La fin du capitalisme

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 3 juillet 2008

Symboles

Il y a 15 jours, Chiquita, ancienne "United Fruit", perdait 28.6% en une journée. Depuis, les affaires de ce symbole de 50 ans de domination US sur l'Amérique latine ne se sont pas arrangées. Ils ont encore perdu près de 15% supplémentaires, dont 9% aujourd'hui...

Et ce n'est pas le seul grand symbole d'une splendeur passée qui ait du plomb dans l'aile, loin s'en faut.

La star de la semaine est assurément General Motors, bien connu pour ses gros pick-ups, ses Cadillac, Buick, GMC et autre Hummer, un peu moins pour sa généreuse contribution à la construction de la machine de guerre nazie ou ses non moins généreux financements d'une bonne part de l'extrême-droite européenne après-guerre. "De l'histoire ancienne" direz-vous. Pas tant que ça : General Motors, fleuron de l'industrie américaine, premier constructeur US, a perdu depuis octobre dernier la bagatelle de 76,6% de sa valeur, ce qui les ramène à leur cours de... 1954 ! C'était bien la peine de se donner tant de mal, tiens.

A tel point que Merrill Lynch (énorme banque d'investissements) estime aujourd'hui qu'une faillite de GM n'est pas exclue ! (Merrill qui, au passage, affiche aussi un resplendissant -66% depuis un an)

Toujours au chapitre "symboles en berne", Starbucks a annoncé hier la fermeture de 600 enseignes aux US. Enfin, Citigroup, première banque du pays, a déjà perdu plus de 70% de sa valeur boursière et ce n'est surement pas fini.

Voilà pour les bonnes nouvelles.

Bon évidemment, Exxon, Microsoft, Mc Do, Nike, Monsanto et Coca vont encore plutôt bien, (quoique, Coca commence à tirer la gueule), mais ça fait quand même une jolie tripotée de porte-drapeaux qui ont plus qu'un genou à terre.

Pour finir, le graphe de l'année : c'est le cours de bourse, depuis 1991, de mon chouchou, Ambac, réhausseur de crédit de son état et -98,79% depuis le 18 mai 2007, "sous vos applaudissements" !

ambac

Tout ça pour vous souhaitez, un peu en avance, un Happy Independance day ! ;-)

(merde, j'ai oublié de parler d'Ingrid Betancourt) Bon, à la place, une petite citation de Hugo avec le mot "symbole" : "le meilleur symbole du peuple est le pavé : on marche dessus jusqu'au jour où il vous tombe sur la tête".

lundi 23 juin 2008

Les souffrances du jeune trader

Ah, les pauvres gens. Les Pau-Vres-Gens. Toute la journée, ils ont trimé, sué, flippé, brassé des milliards et des milliards sur toutes les places boursières de la planète, et tout ça pour quoi ?

0,00%

pointé.

Et si on cherchait la petite bête (ou alors, juste pour le symbole) on pourrait même dire -0,00%, puisque le Dow Jones est passé de 11 824 .69, hier à 11 842.36 ce soir. Avouez que c'est rageant quand même.
Merde, alors ça sert à quoi de faire Sup de Co Quimper, suivi d'un MBA à Colombey, de s'asseoir 12h par jour dans une tour en verre avec une cravate ridicule, de mettre un poster de Jérôme Kerviel dans sa chambre et de brasser toute la journée des milliards que d'autres ont créé si c'est pour pas ramasser un centime à la fin ?
Alors quoi ? On peut plus gagner sa vie à rien à foutre dans ce patelin ou quoi ?
C'est quoi cette embrouille ? alors, ça y est ? c'est fini ? l'argent, ça travaille plus ?
ben merde...

Ben qu'est ce qu'ils vont pouvoir faire alors les traders maintenant ?
quoi ?
Travailler ?

Wouah, l'autre hé ! travailler ! et pi quoi encore ?

Ben si.

Citigroup devrait mettre 10% d'entre eux par la fenêtre à partir de demain. Soit 6500 personnes, quand même. Et Goldman Sachs aussi.
Et s'il n'y avait que ça...
En plus des licenciements, toutes les banques ont annoncé de nouvelles dépréciations à n'en plus finir. 3 Mds par ci, 12 Mds par là, il en pleut des dépréciations. Et c'est pas fini.
Pourquoi donc ?

