La fin du capitalisme

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Tag - coopérative

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jeudi 18 septembre 2008

Une page se tourne

Je ne vous l'apprends pas : ça s'accélère franchement.
Je zappe donc rapidement toutes les infos que vous pourrez trouver abondamment commentées ailleurs, on va tenter de filer direct à l'essentiel, évidemment beaucoup moins médiatisé.

Ces dernières heures : après la disparition de 3 des 5 empires financiers US qui faisaient encore la pluie et le beau temps dans le monde l'année dernière (Bear Stern, Lehman Brothers, Merril Lynch) et l'implosion du premier assureur US, AIG, il semblerait que le 4eme larron (Morgan Stanley) soit au plus mal. La dernière JP Morgan, ne passera sans doute pas l'hiver non plus. Une des plus grosses banques de dépôt, Washington Mutual (WaMu pour les intimes) chercherait un repreneur d'urgence. Bref, c'est la cata annoncée depuis longtemps sur ce blog et ailleurs.

Le "dernier rempart" d'un capitalisme à l'agonie est constitué d'un quatuor de choc : la Fed, le Trésor, la FDIC et la SEC.
Quatuor sur tous les fronts en ce moment et qui ne sait plus où donner de la tête... et du carnet de chèque.

Questions simples, presque naïves, mais ô combien légitimes et finalement pertinentes :
- "Mais d'où sortent donc ces milliards que les "pouvoirs publics" sont en train de distribuer en urgence ?"
- " je croyais que l'Etat US était lui-même endetté..., donc QUI paye ?"

D'où sortent les milliards en question ?
A ce stade, ils ont principalement été distribués par la "Fed".
Or l'impensable est en train d'arriver sous nos yeux : la toute puissante, la sacro-sainte "Fed ", l'ultime bastion, pourrait bien, à son tour, être au bout du rouleau.
Le trésor US vient, ce soir, d'organiser en urgence des enchères pour... renflouer la Fed !
Vous parliez de ça à un économiste il y a un mois, il vous prenait pour un fou...
Ces enchères sont donc des emprunts, contractés par le Trésor (l'Etat fédéral US) qui prête ensuite à la Fed, qui a elle-même prêtée aux banques, qui... etc. OK.
Mais qui prête donc au Trésor ?

Question beaucoup trop "bête" pour que nos têtes pensantes se la posent. Dommage.
Dommage, parce qu'ils se la posaient, ils pourraient constater, peut-être, une demi-seconde avant d'en crever, qu'elle n'a déjà plus de réponse...
Un économiste vous dira, en haussant les épaules : "Ben, les acteurs économiques !" (genre, il est con lui...)
Un journaliste du Libégaro vous dira, en écarquillant les yeux : "Ben, la Chine, les fonds souverains, tout ça !" (genre, il habite où, lui ?)
Les "acteurs économiques". OK. Mais les acteurs économiques US sont, dans leur globalité, endettés jusqu'aux yeux ! L'argent qu'ils sont en train de prêter au trésor, ils le doivent déjà à d'autres. Qui ?
"La chine, les fonds souverains, tout ça". Super. Est ce si sur ? Pour combien de temps ?

Un seul organisme, directement concerné, regarde un peu ce qui se passe : le département du Trésor US lui-même.
Et ça donne ça, les "TIC data".
Ce sont les thunes qui entrent aux US, sous une forme ou une autre et qui sont donc censées compenser les "pertes" (en très gros, le déficit commercial, soit environ 60 Mds de dollar par mois).
Ces données ont été publiées hier et concernent le mois de juillet. Le verdict est sans appel : -8.2 Mds (ligne 21)
Là où 60 Mds auraient du rentrer, juste pour pouvoir continuer la fuite en avant, non seulement rien n'est entré mais 8 Mds sont même sortis.
Attention, ces données sont très volatiles et d'une telle complexité qu'elles contiennent des marges d'erreur énormes.
(Pour les fans de ce sujet, voir le blog de Brad Setser au "Council on Foreign Relations". Attention, c'est extrêmement dur à lire) Une seule chose est sure : il y a un bug, un immense bug sur le financement de l'ensemble de la dette de l'économie américaine.

Et c'est à mon avis clairement là que ça se passe. Les faillites en tout genre, à côté, c'est quasiment de la rigolade.

Vu le délai de publication de ces données (un mois et demi), les chiffres du mois de septembre ne seront disponibles qu'à la mi novembre. Ils pourraient être encore à peu près potables dans la mesure où les financiers US semblent en train de rapatrier des fonds du monde entier. Mais derrière, c'est le gouffre et l'explosion du truc au grand jour : la faillite de toute l'économie américaine.

