La fin du capitalisme

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mercredi 1 octobre 2008

Changez le monde, changez de banque

C'est devenu une évidence : nous vivons une période charnière.
L'incroyable conjonction des crises financière, économique, politique, sociale, écologique et climatique va profondément bouleverser le monde actuel.
Or c'est précisément dans ces périodes de crise que s'esquisse le monde de demain.

Pour le pékin lambda que nous sommes tou-te-s, l'ampleur des forces en jeu pourrait paraitre inaccessible et encourager à se cantonner au statut d'observateur plus ou moins averti.
Ce serait une erreur tragique, car, au moment où tous les pouvoirs en place s'arcboutent pour sauver ce qu'ils peuvent d'un système déjà obsolète, au moment où leurs empires financiers,médiatiques et militaires s'enfoncent chaque jour un peu plus vers une déroute annoncée, c'est étonnamment celles et ceux qu'on ne voyait plus, qu'on n'entendait plus, auxquel-le-s on ne demandait même plus leur avis, qui émergent peu à peu de l'ombre et du silence et commencent tranquillement, humblement à construire l'avenir au milieu des ruines.
Les plus puissantes armées ne peuvent souvent rien face à un peuple libre et déterminé.
De la même manière, les centaines de milliards qui sont mobilisés aujourd'hui ne pèseront pas bien lourd face à un pouvoir tellement insignifiant qu'il a été oublié, un pouvoir que chacun de nous ou presque détient, un joli grain de sable dans une si belle mécanique : changer de banque.

ça n'a l'air de rien, c'est pourtant probablement l'acte le plus révolutionnaire qui soit aujourd'hui.

La façon dont est utilisé votre argent détermine ce qui sera financé ou pas aujourd'hui, donc ce qui existera ou pas demain. Ce pouvoir énorme, vous le confiez aujourd'hui à un intermédiaire, votre banque. Êtes-vous bien sur de, c'est le cas de le dire, partager les mêmes valeurs ?

Ce choix a un impact énorme, parce que, non, les banques ne sont pas "toutes les mêmes".
En France, deux d'entre elles sortent tellement du lot qu'on ne peut même pas dire qu'elles fassent partie du même monde. En tout cas, elles ne financent pas le même :
Ce sont la NEF et le Crédit Coopératif.

Très concrètement, la NEF (20 000 clients/sociétaires, environ 150 millions d'euros d'actifs) conviendra aux "activistes pour la planète et l'humanité", le Crédit Coopératif (200 000 clients, 1,5 milliards d'actifs) convenant mieux à toute personne "responsable", concernée par l'avenir du monde, mais souhaitant retrouver les mêmes produits et services qu'ailleurs (en réalité, vous en trouverez même un peu plus qu'ailleurs).

Si, pour des raisons qui vous regardent, vous avez quelques réticences ou difficultés à quitter purement et simplement votre banque actuelle, ouvrez un deuxième compte et basculez petit à petit. Mais faites-le, c'est fondamental.

Et le plus vite possible. Nous sommes à un moment clé : le secteur bancaire "destructeur" est en crise, les banques alternatives sont arrivés à un bon degré de maturité et développent des réseaux et synergies à toute allure. Chaque euro va compter double. Non seulement, vous le confiez à des gens bien, mais en même temps, vous l'enlevez aux autres ! En France, les Amis de la Terre viennent de sortir leur guide des banques, le Crédit Coopératif vient de lancer une campagne d'envergure et des hommes et des femmes libres ;-) commencent à disposer des média pour faire passer le message...

L'heure est venue,
à nous de jouer.

lundi 29 septembre 2008

"Recherche 700 milliards désespérément"

On l'a déjà dit, 700 milliards c'est beaucoup plus qu'une belle somme.
C'est astronomique.

On le lit partout "c'est le contribuable qui va payer".
Ce n'est pas complètement faux. Mais ce n'est pas vrai.

