La fin du capitalisme

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Tag - credit crunch

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lundi 23 juin 2008

Les souffrances du jeune trader

Ah, les pauvres gens. Les Pau-Vres-Gens. Toute la journée, ils ont trimé, sué, flippé, brassé des milliards et des milliards sur toutes les places boursières de la planète, et tout ça pour quoi ?

0,00%

pointé.

Et si on cherchait la petite bête (ou alors, juste pour le symbole) on pourrait même dire -0,00%, puisque le Dow Jones est passé de 11 824 .69, hier à 11 842.36 ce soir. Avouez que c'est rageant quand même.
Merde, alors ça sert à quoi de faire Sup de Co Quimper, suivi d'un MBA à Colombey, de s'asseoir 12h par jour dans une tour en verre avec une cravate ridicule, de mettre un poster de Jérôme Kerviel dans sa chambre et de brasser toute la journée des milliards que d'autres ont créé si c'est pour pas ramasser un centime à la fin ?
Alors quoi ? On peut plus gagner sa vie à rien à foutre dans ce patelin ou quoi ?
C'est quoi cette embrouille ? alors, ça y est ? c'est fini ? l'argent, ça travaille plus ?
ben merde...

Ben qu'est ce qu'ils vont pouvoir faire alors les traders maintenant ?
quoi ?
Travailler ?

Wouah, l'autre hé ! travailler ! et pi quoi encore ?

Ben si.

Citigroup devrait mettre 10% d'entre eux par la fenêtre à partir de demain. Soit 6500 personnes, quand même. Et Goldman Sachs aussi.
Et s'il n'y avait que ça...
En plus des licenciements, toutes les banques ont annoncé de nouvelles dépréciations à n'en plus finir. 3 Mds par ci, 12 Mds par là, il en pleut des dépréciations. Et c'est pas fini.
Pourquoi donc ?

Parce que les agences de notation ont ENFIN lâché nos amis de Ambac et MBIA.
Vous vous souvenez ? les fameux "réhausseurs de crédit", les gus dont le métier est de changer des emprunts en plomb en couilles en or.
Début mars, l'une de 3 grandes agences de notation (Fitch) les avait "dégradé". Mais les deux autres (Moody's et Standard & Poors) leur attribuaient toujours le sacro-saint "AAA", qui comme pour les andouillettes, permet de faire la différence entre le fin du fin et un vague boudin qui sent un peu le caca.

Et bien ils ont lâché aussi. Allez hop, dégradé, circulez, y a plus rien à voir.
Du coup, les "titres, jusque là "réhaussés" reprennent tout à coup leur vraie valeur dans les bilans des banques : rien.

Et il y en a pour un sacré pacson. Les gens de Ambac sont en train de faire le tour des popotes histoire de refiler le bébé et l'eau du bain à tout le monde et autant vous dire que c'est pas gagné : Ils en ont pour... 125 Milliards de dollars !

Dis proprement, ça donne ça :
"Le rehausseur de crédit américain Ambac serait en discussions avec plusieurs banques au sujet des contrats de swaps de défaut de crédit portant sur 125 milliards de dollars de produits de dette titrisés risqués, selon le «Financial Times». L'objet de ces rencontres serait de limiter l'impact de la crise du crédit."

hé hé...

Bon courage, les gars.

Pendant ce temps là, donc, après un décrochage de 10% en un mois et des pertes de plus de 20% depuis le début de l'année, les indices boursiers, revenus à leurs plus bas annuels, se sont arrêtés aujourd'hui.

-0,00
%

24 heures de sursis, 24h de silence dans un monde de thunes, assommé, hébété, comme suspendu dans ce terrible instant où le passé luit comme un éclair sur le sombre abîme de l'avenir...

NB : oui, bon, alors la dernière phrase, "dans ce terrible instant..." n'est pas de moi. C'est de Goethe dans Les souffrances du jeune Werther. ça ne sert à rien, mais c'était pour faire une boucle avec le titre. Voilà.

vendredi 22 février 2008

Voyage au bout de la nuit

Elle commence à bien me plaire, à moi, cette crise. Si, si, une crise aux petits oignons. Ce que je préfère en fait, c'est qu'elle ne ressemble à rien de connu jusqu'à maintenant. Du coup, les jargonneux en perdent leur latin et on commence à enfin pourvoir en parler à la cool sans être repris en permanence par un prophète des mécanismes d'ajustements ou un docteur ès "meuh non, ça s' peut pas, passque".

