La fin du capitalisme

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vendredi 22 février 2008

Voyage au bout de la nuit

Elle commence à bien me plaire, à moi, cette crise. Si, si, une crise aux petits oignons. Ce que je préfère en fait, c'est qu'elle ne ressemble à rien de connu jusqu'à maintenant. Du coup, les jargonneux en perdent leur latin et on commence à enfin pourvoir en parler à la cool sans être repris en permanence par un prophète des mécanismes d'ajustements ou un docteur ès "meuh non, ça s' peut pas, passque".

Les plus marrants en ce moment étant (une fois de plus) les boursicoteurs. J'adore regarder ces mecs. (oui, ben c'est rarement des femmes, que voulez vous). Non contents d'être déjà champions du monde du troupeau de moutons, ils jouent tous en ce moment à la mouche débile qui se cogne 12 fois entre l'ampoule et l'abat jour. Le CAC descend à 4500 et pan, ça remonte à 5000, vlan, on repart dans l'autre sens, etc. et la moindre news les fait tous changer de direction à une vitesse à faire palir un MIG29 et de façon totalement aléatoire.

Ben ouais, c'est la foire.

grave.

Pour les explications techniques, je vous recommande la traduction du papier de Martin Wolf du Financial Times (NB : je n'ai pas vérifié personnellement si la trad était conforme à l'original) ou , en version plus soft mais quand même, cette vidéo d'une chef économiste à la SoGé.

En très très gros, pour les flemmards : le gros des problèmes des subprimes ne va arriver que dans deux ou trois mois, le truc est déjà en train de se transférer aux crédits à la consommation en général ; du coup, les réhausseurs de crédit en prennent plein la tronche, ce qui accroit encore les difficultés des banques, qui ne prêtent plus aux entreprises; qui se cassent donc la gueule, virent tout le monde, donc les gens ne consomment plus, et hop, vous revenez à la case départ (mais sans gagner 20000 francs) et vous refaites un tour.

ouala.

Les quelques optimistes qui comptaient sur la vigueur de la croissance chinoise ou des théories fumeuses de découplage pour soutenir tout ça sont tous en train de se gratter le nez en regardant vaguement leurs pompes... et tout le monde se rend compte que la joyeuse bande "Ben Bernanke and the coconuts" ne sert plus à rien. Bref, y a de la joie.

Ah si , denier truc, la star du moment, c'est l'inflation. Le "SPECTRE de l'inflation", comme ils disent tous (j'adore cette expression, on voit tout de suite mieux l'inflation avec un drap sur la tête et sa faux à la main, qui erre dans des couloirs obscurs en se prenant les pieds dans ses putains de chaines. ça doit pas être facile tous les jours comme boulot, inflation). En fait, on s'en tamponne un peu de l'inflation.

Maintenant que le truc est enclenché, tant que les US n'auront pas résorbé leur gigantesque déficit commercial, leur économie entière continuera à s'effondrer lentement, entrainant dans sa chute l'ensemble du système économique mondial.

Prenez vos places, le film a déjà commencé.

jeudi 13 décembre 2007

Gesticulations

Grandes manoeuvres en ce moment aux pays de l'argent roi.
Un "plan Paulson" pour limiter la casse sur le subprime, dont le plus gros reste à venir (1er semestre 2008).
Paulson qui, en ce moment, est reparti avec quelques sbires à Pekin pour supplier à nouveau les chinois de laisser filer le yuan (ce qui au passage risquerait d'accélérer encore la chute du dollar, mais bon, comme ils ne le feront pas, hein...)
Une intervention concertée de 5 grandes banques centrales (jamais vue depuis le 11 septembre) pour tenter de donner un peu d'air à un système bancaire asphyxié... des baisses de taux timides, mais déjà quasi suicidaires compte-tenu de la marge de manoeuvre,
et des annonces dans tous les sens, de la méthode Coué en veux-tu en voilà, du colmatage de breche à tout crin, et tout ça en pure perte.