Ce n'est pas vrai parce que le contribuable (surtout américain) est fauché.
S'il est juste que c'est effectivement l'Etat US (donc le contribuable) qui va assumer le risque de plus ou moins value dans cette histoire de rachats des actifs toxiques des banques, ce n'est évidemment pas lui qui va financer (par une augmentation des impôts, par exemple) cette somme historique.
Elle sera évidemment financée par ce qui est pourtant aux racines même de la crise : de l'emprunt.
Or on ne parle plus là de menu fretin...

Qui va prêter une somme pareille ?
La chose est évidemment un peu complexe ; "techniquement", tout le monde va participer.
Oui, oui, vous aussi.
Et ne vous dites pas "ah ben, ça m'étonnerait, j'ai pas un rond, je suis endetté et toujours à découvert". Détrompez vous.
Dès qu'un euro traine sur votre compte, votre banque en place immédiatement une dizaine, entre autres en... bons du trésor US (de l'emprunt américain, donc). C'est donc en partie VOTRE argent qui va servir à financer le mega-emprunt de Mr Paulson. Et ne comptez pas sur votre banque pour vous demander votre avis, c'est pas le moment...
Indirectement, donc, ce sont tous les "acteurs économiques", ménages, entreprises, banques, etc. qui vont mettre la main à la poche.
Des américains aussi, même si, dans leur globalité, ils sont hyper endettés. (On peut en effet avoir un emprunt sur le dos, mais aussi un compte épargne ou des liquidités en même temps).

Maintenant regardons un peu plus globalement : Pour les "acteurs" US, qui sont, on le répète, ultra endettés auprès du reste du monde, acheter des bons du trésor veut dire principalement vendre d'autres actifs (actions, etc.) pour acheter des bons du trésor à la place ! Si l'ensemble de la somme venait de l'intérieur des US, ce mega-emprunt représenterait donc une ponction pure et simple de 700 Mds de $ sur l'économie US ! 700 Mds qui ne viendraient donc plus financer des entreprises, de la consommation, etc.
Ce n'est évidemment pas tenable, et l'essentiel de cette somme viendra donc de l'extérieur. (elle sera "prêtée" par le reste du monde).

Question à la con ? le "reste du monde" a-t-il les moyens ?
Les US vivant depuis longtemps très largement au-dessus de leurs moyens, ils empruntent déjà au reste du monde la bagatelle de 60 Mds de$ par mois. (grosso modo, leur déficit commercial), soit... 720 Mds par an.
Et, comme on le voit régulièrement sur ce blog, cette somme a de plus en plus de mal à être réunie chaque mois. Les flux en provenance du secteur privé sont désormais taris, seul le secteur "officiel" (banques centrales, fonds souverains, etc.) continuant à tenter de combler ce gouffre.
Les 700 Mds du plan Paulson conduiraient donc, (très indirectement) à une augmentation de 100% du financement de l'économie américaine par le reste du monde, qui est déjà à fond !
En admettant (ce qui reste à prouver) que premièrement les fonds principalement chinois, du moyen-orient, brésiliens, russes et norvégiens, (et globalement du monde entier) disposent d'une telle somme et deuxièmement qu'ils acceptent de doubler le rythme déjà hallucinant de leur financement des US, celà représenterait une ponction colossale sur le financement de leurs propres économies !

En pratique, il y a pas mal de failles dans le raisonnement ci-dessus. La souscription de ces bons du trésor va, dans les faits, venir en partie de l'intérieur des US, en partie de l'extérieur. Mais ça ne change pas grand chose au cœur du problème : d'une part, ces 700 Mds qui vont être "immobilisés pour racheter des actifs toxiques" manqueront forcément ailleurs, d'autre part, la majeure partie de cette somme va venir s'ajouter à la dette extérieure US globale, pourtant source de la crise actuelle.

Conclusion : quelles que soient ses modalités et son impact sur la "confiance des marchés", le plan Paulson ne fera qu'aggraver les causes profondes de la crise.
Seul un gigantesque plan de l'ordre de "l'effort de guerre" faisant appel au patriotisme des consommateurs américains (incluant protectionnisme, "préférence nationale", campagnes de dénigrement des produits chinois et étrangers en général, etc. ) pourrait peut-être encore avoir un impact sur l'effondrement de l'économie américaine en arrivant à résorber les déficits en un temps record.