Les plus marrants en ce moment étant (une fois de plus) les boursicoteurs. J'adore regarder ces mecs. (oui, ben c'est rarement des femmes, que voulez vous). Non contents d'être déjà champions du monde du troupeau de moutons, ils jouent tous en ce moment à la mouche débile qui se cogne 12 fois entre l'ampoule et l'abat jour. Le CAC descend à 4500 et pan, ça remonte à 5000, vlan, on repart dans l'autre sens, etc. et la moindre news les fait tous changer de direction à une vitesse à faire palir un MIG29 et de façon totalement aléatoire.

Ben ouais, c'est la foire.

grave.

Pour les explications techniques, je vous recommande la traduction du papier de Martin Wolf du Financial Times (NB : je n'ai pas vérifié personnellement si la trad était conforme à l'original) ou , en version plus soft mais quand même, cette vidéo d'une chef économiste à la SoGé.

En très très gros, pour les flemmards : le gros des problèmes des subprimes ne va arriver que dans deux ou trois mois, le truc est déjà en train de se transférer aux crédits à la consommation en général ; du coup, les réhausseurs de crédit en prennent plein la tronche, ce qui accroit encore les difficultés des banques, qui ne prêtent plus aux entreprises; qui se cassent donc la gueule, virent tout le monde, donc les gens ne consomment plus, et hop, vous revenez à la case départ (mais sans gagner 20000 francs) et vous refaites un tour.

ouala.

Les quelques optimistes qui comptaient sur la vigueur de la croissance chinoise ou des théories fumeuses de découplage pour soutenir tout ça sont tous en train de se gratter le nez en regardant vaguement leurs pompes... et tout le monde se rend compte que la joyeuse bande "Ben Bernanke and the coconuts" ne sert plus à rien. Bref, y a de la joie.

Ah si , denier truc, la star du moment, c'est l'inflation. Le "SPECTRE de l'inflation", comme ils disent tous (j'adore cette expression, on voit tout de suite mieux l'inflation avec un drap sur la tête et sa faux à la main, qui erre dans des couloirs obscurs en se prenant les pieds dans ses putains de chaines. ça doit pas être facile tous les jours comme boulot, inflation). En fait, on s'en tamponne un peu de l'inflation.

Maintenant que le truc est enclenché, tant que les US n'auront pas résorbé leur gigantesque déficit commercial, leur économie entière continuera à s'effondrer lentement, entrainant dans sa chute l'ensemble du système économique mondial.

Prenez vos places, le film a déjà commencé.

mardi 13 novembre 2007

Le dollar est "notre monnaie, votre problème"

Tellement de news dans tous les sens qu'on ne sait plus où donner de la tête. Laissons une fois de plus les boursicoteurs à leurs sueurs froides ; avec eux, c'est le dernier qui a parlé qui a raison et comme tout le monde l'ouvre en ce moment, ça donne un yoyo du tonnerre.
Si vous en croisez un, soyez généreux, expliquez lui que ce ne sont pas les girouettes qui commandent au vent...

Bon. Il peut se passer quoi ?
Jetez d'abord un oeil sur ce joli graph chez José, de Carnets de Nuit, qui vous montrera que le gros du "subprime" est encore devant.
Vous en déduirez avec moi une interdiction totale, pour notre ami Bernanke de la Fed, de relever ses taux, au moins jusqu'à mi-2008 (sinon il fait peter la banque).

Ensuite, la croissance US. Récession ou pas récession ? Sincèrement, ça n'intéressera bientôt plus que les bookmakers et les journalistes économiques. Que ce soit finalement un peu plus ou un peu moins de zéro n'est pas le problème ; c'est maintenant quasiment officiel : l'économie US est à l'arrêt. Là encore, interdiction pour Bernanke de relever les taux.

A ce stade, il n'aurait qu'à les baisser encore un peu, et tout le monde serait content. Tout le monde ? non.
car un petit village.. pardon.
car le dollar se pete déjà la gueule et que l'inflation ne va pas tarder à montrer le bout de son nez.
et surtout, SURTOUT, je vous le redis, parce que les US ont besoin de faire entrer des charettes de thunes tous les mois pour financer leur déficit !
et pour les faire entrer, ben... faut les rémunérer ! Donc relever les taux.
Sinon adieux vaches, cochons, boeing, 5e avenue et parachutes dorés.