C'est donc une page de l'histoire du monde qui est en train de se tourner en ce moment même.
Ceux qui pensent que "bah ! la chine prendra le relais" devraient d'urgence lâcher leurs bouquins.
On ne remplace pas comme ça un "point de croissance" par un autre "point de croissance". On ne remplace pas la production américaine d'armement, de logiciels, de médicaments, de pétrole, etc. par des T-shirts et des jouets en plastique !
Je caricature, ok, mais c'est un système économique entier qui s'effondre, le capitalisme d'Etat chinois n'y survivra pas non plus !

Devant l'énormité du désastre annoncé, les prophètes se sont remis à prêcher.
Toujours les mêmes vieilles soupes :
D'un côté, les libéraux (les vrais, pas la droite pépère), pour lesquels toutes ces crises sont dues aux interventions de l'Etat.
De l'autre, les "interventionnistes" (disons la gauche, ou les "néo-keynésiens"), pour lesquels il faut au contraire plus de règlementation et un poids plus important de l'Etat dans l'économie.
ça fait un siècle que les uns et les autres nous bassinent avec leurs dogmes à deux balles.

Pendant ce temps, des milliers de gens, d'individus, loin de ces stériles querelles construisent, non pas une voie médiane (c'est précisément le système qui est en train de se vautrer) mais une "autre" voie :
Une économie privée ET non capitaliste.
Des dizaines de formes d'entreprises différentes, qui commencent à savoir presque tout faire, des grains de blé à la finance, mais SANS rémunération du capital.

Une page se tourne, et la prochaine est blanche.
A nous de l'écrire.

mercredi 10 septembre 2008

un scénario de rêve

Bon, j'espère que vos vacances se sont bien passées, que vous êtes revenu-e-s détendu-e-s, bronzé-e-s et reposé-e-s, parce que ça repart très fort.

(tiens, au chapitre "vacances", je ne sais pas ce que vous avez fait, mais je vous assure qu'on peut passer de super moments sans partir au bout du monde et dépenser des fortunes. Une bonne paire de godasses et un sac à dos et vous passez 15 jours dans un des plus beaux pays du monde avec à peu près tout ce que vous voulez au programme. Océan, montagnes, campagne, sports en tout genre, rando, spéléo, escalade, plongée, vélo, canoë, yoga, bonne bouffe, culture, festivals, visites, châteaux, grottes, détente, fêtes, massages, des régions splendides, des chouettes gens; la France, c'est top. Et c'est 100 fois mieux pour votre portefeuille, pour votre santé et pour la planète que le Club Med à perpette. Je le redis : un aller-retour à New York et vous avez immédiatement émis la quantité de CO2 "acceptable" par être humain pour une année entière...)

Revenons à l'économie...Je vous rassure, vous n'avez pas raté grand chose au mois d'août. Un vague espoir des boursicoteurs que "le pire soit passé", une bonne descente du baril de pétrole et une légère remontée du dollar, basta.
Et puis la rentrée et vlan, on repart dans le scénario catastrophe.

En très gros, malgré tous les efforts et les "coups" de la Fed et de l'administration Bush, la situation de l'économie américaine est bien pire qu'il y a un an et l'avenir plus sombre encore. La seule vraie différence, c'est que les pouvoirs publics ont maintenant tiré la plupart de leur cartouches et qu'ils vont bientôt arriver, à leur tour, au bout du rouleau.
Ils ont pour l'instant concentré leurs efforts sur, non pas des réformes de fond, qu'il faudra faire de toutes façons, mais sur le fait d'essayer de sauver la face, à défaut des meubles. Ce sont des centaines de milliards qui ont été engloutis pour éviter la faillite d'un "grand nom" qui aurait à coup sur provoqué une vague de panique. 30 à 40 milliards pour Bear Sterns, un chèque "conso" de 168 Mds, quelques gruges dans les règlements de la bourse et maintenant jusqu'à 200 Mds pour Fannie et Freddie et tout ça avec un déficit budgétaire qui explose à plus de 400 Mds, les américains sont en train de faire un très très joli cadeau à leurs enfants.
Et tout ça, comme je l'évoquais dans le post précédent, ne règle rien. ça ne fait que gagner un peu de temps en espérant sans doute décaler le pire jusqu'à... la prochaine administration.
A ce stade, 9 banques US ont déjà fait faillite. Mais 90 sont déjà officiellement en difficultés et certains estiment que 100 à 200 devraient tomber l'année prochaine.
Et tout ce que grille aujourd'hui l'Etat US pour essayer de masquer l'ampleur réelle des dégâts, c'est autant qui ne sera pas disponible demain pour régler les vrais problèmes !
Aujourd'hui même, Lehman Brothers, l'un des 5 plus gros établissements financiers, qui avait déjà perdu plus de 75% de sa valeur, vient encore de chuter de 45% et se retrouve au plus mal.