En pure perte, parce que la bete est touchée à mort.
La blessure vient encore de laisser s'écouler 57.8 Mds de dollars en un mois (déficit commercial du mois d'octobre, publié ce jour).
Strictement aucune amélioration, donc. ça recommence même à s'aggraver un peu plus, malgré l'énorme chute du dollar ces derniers mois, censée doper les exportations et réduire les importations. Ben non !
et quand on y regarde de plus près, c'est encore pire !
En gros, les exportations baissent dans quasiment tous les secteurs : -407 millions pour les biens de consommation, -203 millions pour les fournitures industrielles, -513 millions pour les produits alimentaires... et le mois n'est sauvé que par les ventes exceptionnelles de Boeing (+913 millions) ce qui ne durera pas. Côté importations, hausse généralisée, et là, c'est du lourd puisque les causes majeures sont le prix élevé du pétrole (ce sera de pire en pire) et les importations de produits asiatiques. Et là, ils pourront bien laisser le dollar baisser ou faire monter le yuan, ça n'y changera pas grand chose. (les produits importés de Chine ne sont presque plus fabriqués ailleurs et sont généralement des produits "peu chers", dont la demande serait au contraire quasiment renforcée en période de ralentissement économique).
Le gouffre continue donc à se creuser inexorablement et, comme on l'a vu les deux mois derniers, la pompe à fric depuis le reste du monde est à l'arrêt.

Publication la semaine prochaine des entrées de capitaux.
La barre est à 57.8 Mds.
Faites vos jeux... rien ne va plus.

mardi 13 novembre 2007

Le dollar est "notre monnaie, votre problème"

Tellement de news dans tous les sens qu'on ne sait plus où donner de la tête. Laissons une fois de plus les boursicoteurs à leurs sueurs froides ; avec eux, c'est le dernier qui a parlé qui a raison et comme tout le monde l'ouvre en ce moment, ça donne un yoyo du tonnerre.
Si vous en croisez un, soyez généreux, expliquez lui que ce ne sont pas les girouettes qui commandent au vent...

Bon. Il peut se passer quoi ?
Jetez d'abord un oeil sur ce joli graph chez José, de Carnets de Nuit, qui vous montrera que le gros du "subprime" est encore devant.
Vous en déduirez avec moi une interdiction totale, pour notre ami Bernanke de la Fed, de relever ses taux, au moins jusqu'à mi-2008 (sinon il fait peter la banque).

Ensuite, la croissance US. Récession ou pas récession ? Sincèrement, ça n'intéressera bientôt plus que les bookmakers et les journalistes économiques. Que ce soit finalement un peu plus ou un peu moins de zéro n'est pas le problème ; c'est maintenant quasiment officiel : l'économie US est à l'arrêt. Là encore, interdiction pour Bernanke de relever les taux.

A ce stade, il n'aurait qu'à les baisser encore un peu, et tout le monde serait content. Tout le monde ? non.
car un petit village.. pardon.
car le dollar se pete déjà la gueule et que l'inflation ne va pas tarder à montrer le bout de son nez.
et surtout, SURTOUT, je vous le redis, parce que les US ont besoin de faire entrer des charettes de thunes tous les mois pour financer leur déficit !
et pour les faire entrer, ben... faut les rémunérer ! Donc relever les taux.
Sinon adieux vaches, cochons, boeing, 5e avenue et parachutes dorés.

Je suis effaré de ne voir quasiment aucune news dans les dépeches éco quotidiennes sur ce thème. Pourtant, ça commence à sérieusement grincer, non seulement chez quelques économistes comme Brad Setser, mais aussi dans le sacro-saint Financial Times.
Quelques observateurs alertés, sinon avertis, s'accrochent à la croyance selon laquelle "bah, ceux qui financent sont obligés de continuer à le faire, sinon le système s'effondre". Ce n'est pas bien sérieux, notamment parce que la situation qui faisait dire à un ancien secrétaire au trésor US que le dollar était "notre monnaie, mais votre problème" n'est aujourd'hui plus du tout la même (voir le papier du FT).
Comme le souligne Setser "les US se sont mis tous seuls dans une situation où ils ont besoin de grosses entrées de capitaux alors que la croissance US est plus faible que la moyenne, que les taux US sont plus bas que dans d'autres parties du monde et que les valeurs US sous-performent d'autres valeurs financières..."

