Salut tout le monde,
Quand j'ai commencé ce blog chez 20six, en... 2005 je crois, on n'était pas
des millions à raconter comment et pourquoi on allait se prendre une crise
économique d'une ampleur sans précédent.
Aujourd'hui, cette crise est avérée, des sites économiques de qualité sont nés, et l'actu de la crise
y est parfois très bien traitée. Je vais donc me borner à vous donner mon point
de vue, de temps en temps, et puis, si vous le voulez bien, on va surtout
passer à autre chose. Et histoire de conserver un déclic d'avance, et bien on
commencera (probablement vers Septembre, j'ai besoin de faire une pause) à
parler, non pas de "l'après-crise" (il n'y en aura pas), mais de "l'après
capitalisme". En espérant que ça vous plaira.
En attendant, voici mes commentaires sur les derniers
développements.
La pompe à pognon des US est en train de caler. On arrive donc au stade
ultime.
Petit Flashback (les habitués, vous pouvez sauter 10 lignes) :
La cause réelle de cette crise, c'est que l'économie américaine dans son
ensemble (et pas uniquement l'Etat ou tel autre acteur) s'est endetté très
largement au-dessus de ses moyens pendant de très longues années. La
répartition de cette dette à l'intérieur des US, en gros, on s'en tape. (c'est
ce qui a été fait jusqu'à maintenant : certains acteurs étaient devenus
insolvables, l'Etat s'est endetté pour les renflouer, mais au global, ça ne
change rien. La dette est juste passée à l'Etat). On mesure ça, grosso modo, au
déficit commercial. (je vends X , j'achète Y, et comme Y est supérieur à X, je
dois des thunes, donc... je les emprunte). Tout va bien tant que quelqu'un
prête les thunes en question. ça a longtemps été le Japon, c'est maintenant
principalement la Chine.
Alors on en est où ?
C'est le département du trésor US qui compte tout ça ; ça s'appelle les
"TIC
data", et c'est absolument imbitable même pour les pros (demandez à
Brad Setser).
Le déficit US s'est très fortement réduit ces derniers mois, et semble s'être
établi vers 30-35 Mds de dollars par mois (mais il pourrait remonter avec le
pétrole). Il faut donc quand même continuer à emprunter environ 360 Mds de
dollars par an au reste du monde... sous peine de faillite. Et les TIC data
nous disent quoi ?
Il est entré 89 Mds aux US sur les 12 derniers mois (contre 500 l'année
dernière).
Ben, le compte n'y est pas !
Voilà. C'est tout.
Vous voyez, l'économie, c'est fastoche. Le reste, c'est de la parlotte pour
justifier les diplômes.
Bon, concrètement, vous vous en doutez, c'est un peu plus tortueux.
On va pas voir Obama à la télé demain matin dire à ces concitoyens : "Bon,
les gars, j'ai une bad news, on a un peu merdé sur les prévisionnels, on ferme,
tout le monde est viré. Yes, we can"
(et pourtant...)
Il est fort probable, déjà, que les maillons les plus faibles du système
financier mondial lâchent les premiers (l'Europe de l'Est a une bonne longueur
d'avance, le reste tombera par effet domino. C'est comme la grippe).
Ensuite, l'Etat US (qui emprunte en gros pour tout le monde en ce moment),
arrive pour l'instant à fourguer à peu près bien ses emprunts (les Bons du
trésor). Mais ça commence à se tendre sérieusement ; résultat, il est
obligé d'offrir plus en échange (les taux "réels" remontent) ; ça lui
coute plus cher et ça augmente encore le doute sur sa capacité à rembourser,
donc la réticence des autres à prêter. Et c'est en fait là qu'est le vrai
bug : le doute.
Parce qu'en réalité, ça fait maintenant des années que les US sont insolvables.
La grosse, l'immense, différence, c'est que maintenant, on en parle.
Et le doute, pour le capitalisme, c'est mortel.
Alors on va où ? ben j'en sais rien moi, gros malin.
On devrait se situer quelque part entre ces deux scénarios, déjà abondamment
décrits ailleurs :
- "l'optimiste" : grosse crise de merde qui dure 10 ans, explosion du
chômage, effondrement du dollar et passage de l"hégémonie US probablement à la
Chine.
- "le pessimiste" : ça part carrément en sucette.
Le premier est le plus probable (et à vrai dire, le seul) sur des critères
UNIQUEMENT économiques. Mais c'est là que TOUS les économistes bugguent :
il n'y a pas que des critères économiques. Le climat, évidemment, et plus
généralement l'environnement, la biodiversité, voire une petite grippe et
surtout ce putain d'impondérable facteur humain, tous ces éléments ne sont pas
dans les équations des économistes.
Personnellement, vous le savez, je parie tout sur le dernier. Sur
l'étonnante capacité des gens à ne pas vouloir, parfois, rentrer dans les
tableurs Excel, même à coups de matraque.
A se parler, à imaginer, à créer, à lire, à écouter, à faire parfois des choses
étranges (comme, je sais pas moi, poser des fers à béton sur des
lignes TGV), bref à ne pas être là où ils auraient "du" être et a finalement
passer à autre chose.
Laissons donc cette crise à qui elle appartient, et à bientôt, donc, pour
parler...
d'autre chose ?
