d'autres ont créé si c'est pour pas ramasser un centime à la fin ?
Alors quoi ? On peut plus gagner sa vie à rien à foutre dans ce patelin ou quoi ?
C'est quoi cette embrouille ? alors, ça y est ? c'est fini ? l'argent, ça travaille plus ?
ben merde...

Ben qu'est ce qu'ils vont pouvoir faire alors les traders maintenant ?
quoi ?
Travailler ?

Wouah, l'autre hé ! travailler ! et pi quoi encore ?

Ben si.

Citigroup devrait mettre 10% d'entre eux par la fenêtre à partir de demain. Soit 6500 personnes, quand même. Et Goldman Sachs aussi.
Et s'il n'y avait que ça...
En plus des licenciements, toutes les banques ont annoncé de nouvelles dépréciations à n'en plus finir. 3 Mds par ci, 12 Mds par là, il en pleut des dépréciations. Et c'est pas fini.
Pourquoi donc ?

Parce que les agences de notation ont ENFIN lâché nos amis de Ambac et MBIA.
Vous vous souvenez ? les fameux "réhausseurs de crédit", les gus dont le métier est de changer des emprunts en plomb en couilles en or.
Début mars, l'une de 3 grandes agences de notation (Fitch) les avait "dégradé". Mais les deux autres (Moody's et Standard & Poors) leur attribuaient toujours le sacro-saint "AAA", qui comme pour les andouillettes, permet de faire la différence entre le fin du fin et un vague boudin qui sent un peu le caca.

Et bien ils ont lâché aussi. Allez hop, dégradé, circulez, y a plus rien à voir.
Du coup, les "titres, jusque là "réhaussés" reprennent tout à coup leur vraie valeur dans les bilans des banques : rien.

Et il y en a pour un sacré pacson. Les gens de Ambac sont en train de faire le tour des popotes histoire de refiler le bébé et l'eau du bain à tout le monde et autant vous dire que c'est pas gagné : Ils en ont pour... 125 Milliards de dollars !

Dis proprement, ça donne ça :
"Le rehausseur de crédit américain Ambac serait en discussions avec plusieurs banques au sujet des contrats de swaps de défaut de crédit portant sur 125 milliards de dollars de produits de dette titrisés risqués, selon le «Financial Times». L'objet de ces rencontres serait de limiter l'impact de la crise du crédit."

hé hé...

Bon courage, les gars.

Pendant ce temps là, donc, après un décrochage de 10% en un mois et des pertes de plus de 20% depuis le début de l'année, les indices boursiers, revenus à leurs plus bas annuels, se sont arrêtés aujourd'hui.

-0,00
%

24 heures de sursis, 24h de silence dans un monde de thunes, assommé, hébété, comme suspendu dans ce terrible instant où le passé luit comme un éclair sur le sombre abîme de l'avenir...

NB : oui, bon, alors la dernière phrase, "dans ce terrible instant..." n'est pas de moi. C'est de Goethe dans Les souffrances du jeune Werther. ça ne sert à rien, mais c'était pour faire une boucle avec le titre. Voilà.

jeudi 12 juin 2008

ça va être à nous...

ça redescend. J'avais prévenu.

Le mois dernier, assez monotone : des chiffres macro-économiques assez dégueux, et la bourse qui monte quand même, pensant que "c'est le début de la fin"... de la crise. Alors que c'était le début de la fin tout court.

Et puis vendredi dernier, la goutte d'eau, le vase, tout ça, et crac ! -3.13% à New York et, depuis, les gamelles s'enchainent. (alors que les téléphones, eux, s'enfilent)

Alors aujourd'hui, on va faire un petit exercice dit "d'analyse graphique" et je vais vous dévoiler un secret. C'est quoi donc l'analyse graphique ? c'est du pipo, comme à peu près tout en finance. En très gros, vous prenez la courbe de ce qui s'est passé avant (un indice, le cours d'une action ou l'age du capitaine colonel), vous faites un tas de moyennes et autres calculs dans tous les sens, vous faites des jolis traits entre les points les plus bas, les plus haut, tout ça et... tintintin, vous prévoyez l'avenir. Si ! Là où c'est très fort, c'est que ça marche. Enfin des fois. ça marche exactement comme une boule de cristal en fait : l'important, c'est que les gens y croient. Bon, nous on va pas faire tout ça, parce que c'est du pipo comme je l'ai déjà dit et que j'ai pas le temps.