Parce que les agences de notation ont ENFIN lâché nos amis de Ambac et MBIA.
Vous vous souvenez ? les fameux "réhausseurs de crédit", les gus dont le métier est de changer des emprunts en plomb en couilles en or.
Début mars, l'une de 3 grandes agences de notation (Fitch) les avait "dégradé". Mais les deux autres (Moody's et Standard & Poors) leur attribuaient toujours le sacro-saint "AAA", qui comme pour les andouillettes, permet de faire la différence entre le fin du fin et un vague boudin qui sent un peu le caca.

Et bien ils ont lâché aussi. Allez hop, dégradé, circulez, y a plus rien à voir.
Du coup, les "titres, jusque là "réhaussés" reprennent tout à coup leur vraie valeur dans les bilans des banques : rien.

Et il y en a pour un sacré pacson. Les gens de Ambac sont en train de faire le tour des popotes histoire de refiler le bébé et l'eau du bain à tout le monde et autant vous dire que c'est pas gagné : Ils en ont pour... 125 Milliards de dollars !

Dis proprement, ça donne ça :
"Le rehausseur de crédit américain Ambac serait en discussions avec plusieurs banques au sujet des contrats de swaps de défaut de crédit portant sur 125 milliards de dollars de produits de dette titrisés risqués, selon le «Financial Times». L'objet de ces rencontres serait de limiter l'impact de la crise du crédit."

hé hé...

Bon courage, les gars.

Pendant ce temps là, donc, après un décrochage de 10% en un mois et des pertes de plus de 20% depuis le début de l'année, les indices boursiers, revenus à leurs plus bas annuels, se sont arrêtés aujourd'hui.

-0,00
%

24 heures de sursis, 24h de silence dans un monde de thunes, assommé, hébété, comme suspendu dans ce terrible instant où le passé luit comme un éclair sur le sombre abîme de l'avenir...

NB : oui, bon, alors la dernière phrase, "dans ce terrible instant..." n'est pas de moi. C'est de Goethe dans Les souffrances du jeune Werther. ça ne sert à rien, mais c'était pour faire une boucle avec le titre. Voilà.

mardi 25 septembre 2007

Apocalypse tomorrow ?

Me revoilà. Merci beaucoup pour vos messages impatients et désolé pour le retard. Je regardais, comme vous, les récentes turbulences de notre système économique et, si je n'en ai rien dit, c'est d'une part que j'étais en vacances et d'autre part, que je n'en pensais, paradoxalement, pas grand chose.

Voici, pour la forme, l'article que j'aurai voulu écrire (signé une fois de plus par le trublion de chez ABN dont je vous ai déjà parlé). Il s'intitule "Apocalypse now ?".

Apocalypse now Voilà pour les commentaires irrespectueux. Pour ce qui est de l'analyse, j'en sais rien. Il semble qu'on se dirige de façon de plus en plus certaine vers une bonne crise économique mondiale, dont l'entrée en récession de l'économie US donnera le départ officiel et dont les pauvres du monde entier feront les frais.

Rien de bien nouveau donc si ce n'est les critiques, doutes, voire attaques répétées et émanant des sources les plus diverses et improbables envers... le capitalisme.

Qui l'eut cru, il y a quelques mois encore ? On a pu entendre cet été des appels, des deux côtés du Rhin, a plus de "transparence", de régulation, voire d'éthique ou de morale, de la part de chefs d'Etat censé être les plus fervents défenseurs du libéralisme économique. Certes, leurs exigences n'ont aucun sens, sentent plus le protectionnisme qu'autre chose, et sont complètement contradictoires avec ce qu'ils prônent par ailleurs, mais on ne peut que s'étonner de cette nouvelle capacité à s'auto-marcher sur les pieds, voire à s'engouffrer dans une impasse (un "capitalisme à visage humain") qui a déjà tué le PS avant eux. Même F. Bayrou semble chercher une "alternative à la mondialisation"... on n'ose lui suggérer de contracter les deux mots...

Mais il n'y a pas que chez les conservateurs mous que ce doute prend de l'ampleur. Jusque chez les plus extrémistes, le thème est en vogue. On notera par exemple : ""Le capitalisme ne doit pas être considéré comme le seul modèle valable d'organisation économique" par... Benoit XVI ou encore : "C'est pourquoi je vous dis : de la même manière que vous vous êtes libérés de l'esclavage des prêtres, des rois et du féodalisme, vous devriez aujourd'hui vous libérer de la tromperie, des chaînes et de l'usure du système capitaliste." “Si vous y réfléchissez bien, vous vous appercevrez que c'est un système plus dur et plus sauvage que celui que vous avez connu au Moyen-Age. Le capitalisme, sous couvert de mondialisation, veut transformer le monde entier en un système de fiefs détenus par les plus grandes sociétés pour protéger la démocratie." par... Oussama Ben Laden !