Je suis effaré de ne voir quasiment aucune news dans les dépeches éco quotidiennes sur ce thème. Pourtant, ça commence à sérieusement grincer, non seulement chez quelques économistes comme Brad Setser, mais aussi dans le sacro-saint Financial Times.
Quelques observateurs alertés, sinon avertis, s'accrochent à la croyance selon laquelle "bah, ceux qui financent sont obligés de continuer à le faire, sinon le système s'effondre". Ce n'est pas bien sérieux, notamment parce que la situation qui faisait dire à un ancien secrétaire au trésor US que le dollar était "notre monnaie, mais votre problème" n'est aujourd'hui plus du tout la même (voir le papier du FT).
Comme le souligne Setser "les US se sont mis tous seuls dans une situation où ils ont besoin de grosses entrées de capitaux alors que la croissance US est plus faible que la moyenne, que les taux US sont plus bas que dans d'autres parties du monde et que les valeurs US sous-performent d'autres valeurs financières..."

Le scénario auquel tout le monde tente désespérément de croire est donc le suivant :
La Fed baisse encore un peu les taux et Bernanke brûle un cierge par jour pour que "ça tienne" quelques mois.
Le dollar continue sa dégringolade, mais pas trop vite, histoire de laisser à tous les acteurs le temps de s'adapter.
La faiblesse du dollar, alliée à la vigueur de la croissance mondiale, arrive à doper les exportations US et à leur tenir la tête hors de l'eau...

... jusquà ce que l'inflation refasse surface, que l'économie européenne soit à bout de souffle, etc. Là, remontée des taux, éventuellement violente. Si l'économie US a eu le temps de redémarrer, ça passe. Sinon... c'est ballot.

Voilà. Y a plus qu'à.

Pendant ce temps, on crame des cierges partout pour que :
- les économies émergentes continuent à stocker des dollars qui se déprécient tous les jours
- l'économie européenne arrive à tenir le choc avec un rapport euro/dollar intenable
- il n'y ait pas d'éclatement de la bulle chinoise.
- (et je vous passe al-Qaida, l'Iran, le Pakistan, Chavez, les cyclones, les incendies, etc.)

Pour moi, ça craque sur le premier point. Mais bon, c'est un pari.
Personne, en réalité, n'en sait rien.
Dans mon cas, c'est pas très grave. Mais je vous assure que Bernanke ou Warren Buffet n'en sont pas plus sur.

ça parait incroyable mais tout ça n'est finalement qu'une question de timing.
Si ça se passe doucement, ça peut aller. Si ça s'accélère un tout petit peu trop, tout le monde part en vrille.
et le moindre grain de sable dans le scénario ci-dessus peut faire déraper l'ensemble.

ciao, on se retrouve dans quelques jours pour les entrées de capitaux.
(déficit commercial à -56.8 Mds pour Septembre)

mardi 28 août 2007

Credit Crunch, Acte 2

Après une petite pause la semaine dernière, le spectacle reprend sur la grande scène du capitalisme.
Principalement basée sur quelques déclarations rassurantes de responsables politiques qui n'y peuvent rien, des injections des banques centrales qui ne résolvent rien et quelques chiffres datant du mois de juillet (sic !), la remontée des indices boursiers aura semble-t-il été de courte durée.

Les milliards de dollars des banques centrales ont réglé temporairement une crise de liquidités, or, il va bien falloir s'y résoudre, nous avons affaire à une crise du crédit. C'est assez différent, et la confiance des investisseurs a de nouveau foutu le camp.
Il faut croire que les injections en dollar souffrent des mêmes travers que leurs cousines en silicone : ça fait illusion au début, mais ces choses qui tiennent en l'air toutes seules ont un je-ne-sais-quoi d'artificiel qui fait, que, que vous voulez vous, le coeur n'y est plus.

Tout celà est donc en train de retomber cruellement, et, si les logements de 3 à 4 millions de ménages modestes n'étaient pas en jeu, je vous avoue que ça me ferait plutôt rigoler. Bref, l'occasion de constater une nouvelle fois que ce système, avec tous ses experts, ses analystes et ses spécialistes, ses courbes, ses moyennes et ses prévisions, ne repose finalement que sur la confiance et qu'elle est parfois bien fragile.
On notera au passage que parler de "confiance des investisseurs" est assez cocasse ; leur métier n'est-il pas précisément, de prendre des risques ?

Personne ne sait évidemment comment ça va tourner maintenant, mais, si les choses devaient s'aggraver, le bouc émissaire est déjà désigné : notre bon Ben Bernanke a en effet fait l'objet d'un lynchage médiatique dans les règles de l'art et il ne reste plus qu'à l'immoler sur l'autel de l'argent pas cher.