Mais quand même. Regardez bien ce premier graph :

cac92

C'est le CAC40 depuis 1992. Le grand V inversé, c'est la fameuse "bulle internet". On démarre début 1998, on monte très haut pendant 2 ans et demi et on redescend au point de départ en 2 ans et demi aussi. Vous notez la jolie symétrie axiale du bouzin, jusque dans les détails (petite bosse dans la montée, de février à octobre 1998, et même petite bosse dans la descente de nov 2001 à mi-2002 en gros.) Bien. Comme vous le voyez ensuite, on redécolle à partir de mars 2003, et jusqu'à mi 2007 et la fameuse crise dites des "subprimes". On fait un pari. Demandez à n'importe qui de continuer ce graph (dites que c'est un test de Q.I. par exemple) et je vous fiche mon billet qu'il trace un trait à la baisse à partir de la situation actuelle pour faire une jolie figure symétrique, qui amène gentiment le CAC vers 2500-3000 points. Ah ben oui, ça fait un sacré schuss... N'importe qui. Même un gosse vous le fait. Sauf les financiers bien sur. Eux, ils n'y arrivent pas. C'est parce qu'ils sont trop malins.

Bon. Accrochez vous, on zoome.

cac02

C'est le même graphe,mais depuis 2003 seulement. Il est donc un peu plus "écrasé", mais les données sont les mêmes. Vous reconnaissez le petit "pic", début 2006,la montée jusqu'à 6000, mi-2007 et la redescente en cours. C'est là que je vous livre mon petit secret (qui a fait perdre à Henri Alberti 12 kilos de caouettes, pour les habitués qui se souviennent) : j'avais parié il y a déjà quelques mois (et en pleine débâcle) qu'il y aurait un rebond jusque vers 5000-5100 et qu'après, ça se casserait la gueule. C'est à dire exactement ce qui vient de se passer. Comment j'ai fait ? (en vrai, j'ai eu du bol, il aurait pu se passer n'importe quoi d'autre, mais le dites pas) Vous voyez la parfaite symétrie du truc ? (avec un léger déséquilibre vers la droite) Ben je me suis juste dit que ce serait drôle que le pic de 2006 se reproduise exactement à l'inverse. J'ai fait 3 calculs et demi, et ça donnait ça. Voilà. Tout ça pour vous dire que si on continue le jeu, ça nous donne encore quelques jours de bonne dégringolade jusqu'en-dessous de 4500 (là, les "analystes" s'énervent, ils parlent de rupture des supports et toutes ces conneries), puis une longue, très longue glissade de plus de 2 ans (oh putain, 2 ans !) jusqu'aux alentours de 2500-3000. C'est très très bas.

"Et après ?" me direz vous. ça a déjà eu lieu avec la bulle internet et le truc est reparti pour un tour, non ? Pourquoi ça recommencerait pas cette fois ? Et bien je vais vous le dire : Parce que, cette fois, on est là.

Suite un de ces 4. (et salut spécial à Graziella et Benjamin !)

lundi 6 août 2007

La grande trouille

Les milieux financiers ont aussi leurs modes. Taux d'intérêt, inflation, croissance, déficits, l'une de ces nombreuses données focalise tout à coup l'ensemble de l'attention, et les investisseurs ne regardent plus que ça. Je ne sais pas s'il y a déjà eu des études de socio sur le comportement moutonnier des investisseurs, mais je vous assure qu'ils sont sans doute champions du monde de cette catégorie.

Bref, en ce moment, LE truc, le mot clé du moment, c'est "l'aversion au risque". C'est balaise, non, comme terme, l'aversion au risque ? ça fait tout de suite sérieux. En clair, ça signifie tout simplement... la trouille.
Les investisseurs ont la trouille.
Les foies quoi, la pétoche...

Et comme ces braves gens ont des indices pour absolument tout (les chiffres, ça les rassure, ça parait tout de suite plus rationnel quand c'est chiffré), ils en ont aussi un pour ça ! Son nom savant, c'est l'indice Vix de volatilité du Chicago Board Options Exchange. A vos souhaits. Il est surnommé plus simplement "l'indice de la peur". Et il vient de bondir de plus 16,5% fin juillet !

Evidemment, vu d'ici, on ne peut que sourire de ces tentatives de rationnalisation d'un des trucs les plus subjectifs qui soient : la confiance.

Le salaire de la peur Il se trouve que cette petite chose est aussi, à bien y regarder, le ciment ultime du système capitaliste. Vous allez bosser le matin parce que vous pensez que vous serez payés à la fin du mois. Vous laissez vos thunes sur un compte en banque pare que vous avez confiance dans le fait qu'elles y seront toujours si vous venez les cherchez. Vous pouvez payer avec des bouts de plastique ou de papier parce que le commerçant a confiance. Et les banques prêtent des thunes (qu'elles n'ont pas) à tout le monde parce qu'elles ont confiance.
Or il y a évidemment des boites qui font faillite, des gens, voire des entreprises, des banques ou des etats, qui ne peuvent plus rembourser, etc.

Ce système ne fonctionne que parce que certains prennent (ou ignorent) le risque.
Au bout de cette chaine, et en simplifiant à outrance, il y a l'économie US. Elle fonctionne totalement à crédit et on lui prête parce qu'on a confiance. Non pas qu'ils pourront rembourser hein, faut pas rêver, mais que quelqu'un continuera à leur prêter pour qu'ils puissent continuer... à emprunter.

Enlevez ce petit truc, la confiance, et tout s'effondre.
C'est dans une certaine mesure, ce qui est en train de se passer.

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