Bref, à part pour les dernières des buses scotchées à leurs écrans télé, il est aujourd'hui devenu évident pour tout le monde, que nous avons tous, collectivement, un vrai putain de souci avec ce système économique. Du coup, je me dis que le moment serait peut-être propice à quelques attaques en règle, histoire de montrer que nous avons, nous, dépassé le stade de la critique et que nous sommes sans doute les seuls à disposer de ce que tout le monde va bientôt chercher plus fébrilement que du pétrole : des alternatives.

vendredi 10 août 2007

Les mouches ont changé d'âne

train Alors que tous les regards de la finance internationale sont tournés vers le subprime et le risque de "credit crunch", il se peut qu'ils ratent, du coup, une menace bien plus importante encore. Car tout au bout de ce gigantesque système de crédit, il y a... l'économie US dans son ensemble, et le financement de sa dette, en particulier par la Chine.

Les récentes déclarations de He Fan (de l'académie chinoise des sciences sociales) suggérant que la Chine pourrait vendre ses bons du Trésor US et de Xia Bin (Directeur du centre de recherche sur le développement), traitant au passage les sénateurs américains d'idiots, ont provoqué une vague de réactions, (articles dans des blogs spécialisés et jusqu'au Washington Post) allant jusqu'à une intervention du secrétaire d'Etat au trésor, Paulson, et du président Bush.

C'est qu'on ne parle plus ici de quelques "pour cent" de plus ou de moins en bourse, mais bien du financement de la première économie au monde.

Comme le fait très justement remarquer Brad Setser, "une des leçons de la théorie des jeux est qu'une menace n'est couteuse que si elle échoue". Peu importe, dès lors, de disserter sur la probabilité que le gouvernement chinois mette ou pas cette menace à exécution. Le fait est qu'elle existe et qu'elle aboutit, de mon point de vue, à une redistribution majeure des cartes de la puissance mondiale.

La vraie nouvelle, dans cette histoire, n'est en effet pas la dépendance croissante de l'économie US vis-à-vis des financements étrangers (qu'on suit sur ce blog depuis près de deux ans), ni même le risque (qui existe pourtant) qu'un des créanciers ne cesse d'alimenter la pompe. La vraie nouvelle, c'est, aussi fou que ça puisse paraitre, que les pouvoirs publics US commencent à s'en rendre compte !

En quelques lignes, Xia Bin vient juste de démontrer au monde entier (quelques "silly senators" en tête), que les Etats-Unis n'étaient plus en mesure de réclamer quoi que ce soit à la Chine, que le gouvernement chinois les tenaient, en gros, par les c..., et que leur leadership mondial était, de fait, terminé.

Chine

Il va sans dire que les conséquences de cette prise de conscience sont immenses. Je vois mal, par exemple, les Etats-Unis se lancer dans un conflit avec l'Iran, fournisseur de pétrole à la Chine, sans l'accord de leur banquier... Nul doute aussi, que le capitalisme vient là de se trouver un nouveau maitre, et qu'il semble finalement prospérer beaucoup plus vite dans une bonne vieille dictature que dans nos pseudos démocraties occidentales. Dès lors, ceux qui rêvaient encore d'un alignement "par le haut" des conditions sociales, sanitaires, environnementales peuvent revoir leur copie.

On ne s'aligne que sur le leader, et il vient de changer.

lundi 6 août 2007

La grande trouille

Les milieux financiers ont aussi leurs modes. Taux d'intérêt, inflation, croissance, déficits, l'une de ces nombreuses données focalise tout à coup l'ensemble de l'attention, et les investisseurs ne regardent plus que ça. Je ne sais pas s'il y a déjà eu des études de socio sur le comportement moutonnier des investisseurs, mais je vous assure qu'ils sont sans doute champions du monde de cette catégorie.

Bref, en ce moment, LE truc, le mot clé du moment, c'est "l'aversion au risque". C'est balaise, non, comme terme, l'aversion au risque ? ça fait tout de suite sérieux. En clair, ça signifie tout simplement... la trouille.
Les investisseurs ont la trouille.
Les foies quoi, la pétoche...