Deux soucis majeurs :
- en faisant celà, les US couperaient les excédents étrangers, qui sont paradoxalement leur principale source de financement, et on entrerait alors dans une guerre économique ouverte.
- deuxième "écueil" et non des moindres, on sait malheureusement où mène une nation toute entière rassemblée derrière son drapeau.

mercredi 24 septembre 2008

les remèdes, pire que le mal.

A l'heure où il devient évident que nous vivons une crise "unique à l'échelle d'une vie" (Alan Greenspan), il est assez cocasse de constater que l'immense armada de ceux qui n'avaient rien vu venir se dispute la lumière des projecteurs pour faire généreusement don au monde entier de SA solution.

Il est tout aussi cocasse de constater que malgré la diversité (revendiquée) des intervenants, la fameuse solution est absolument partout la même.

Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que cette solution miracle n'est ni plus ni moins que... le problème lui-même.

Quittons donc un instant les tribunes où se bousculent les puissants et revenons un instant sur terre.

Nous avons un système économique, une sorte de "capitalisme régulé par des pouvoirs publics", qui vit actuellement une crise majeure et peut-être définitive.
Que nous propose-t-on comme remède ? du "capitalisme régulé par des pouvoirs publics".

Waouh ! ça a du carburer sec des méninges, là haut...

Vous noterez au passage que tous ceux qui ont l'outrecuidance de l'ouvrir en ce moment, sans même penser une demi-seconde à demander pardon avant, sont également tous d'accord sur le fait qu'il faut précisément "plus de régulation des pouvoirs publics".
Vous noterez aussi qu'ils sont tous, bien que parfois à des échelles différentes, représentant des sus-cités "pouvoirs publics".

Vous noterez enfin avec moi que nous sommes proches aujourd'hui d'une espèce "d'union sacrée" entre la gauche et la droite (ou les soi-disant telles), puisque tous disent exactement la même chose (tout en revendiquant de le dire mieux que l'autre et que l'autre ne le dit pas, ou avait dit le contraire avant). Bref, pitoyable, sans plus et comme d'habitude.

Alors soyons clairs : ces gens là ne sont pas des abrutis et croient, malheureusement, sincèrement à ce qu'ils sont en train de dire.
S'ils disent tous la même chose, c'est simplement qu'ils partagent, à quelques détails près, une même vision du monde, une même échelle de valeur, disons une même culture au sens large. Précisément celle qui est en train de s'effondrer sous nos yeux.

Cette jolie union sacrée (qui n'est pas sans rappeler celle du référendum sur la constitution européenne) accouchera au mieux, c'est écrit d'avance, à un nouveau "Bretton Woods" à l'échelle internationale et à des pouvoirs de régulation accru pour ceux qui en décideront aux échelles nationales.
En gros, des "patchs". Des "ad-on', des "plug-ins"...
Très bien, après tout, c'est leur taff ; mais les perspectives réelles de sortie de ce système en faillite ne viendront que de l'extérieur du système lui-même.

A ce stade, il n'existe que deux "grandes directions", qui ne soient pas du "capitalisme régulé", l'une et l'autre étant ensuite extrêmement riches d'applications diverses :
- le libéralisme
- l'altermondialisme
(je considère le communisme comme appartenant au passé, ok ?)

En gros, soit du "vrai" capitalisme, dérégulé (ou "libéré", c'est selon...), soit une autre économie mondiale, non capitaliste.
Pour ma part, je considère que le premier n'est qu'une sorte "d'idéal théorique", applicable uniquement dans un monde qui n'existe pas en pratique et réservé, donc aux labo de recherche ou aux doux rêveurs.
"Mon" altermondialisme, au contraire, me semble extrêmement concrêt et ultra-adapté, puisque déjà en œuvre.
Il s'agit de développer peu à peu, et sans usine à gaz ou dogme pré-établi, des milliers d'entreprises à taille humaine, interconnectées à l'échelle planétaire et qui ne rémunèrent pas le capital.
(ou plafonnent la rémunération du capital par celle du travail).
Il est clair que nos dirigeants officiels ne choisiront pas cette piste afin de l'appliquer "d'en haut".
Et c'est tant mieux, ce serait dangereux.