Mais, comme je vous le disais dans un post récent, la Fed et son débonnaire de patron, ne servent, en gros, plus à rien.
Les investisseurs ont beau hurler qu'il faut baisser les taux, la marge de manoeuvre de la Fed est quasi inexistante. L'inflation est déjà sortie des limites officiellement acceptables et une baisse des taux risquerait de la voir s'envoler.
Bien pire, je crois que le spectre de l'inflation (c'est comme ça qu'on dit pour faire pro, le "spectre de l'inflation", ne me demandez pas pourquoi) n'est jamais qu'un épouvantail.
Car ce ne sont pas que quelques millions de ménages qui vivent à crédit, mais l'économie américaine toute entière !
Et une baisse des taux aux US pourrait avoir comme conséquence d'assécher dangereusement la pompe à pognon en provenance de l'étranger. Autant vous dire que dans ce cas là, ce ne sont pas que quelques millions de pavillions de banlieue qui trinqueraient, mais qu'il faudrait songer sérieusement à vendre la Maison Blanche...

Du coup, de nombreuses voix réclament plutôt aujourd'hui des mesures fiscales en faveur des ménages endettés. Ce ne serait certes pas la première fois que les "libéraux" fermeraient les yeux sur une intervention de l'état pour sauver leur beau marché censé se réguler tout seul, mais, cette fois, ce serait, pensez donc, en faveur... des pauvres !

Outre le fait que ça ne ferait que transférer la dette à l'Etat, autant dire, qu'au pays du "libéralisme", ça ferait doublement mal au cul.

vendredi 24 août 2007

J'ai les nerfs...

J'ai beau ne pas me faire beaucoup d'illusions, en avoir vu d'autres, voire cultiver un certain cynisme à mes heures, parfois, je m'énerve.

3 à 4 millions de personnes vont perdre leur logement aux US. 3 à 4 millions de gens qui sont sans doute moins pauvres que les 30 millions qui vivent en dessous du seuil de pauvreté aux US, mais bon, qui ne roulent pas sur l'or non plus, qui sont juste à la limite à laquelle on se dit, "bon, ça va être dur, mais, si on achetait ?" et vous savez quoi ? dans ces cas là, ce n'est même plus le capitalisme qui m'énerve, c'est presque ces gens eux-mêmes.

Putain, mais vous avez cru quoi ?
Que le rêve américain, c'est pas que à la télé ?
Que quand on se bouge on peut y arriver ?
Que vous alliez pouvoir vous payer une guerre en Irak ET une baraque ?
Que quand on est pas né riche on a quand même sa chance ?
Que quand les 40 000 personnes qui ont perdu leur job la semaine dernière sont venus vous vendre ce putain d'emprunt à taux variable, vous alliez VRAIMENT partager les risques ?
avec votre banque ?
Non mais vous vous croyez où, merde !

Ah ben non, y avait pas marqué sur le contrat que si ça merdait vraiment votre banque, elle, serait largement perfusée par ses potes de la banque centrale...
Et pas vous. Ben non.

Bande de buses.

Bon, maintenant que vous vous êtes fait mettre bien profond, est-ce que , s'il vous plait, vous pourriez venir expliquer ça à mes concitoyens ?
s'il vous plait.
Non parce que dans mon pays, y a un peu moins de pauvres que chez vous, mais alors question buses, faut voir, hein, on est servi.
Ils ont croisé un gus qui trouve tout formidable chez vous, il y va même en vacances.
Le mec leur a dit qu'ils allaient travailler plus pour gagner plus, ils l'ont cru !
Mieux que ça, il leur a même promis qu'ils allaient tous devenir "propriétaires" !

ça vous rappelle quelque chose, non ?
S'il vous plait, dites leur, moi je suis fatigué.

(en bonus, un petit pétage de cable à la télé US, sur le même thème. Peut-être "fabriqué", peut-être pas. la traduction est aléatoire et le nom de mon pote Ben Bernanke est un peu écorché, mais l'essentiel y est) Pour lui, c'est 7 millions de personnes...)

jeudi 23 août 2007

Déjà fini ?

Alors voilà, 3 déclarations de responsables politiques qui n'y peuvent rien ou presque, quelques injections de silicone, et nos bons investisseurs repartent comme en 40, la poitrine et le moral gonflés à bloc...

Mouais, mouais, mouais...

Permettez-moi un petit parallèle avec la saison cyclonique, le premier ouragan est passé, mais ce n'était que le premier. Plus de 40 000 personnes ont été licenciées ces dernières semaines dans le secteur financier aux US, les faillites et "gels" de fonds continuent, les banques centrales sont toujours obligées d'injecter à fond les ballons...

... et l'économie US dépend tous les jours un peu plus de l'extérieur...

Dans l'Atlantique, la prochaine tempête s'appellera Felix. En bourse, je ne sais pas, mais c'est pas fini.

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