Et comme ces braves gens ont des indices pour absolument tout (les chiffres, ça les rassure, ça parait tout de suite plus rationnel quand c'est chiffré), ils en ont aussi un pour ça ! Son nom savant, c'est l'indice Vix de volatilité du Chicago Board Options Exchange. A vos souhaits. Il est surnommé plus simplement "l'indice de la peur". Et il vient de bondir de plus 16,5% fin juillet !

Evidemment, vu d'ici, on ne peut que sourire de ces tentatives de rationnalisation d'un des trucs les plus subjectifs qui soient : la confiance.

Le salaire de la peur Il se trouve que cette petite chose est aussi, à bien y regarder, le ciment ultime du système capitaliste. Vous allez bosser le matin parce que vous pensez que vous serez payés à la fin du mois. Vous laissez vos thunes sur un compte en banque pare que vous avez confiance dans le fait qu'elles y seront toujours si vous venez les cherchez. Vous pouvez payer avec des bouts de plastique ou de papier parce que le commerçant a confiance. Et les banques prêtent des thunes (qu'elles n'ont pas) à tout le monde parce qu'elles ont confiance.
Or il y a évidemment des boites qui font faillite, des gens, voire des entreprises, des banques ou des etats, qui ne peuvent plus rembourser, etc.

Ce système ne fonctionne que parce que certains prennent (ou ignorent) le risque.
Au bout de cette chaine, et en simplifiant à outrance, il y a l'économie US. Elle fonctionne totalement à crédit et on lui prête parce qu'on a confiance. Non pas qu'ils pourront rembourser hein, faut pas rêver, mais que quelqu'un continuera à leur prêter pour qu'ils puissent continuer... à emprunter.

Enlevez ce petit truc, la confiance, et tout s'effondre.
C'est dans une certaine mesure, ce qui est en train de se passer.

lundi 30 juillet 2007

Pendant ce temps là, à Mexico

Les bourses européennes se comportent ce matin comme des animaux blessés. A Paris, une première tentative de rebond a avorté vers 11h, la seconde, encore plus timide, n'a duré que 45mn, on entame la troisième sans conviction, en attendant la marche à suivre de la part de Wall Street. Tout celà n'est pas bien brillant...

Et pendant ce temps là, à Mexico...

Marcos "Nous avons donc, d’une part, un exode dans les campagnes mexicaines (migration vers la ville et vers l’étranger, surtout les États-Unis) et un repeuplement (injection d’ouvriers agricoles, principalement d’indigènes dépossédés de leurs terres, dans les nouvelles grandes propriétés et dans l’agro-industrie, et d’autre part une destruction (de la nature, de la terre, des forêts, de l’air, de l’eau et de la faune, mais aussi des relations communautaires) et une reconstruction (des terres auparavant cultivées sont remplacées par des terrains de golf, des centres commerciaux, des hôtels et des parcs d’attraction).

Le tout sous un nouvel ordre, celui du marché mondial capitaliste.

Si je ne m’abuse, c’est exactement ce qui se passe dans une guerre de conquête : il s’agit de conquérir, de détruire, de dépeupler, puis de reconstruire, de repeupler et de réorganiser.

Nous avons parlé de la campagne dans notre pays, le Mexique, mais aujourd’hui nous voyons, nous entendons et nous apprenons qu’il est en train de se passer la même chose sur les cinq continents. Ce qui nous permet d’affirmer qu’il s’agit d’une guerre de conquête concernant l’ensemble de la planète : une guerre mondiale, la Quatrième Guerre mondiale.

Que l’on choisisse de voir « l’arbre » ou « la forêt », la conclusion est la même.

Il y a cependant quelque chose, pour nous, les zapatistes, qui fait de cette guerre quelque chose de spécial. C’est que les effets qu’elle entraîne sur la terre et sur le territoire, c’est-à-dire sur la nature, sont définitifs et irréversibles. C’est donc la planète tout entière qui est en train d’être détruite alors que nous n’avons pas d’autre endroit où vivre, de sorte que c’est au bout du compte l’espèce humaine tout entière qui est victime de cette guerre.

C’est pour cette raison que nous disons que c’est une guerre contre l’humanité."

Sous-commandant insurgé Marcos. Mexique, juillet 2007.

(texte intégral ici) (autre extrait là)

- page 1 de 2