Il nous appartient donc de la développer "par le bas". ça a déjà commencé, et tout le monde est bienvenu.

mardi 23 septembre 2008

Plan Paulson : et si ça ne marchait pas ?

Quelqu'un a-t-il des news de Jérôme Kerviel ?

Non , parce que, souvenez-vous... le pataquès international qu'ils nous ont fait pour... combien ? 4 milliards ? Allez, je vous le fais à 5 et on n'en parle plus.
Non, mais franchement, 5 malheureux petits milliards de dollars !
Si quelqu'un le connait, faut lui dire de pas s'en faire au Jérôme, hein, parce que ça fait une paye qu'on a changé de braquet, là.
Aujourd'hui, pour 5 milliards, t'as plus rien !

700 milliards qu'il allonge, le Paulson !
Tiens je vous le fais comme ça :
700 000 000 000 US$ (essayez de taper ça pour voir, ça fait presque mal au pouce. On croirait le prix du pain dans les années 30 en Allemagne)
Z'imaginez ? non, hein ? Moi non plus. On n'est pas encore 7 Mds sur cette planète. On est en train de parler de 100$ par être humain.
Pour un "plan".
Un pauv' plan.

Et vous voulez que je vous dise le pire ?
Eh ben il me plait pas, à moi, ce plan. A ce prix là, avouez que c'est moche.
Henry Paulson doit être furax. "Quoi ? je mets d'un coup d'un seul ce que gagne un Smicard en 333 333 siècles (ouais, j'ai compté, ça nous amène en...beaucoup, vu qu'au 100eme siècle on serait en l'an 10 000) bref, un monceau de thunes incommensurable et Aureliano Buendia n'est toujours pas content ? mais qu'est ce qu'il lui faut ?"
... qu'il se dit le Paulson.
Eh bien je vais vous le dire tout de suite.

Mais d'abord, petit résumé de ce qui est reproché aujourd'hui à ce fameux plan (par "les gens qui savent")
En gros, le plan c'est donc : on creuse un grand trou. L'Etat achète tous les trucs foireux des banques (ils appellent ça des "actifs toxiques", c'est mignon, non ? un peu comme les déchets...), pour ça, il dispose de 700 Mds. On met tout dans le trou. Les banquiers ressortent de sous la table tout propres, débarrassés de leurs actifs toxiques, et reprennent le business en hurlant au monde entier " A y est ! j'ai fini !" (je le sais, ma petite fille fait pareil en sortant des toilettes). Quelques temps plus tard, Paulson descend dans le trou, ressort tout le bardas et essaie de le revendre discretos pour récupérer son pognon.

Quelques reproches sont donc déjà évoqués :
- "C'est pas son pognon". Bah ouais, c'est celui du contribuable. ça on s'en fout, ça fait longtemps qu'on le sait, le contribuable est un con.
- "à combien il les achète les "actifs toxiques" ?" là, c'est des malins : Si Paulson achète pas cher, les actifs étant encore dans les comptes des banques pour des montants parfois fantasques, il va falloir inscrire le prix d'achat dans les bilans donc encore annoncer d'énormes dépréciations ! ça ne résout donc rien. (s'il achète cher, il ne revoit jamais son pognon, et vous revenez au premier point)
- "d'où qu'il les sort donc les 700 milliards ?" Eh oui... je ne vous fais pas l'article, si ça vous intéresse, lisez les 250 posts précédents de ce blog.

Ce dernier point mériterait évidemment un post entier. J'ai la flemme, je ferai ça bientôt. Gros warning à ceux qui répondrait trop vite "la Chine", la planche à billet", etc. On est arrivé là à des hauteurs vertigineuses auxquelles même les énormes excédents chinois se sauraient suffire...