L'agonie va encore prendre de très longs mois, mais le capitalisme tel qu'on l'avait connu jusqu'ici a entamé son chant du cygne. D'autant qu'enfin, on commence à se rendre compte un peu partout qu'on avait des alternatives sous les yeux depuis déjà longtemps. Je vous le dis : "Les mouches ont changé d'âne".
Un peu partout, bien en-dessous de la ligne de mire des futurs ex-grands de ce monde, des réseaux se tissent, des liens se forgent, des projets naissent, des entreprises différentes se montent, de nouveaux modèles émergent, des nouvelles idées circulent. Le monde des assos, des ONGs, des coopératives, des réseaux, des PMEs bouillonne. Ils sont bio, éthiques, équitables, coopératifs, associatifs, responsables, durables, renouvelables ; ils font de la bouffe, de l'énergie, de l'info, des transports, des fringues, des logiciels, de la musique. Ils consomment moins et vivent souvent plus. Ils sont inclassables et souvent invisibles. Mais ils sont bien là et sont en train de changer le monde.

mercredi 11 juillet 2007

Après le capitalisme

Je parle de fin du capitalisme depuis de nombreux mois maintenant. Et les critiques ou moqueries, si elles n’ont pas encore cessé, passent peu à peu de « Boarf » ou « Meuuhh non ! » à « Bon ok, mais qu’y a-t-il après ? ». En d’autres termes, existe-t-il des alternatives ?

Alors à force de répéter la même chose, je me suis décidé à l’écrire. Il y en a plein, des alternatives au capitalisme. Des tonnes. L’embarras du choix.

N.B : Je ne rentrerai pas ici dans l’éternel débat « qu’est-ce que le capitalisme ? », en quoi peut-on dire qu’une activité est capitaliste ou pas ? etc. et je me contenterai de lister des initiatives existantes qui remettent en cause de façon fondamentale certaines de ces caractéristiques. La plus cruciale à mes yeux étant la recherche du profit comme moteur principal de l’activité (et plus exactement, la course sans fin à la rémunération du capital).

NB2 : A mon avis, le capitalisme ne sera pas remplacé par un « dogme », par un système prépensé et prémaché. (il en existe pourtant, par exemple, le « Parecon » de Michael Albert). Personne n’a d’ailleurs jamais imaginé le système actuel. Il s’est construit comme il est en train de s’effondrer, peu à peu, par petits touches avec parfois des ruptures de phase, beaucoup plus marquées. Le capitalisme subit aujourd’hui les assauts multiples et divers d’une véritable « guérilla économique ». Comme toute guérilla, elle est menée par des petits groupes, très mobiles, très différents, souvent autonomes, qui tissent peu à peu des liens (non hiérarchiques) entre eux et constituent peu à peu un véritable réseau de résistance(s).

Logiciel libre

StallmanOn commence par le secteur le plus développé, le plus puissant et aussi le plus discutable : le logiciel libre. Dire que le logiciel libre est (ou n’est pas) anti-capitaliste n’a évidemment aucun sens. Le logiciel libre est le logiciel libre et basta.

De nombreuses entreprises capitalistes traditionnelles en ont même fait leur cheval de bataille. Reste quand même que les multiples structures, réseaux, communautés qui l’animent :
- expérimentent de nouvelles formes d’organisation et de travail en commun (donc de nouvelles formes d’entreprise au sens large)
- rémunèrent souvent le travail, mais pas le capital
- ont largement contribué, en redéfinissant les contours des droits d’auteur, à diminuer la main mise du capitalisme sur la propriété intellectuelle.
Et pour ceux qui auraient encore l’impression que « ok, mais bon c’est « virtuel » (si, si, il y en a) on parle tout de même ici d’un marché annuel de 400 Mds de dollar, sonnant et trébuchant. Parmi les stars de ce secteur, citons rapidement Firefox, Thunderbird, Open Office, Linux, Apache, My SQL…

En bref, si le secteur ne peut en aucun cas être qualifié dans son ensemble d’anti-capitaliste, il contient indéniablement de nouvelles formes d’entreprise qui constituent des alternatives concrètes. Enfin, la proximité de l’organisation générale du secteur avec l’autogestion, chère à certains altermondialistes, voire avec certains concepts de base de l’anarchie ne peut que sauter aux yeux.

Connaissance libre

On en arrive tout naturellement à Wikipedia. Peut-être l’un des projets les plus importants au monde, 7,5 millions d’articles rédigés par plus d’un million de gens en 253 langages, qui n’est pas sans rappeler l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert… et ses conséquences politiques. La plus grande base de connaissance au monde n’est pas une entreprise capitaliste. Libre, gratuite, pas de profit, pas d’accumulation du capital, des problèmes à tous les étages… « et pourtant, elle tourne ».

