Alors que tous les regards de la finance
internationale sont tournés vers le subprime et le risque de "credit crunch",
il se peut qu'ils ratent, du coup, une menace bien plus importante encore. Car
tout au bout de ce gigantesque système de crédit, il y a... l'économie US dans
son ensemble, et le financement de sa dette, en particulier par la Chine.
Les récentes déclarations de He Fan (de l'académie chinoise des sciences
sociales) suggérant que la Chine pourrait vendre ses bons du Trésor US et de
Xia Bin (Directeur du centre de recherche sur le développement), traitant au
passage les sénateurs américains d'idiots, ont provoqué une vague de réactions,
(articles dans des blogs spécialisés et jusqu'au Washington Post) allant jusqu'à une intervention du
secrétaire d'Etat au trésor, Paulson, et du président Bush.
C'est qu'on ne parle plus ici de quelques "pour cent" de plus ou de moins en
bourse, mais bien du financement de la première économie au monde.
Comme le fait très justement remarquer Brad Setser,
"une des leçons de la théorie des jeux est qu'une menace n'est couteuse que si
elle échoue". Peu importe, dès lors, de disserter sur la probabilité que le
gouvernement chinois mette ou pas cette menace à exécution. Le fait est qu'elle
existe et qu'elle aboutit, de mon point de vue, à une redistribution majeure
des cartes de la puissance mondiale.
La vraie nouvelle, dans cette histoire, n'est en effet pas la dépendance
croissante de l'économie US vis-à-vis des financements étrangers (qu'on suit
sur ce blog depuis près de deux ans), ni même le risque (qui existe pourtant)
qu'un des créanciers ne cesse d'alimenter la pompe. La vraie nouvelle, c'est,
aussi fou que ça puisse paraitre, que les pouvoirs publics US commencent à s'en
rendre compte !
En quelques lignes, Xia Bin vient juste de démontrer au monde entier
(quelques "silly senators" en tête), que les Etats-Unis n'étaient plus en
mesure de réclamer quoi que ce soit à la Chine, que le gouvernement chinois les
tenaient, en gros, par les c..., et que leur leadership mondial était, de fait,
terminé.

Il va sans dire que les conséquences de cette prise de conscience sont
immenses. Je vois mal, par exemple, les Etats-Unis se lancer dans un conflit
avec l'Iran, fournisseur de pétrole à la Chine, sans l'accord de leur
banquier... Nul doute aussi, que le capitalisme vient là de se trouver un
nouveau maitre, et qu'il semble finalement prospérer beaucoup plus vite dans
une bonne vieille dictature que dans nos pseudos démocraties occidentales. Dès
lors, ceux qui rêvaient encore d'un alignement "par le haut" des conditions
sociales, sanitaires, environnementales peuvent revoir leur copie.
On ne s'aligne que sur le leader, et il vient de changer.