Bref, à part ça, pourquoi il ne me plait pas, ce plan ?
D'abord parce qu'il pourrait bien ne pas suffire... le but du jeu, le SEUL but du jeu à court-terme pour Paulson, c'est de taper fort pour "restaurer la confiance". Et c'est très très aléatoire, la confiance. Pas le genre de truc qui s'achète, même à 700 Mds... et à voir les soubresauts des cours du pétrole ou de la bourse ces derniers temps, c'est loin d'être gagné.

Enfin, et bordel de merde, parce que j'aimerais que ce bon Henry et ces amis reconnaissent enfin qu'ils sont fauchés ! qu'ils pourront redistribuer tous les milliards qu'ils veulent dans tous les sens, tant qu'ils n'auront pas mis un terme au train de vie pharaonique de l'économie US dans son ensemble, ils ne s'en sortiront plus ! J'aimerais que ce bon Paulson et sa clique disent enfin au monde entier et particulièrement aux gouvernants de ce pays qui leur collent au train :

"STOP !!! Arrêtez tout ! on s'est gaufrés !
Il faut de toute urgence stopper les dépenses militaires et la marchandisation de tout ce qui bouge et complètement "définanciariser" nos économies, sinon on va tous y passer"

Ce jour là, je pourrai enfin fermer ce blog et vous dire à tou-te-s :
Le capitalisme est mort, bienvenue au 21eme siècle.

jeudi 18 septembre 2008

Une page se tourne

Je ne vous l'apprends pas : ça s'accélère franchement.
Je zappe donc rapidement toutes les infos que vous pourrez trouver abondamment commentées ailleurs, on va tenter de filer direct à l'essentiel, évidemment beaucoup moins médiatisé.

Ces dernières heures : après la disparition de 3 des 5 empires financiers US qui faisaient encore la pluie et le beau temps dans le monde l'année dernière (Bear Stern, Lehman Brothers, Merril Lynch) et l'implosion du premier assureur US, AIG, il semblerait que le 4eme larron (Morgan Stanley) soit au plus mal. La dernière JP Morgan, ne passera sans doute pas l'hiver non plus. Une des plus grosses banques de dépôt, Washington Mutual (WaMu pour les intimes) chercherait un repreneur d'urgence. Bref, c'est la cata annoncée depuis longtemps sur ce blog et ailleurs.

Le "dernier rempart" d'un capitalisme à l'agonie est constitué d'un quatuor de choc : la Fed, le Trésor, la FDIC et la SEC.
Quatuor sur tous les fronts en ce moment et qui ne sait plus où donner de la tête... et du carnet de chèque.

Questions simples, presque naïves, mais ô combien légitimes et finalement pertinentes :
- "Mais d'où sortent donc ces milliards que les "pouvoirs publics" sont en train de distribuer en urgence ?"
- " je croyais que l'Etat US était lui-même endetté..., donc QUI paye ?"

D'où sortent les milliards en question ?
A ce stade, ils ont principalement été distribués par la "Fed".
Or l'impensable est en train d'arriver sous nos yeux : la toute puissante, la sacro-sainte "Fed ", l'ultime bastion, pourrait bien, à son tour, être au bout du rouleau.
Le trésor US vient, ce soir, d'organiser en urgence des enchères pour... renflouer la Fed !
Vous parliez de ça à un économiste il y a un mois, il vous prenait pour un fou...
Ces enchères sont donc des emprunts, contractés par le Trésor (l'Etat fédéral US) qui prête ensuite à la Fed, qui a elle-même prêtée aux banques, qui... etc. OK.
Mais qui prête donc au Trésor ?