Culture libre ?

On reste sur Internet pour glisser vers les très controversés réseaux peer-to-peer… certains diront qu’en détruisant le business des majors (-25% de CA en quelques années, -17% sur les ventes de CD uniquement sur le premier trimestre 2007 !), ils mettent en danger la création artistique. Je ne le crois pas, au contraire.

Les coopératives

On passe dans ce que certains appellent encore le « monde réel » pour un survol rapide des SCOP. En très gros, les SCOP sont des SA ou SARL :
- Qui plafonnent la rémunération du capital
- dont les employés sont « propriétaires » (il détiennent au moins 55% du capital)
- démocratiques (les employés détiennent au moins 65% des droits de vote et choisissent donc les dirigeants)
- et dans lesquels les plus-values sont impossibles (les parts sont remboursées à leur valeur nominale).

Et bien les SCOP, rien qu’en France, ce sont plus de 1600 entreprises, 36 000 employés et 3,1 Mds d’euros de CA ! En Europe, on parle de 65 000 entreprises et 1,3 millions d’emplois !

Wall Street La banque...

On poursuit la plongée vers le cœur de la bête, pour arriver là où ça fait mal… Petit passage, d’abord, par l’énergie pour saluer l’arrivée d’Enercoop, fournisseur d’électricité 100% renouvelable et qui est… une coopérative !

Et puis on arrive au centre. Au cœur du réacteur. Le secteur bancaire et… les medias.
Vous ne connaissez peut-être pas encore la NEF.
La NEF, c’est, en gros, une banque. (coopérative, évidemment). Mais surtout, la NEF rend à ses clients le pouvoir de décider de ce qui sera financé avec leurs thunes ou pas. (NB : pouvoir que vous n’avez pas dans votre banque actuelle ; en ce sens, en augmentant la liberté ET la responsabilité de chacun, la NEF est étonnamment plus près des idéaux de base des libéraux que n’importe quel autre organisme financier…). A ce jour, vous avez le choix entre le financement de projet dans l’agriculture bio, le développement social et solidaire, les énergies renouvelables, la culture, etc.
Alors ok, la NEF, ce n’est pas encore la puissance de la BNP. Mais on y va. Au départ, la NEF, c’est plutôt une bande de potes. Aujourd’hui, ce sont déjà près 30 millions d’euros d’épargne collectée auprès de plus de 16 000 sociétaires, et, surtout, près de 20% de plus chaque année… et là, la BNP… ils ne peuvent plus s’aligner.

...et les medias

Et je termine par les medias. Les medias, ce sont non seulement le quatrième pouvoir, les contenus, les actus, l’info, l’influence, mais aussi le pub, la consommation… Là aussi, le capitalisme, hier omniprésent, omnipotent, est assailli par des nuées d’initiatives individuelles (blogs, medias collaboratifs, réseaux, lettres d’infos) qui lui arrachent peu à peu du « temps de cerveau disponible ».
Et si hier encore ça faisait sourire, ça commence à faire mal… Libé est au bord du gouffre, Le Monde n’est pas frais, et (et c’est un comble) les deux temples que sont les Echos et La Tribune commencent à battre de l’aile, obligeant les véritables « donneurs d’ordre » du monde médiatique (Marchands d’arme, fonds d’investissements, Etats…) à sortir de l’ombre pour voler au secours de leurs petits soldats. Je n’aborde pas ici des secteurs « alliés », le bio, l’équitable, etc. faute de place. Mais ils existent aussi. Aujourd’hui, ce sont donc des millions de gens qui montent et participent à des initiatives de toutes sortes, dans le monde entier, qui grignotent peu à peu du terrain et contribuent à construire, pas à pas, l’après capitalisme.

"Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme"

Certains considéreront qu’il ne s’agit pas ici de « fin » du capitalisme, mais plutôt de mutations. Si ça peut les rassurer, tant mieux. Je considère (mais c’est une question de point de vue) que des entreprises qui ne rémunèrent plus ou plafonnent la rémunération du capital, dans lesquelles plus-values et spéculation deviennent obsolètes et qui redéfinissent complètement la propriété et la gouvernance des moyens de production ne sauraient être considérées plus longtemps comme « capitalistes ».

S’ils faisaient sourire hier encore, ces mouvements sont en train de taper de plus en plus fort, jusqu’à s’attaquer au cœur même d’un système dont les partisans ne sont pas du genre à plaisanter. On commence même à murmurer que, dans l’ombre, sans faire les gros titres, « la quatrième guerre mondiale a commencé ».

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