Question beaucoup trop "bête" pour que nos têtes pensantes se la posent. Dommage.
Dommage, parce qu'ils se la posaient, ils pourraient constater, peut-être, une demi-seconde avant d'en crever, qu'elle n'a déjà plus de réponse...
Un économiste vous dira, en haussant les épaules : "Ben, les acteurs économiques !" (genre, il est con lui...)
Un journaliste du Libégaro vous dira, en écarquillant les yeux : "Ben, la Chine, les fonds souverains, tout ça !" (genre, il habite où, lui ?)
Les "acteurs économiques". OK. Mais les acteurs économiques US sont, dans leur globalité, endettés jusqu'aux yeux ! L'argent qu'ils sont en train de prêter au trésor, ils le doivent déjà à d'autres. Qui ?
"La chine, les fonds souverains, tout ça". Super. Est ce si sur ? Pour combien de temps ?

Un seul organisme, directement concerné, regarde un peu ce qui se passe : le département du Trésor US lui-même.
Et ça donne ça, les "TIC data".
Ce sont les thunes qui entrent aux US, sous une forme ou une autre et qui sont donc censées compenser les "pertes" (en très gros, le déficit commercial, soit environ 60 Mds de dollar par mois).
Ces données ont été publiées hier et concernent le mois de juillet. Le verdict est sans appel : -8.2 Mds (ligne 21)
Là où 60 Mds auraient du rentrer, juste pour pouvoir continuer la fuite en avant, non seulement rien n'est entré mais 8 Mds sont même sortis.
Attention, ces données sont très volatiles et d'une telle complexité qu'elles contiennent des marges d'erreur énormes.
(Pour les fans de ce sujet, voir le blog de Brad Setser au "Council on Foreign Relations". Attention, c'est extrêmement dur à lire) Une seule chose est sure : il y a un bug, un immense bug sur le financement de l'ensemble de la dette de l'économie américaine.

Et c'est à mon avis clairement là que ça se passe. Les faillites en tout genre, à côté, c'est quasiment de la rigolade.

Vu le délai de publication de ces données (un mois et demi), les chiffres du mois de septembre ne seront disponibles qu'à la mi novembre. Ils pourraient être encore à peu près potables dans la mesure où les financiers US semblent en train de rapatrier des fonds du monde entier. Mais derrière, c'est le gouffre et l'explosion du truc au grand jour : la faillite de toute l'économie américaine.

C'est donc une page de l'histoire du monde qui est en train de se tourner en ce moment même.
Ceux qui pensent que "bah ! la chine prendra le relais" devraient d'urgence lâcher leurs bouquins.
On ne remplace pas comme ça un "point de croissance" par un autre "point de croissance". On ne remplace pas la production américaine d'armement, de logiciels, de médicaments, de pétrole, etc. par des T-shirts et des jouets en plastique !
Je caricature, ok, mais c'est un système économique entier qui s'effondre, le capitalisme d'Etat chinois n'y survivra pas non plus !

Devant l'énormité du désastre annoncé, les prophètes se sont remis à prêcher.
Toujours les mêmes vieilles soupes :
D'un côté, les libéraux (les vrais, pas la droite pépère), pour lesquels toutes ces crises sont dues aux interventions de l'Etat.
De l'autre, les "interventionnistes" (disons la gauche, ou les "néo-keynésiens"), pour lesquels il faut au contraire plus de règlementation et un poids plus important de l'Etat dans l'économie.
ça fait un siècle que les uns et les autres nous bassinent avec leurs dogmes à deux balles.

Pendant ce temps, des milliers de gens, d'individus, loin de ces stériles querelles construisent, non pas une voie médiane (c'est précisément le système qui est en train de se vautrer) mais une "autre" voie :
Une économie privée ET non capitaliste.
Des dizaines de formes d'entreprises différentes, qui commencent à savoir presque tout faire, des grains de blé à la finance, mais SANS rémunération du capital.

Une page se tourne, et la prochaine est blanche.
A nous de l'écrire.

mercredi 10 septembre 2008

un scénario de rêve

Bon, j'espère que vos vacances se sont bien passées, que vous êtes revenu-e-s détendu-e-s, bronzé-e-s et reposé-e-s, parce que ça repart très fort.

(tiens, au chapitre "vacances", je ne sais pas ce que vous avez fait, mais je vous assure qu'on peut passer de super moments sans partir au bout du monde et dépenser des fortunes. Une bonne paire de godasses et un sac à dos et vous passez 15 jours dans un des plus beaux pays du monde avec à peu près tout ce que vous voulez au programme. Océan, montagnes, campagne, sports en tout genre, rando, spéléo, escalade, plongée, vélo, canoë, yoga, bonne bouffe, culture, festivals, visites, châteaux, grottes, détente, fêtes, massages, des régions splendides, des chouettes gens; la France, c'est top. Et c'est 100 fois mieux pour votre portefeuille, pour votre santé et pour la planète que le Club Med à perpette. Je le redis : un aller-retour à New York et vous avez immédiatement émis la quantité de CO2 "acceptable" par être humain pour une année entière...)

Revenons à l'économie...Je vous rassure, vous n'avez pas raté grand chose au mois d'août. Un vague espoir des boursicoteurs que "le pire soit passé", une bonne descente du baril de pétrole et une légère remontée du dollar, basta.
Et puis la rentrée et vlan, on repart dans le scénario catastrophe.

En très gros, malgré tous les efforts et les "coups" de la Fed et de l'administration Bush, la situation de l'économie américaine est bien pire qu'il y a un an et l'avenir plus sombre encore. La seule vraie différence, c'est que les pouvoirs publics ont maintenant tiré la plupart de leur cartouches et qu'ils vont bientôt arriver, à leur tour, au bout du rouleau.
Ils ont pour l'instant concentré leurs efforts sur, non pas des réformes de fond, qu'il faudra faire de toutes façons, mais sur le fait d'essayer de sauver la face, à défaut des meubles. Ce sont des centaines de milliards qui ont été engloutis pour éviter la faillite d'un "grand nom" qui aurait à coup sur provoqué une vague de panique. 30 à 40 milliards pour Bear Sterns, un chèque "conso" de 168 Mds, quelques gruges dans les règlements de la bourse et maintenant jusqu'à 200 Mds pour Fannie et Freddie et tout ça avec un déficit budgétaire qui explose à plus de 400 Mds, les américains sont en train de faire un très très joli cadeau à leurs enfants.
Et tout ça, comme je l'évoquais dans le post précédent, ne règle rien. ça ne fait que gagner un peu de temps en espérant sans doute décaler le pire jusqu'à... la prochaine administration.
A ce stade, 9 banques US ont déjà fait faillite. Mais 90 sont déjà officiellement en difficultés et certains estiment que 100 à 200 devraient tomber l'année prochaine.
Et tout ce que grille aujourd'hui l'Etat US pour essayer de masquer l'ampleur réelle des dégâts, c'est autant qui ne sera pas disponible demain pour régler les vrais problèmes !
Aujourd'hui même, Lehman Brothers, l'un des 5 plus gros établissements financiers, qui avait déjà perdu plus de 75% de sa valeur, vient encore de chuter de 45% et se retrouve au plus mal.

L'agonie va encore prendre de très longs mois, mais le capitalisme tel qu'on l'avait connu jusqu'ici a entamé son chant du cygne. D'autant qu'enfin, on commence à se rendre compte un peu partout qu'on avait des alternatives sous les yeux depuis déjà longtemps. Je vous le dis : "Les mouches ont changé d'âne".
Un peu partout, bien en-dessous de la ligne de mire des futurs ex-grands de ce monde, des réseaux se tissent, des liens se forgent, des projets naissent, des entreprises différentes se montent, de nouveaux modèles émergent, des nouvelles idées circulent. Le monde des assos, des ONGs, des coopératives, des réseaux, des PMEs bouillonne. Ils sont bio, éthiques, équitables, coopératifs, associatifs, responsables, durables, renouvelables ; ils font de la bouffe, de l'énergie, de l'info, des transports, des fringues, des logiciels, de la musique. Ils consomment moins et vivent souvent plus. Ils sont inclassables et souvent invisibles. Mais ils sont bien là et sont en train de changer le monde.

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