Le scénario auquel tout le monde tente désespérément de croire est donc le suivant :
La Fed baisse encore un peu les taux et Bernanke brûle un cierge par jour pour que "ça tienne" quelques mois.
Le dollar continue sa dégringolade, mais pas trop vite, histoire de laisser à tous les acteurs le temps de s'adapter.
La faiblesse du dollar, alliée à la vigueur de la croissance mondiale, arrive à doper les exportations US et à leur tenir la tête hors de l'eau...

... jusquà ce que l'inflation refasse surface, que l'économie européenne soit à bout de souffle, etc. Là, remontée des taux, éventuellement violente. Si l'économie US a eu le temps de redémarrer, ça passe. Sinon... c'est ballot.

Voilà. Y a plus qu'à.

Pendant ce temps, on crame des cierges partout pour que :
- les économies émergentes continuent à stocker des dollars qui se déprécient tous les jours
- l'économie européenne arrive à tenir le choc avec un rapport euro/dollar intenable
- il n'y ait pas d'éclatement de la bulle chinoise.
- (et je vous passe al-Qaida, l'Iran, le Pakistan, Chavez, les cyclones, les incendies, etc.)

Pour moi, ça craque sur le premier point. Mais bon, c'est un pari.
Personne, en réalité, n'en sait rien.
Dans mon cas, c'est pas très grave. Mais je vous assure que Bernanke ou Warren Buffet n'en sont pas plus sur.

ça parait incroyable mais tout ça n'est finalement qu'une question de timing.
Si ça se passe doucement, ça peut aller. Si ça s'accélère un tout petit peu trop, tout le monde part en vrille.
et le moindre grain de sable dans le scénario ci-dessus peut faire déraper l'ensemble.

ciao, on se retrouve dans quelques jours pour les entrées de capitaux.
(déficit commercial à -56.8 Mds pour Septembre)

jeudi 18 octobre 2007

Record, record et... RECORD !

Encore désolé, je poste très rarement, ces temps-ci. Je suis en train de monter une boite, ça me prend un peu de temps.

Et pourtant, il s'en passe des trucs ! Je ne m'éternise pas sur les records à la hausse du pétrole (on flirte avec les 90$), ni ceux à la baisse du dollar, y a des news partout, ça fera juste un peu plus de bruit quand on passera les 100$ le baril et les 1,50$ pour un euro.

Pas de pronostics non plus sur la pseudo fin de la crise du subprime, tellement il est évident, malgré la remontée des marchés, que ces conséquences réelles ne font que commencer.

Non, je voudrais vous parler d'un chiffre qui a fait beaucoup moins de bruit que les sujets précédents et qui est pourtant autrement plus inquiétant. C'est ce dont je vous parle ici depuis 2 ans. Vous vous souvenez, l'économie US dans son ensemble paume environ 60 Mds de $ par mois et a donc besoin d'attirer des capitaux étrangers, dont elle dépend de plus en plus, pour la financer. Jusque là, il rentrait effectivement aux US à peu près cette somme, des fois un peu plus, des fois un peu moins.

Le 16 octobre ( avant-hier) le département du Trésor US a annoncé les chiffres du mois d'août. Et là... Le déficit commercial est de 57,6 Mds, classique, même légèrement mieux. Il aurait donc fallu des entrées de 60 mds de capitaux environ, comme d'hab...

- 163 Mds !!!!

Oui, il y a bien un "moins" devant. Des "entrées négatives" ! Il est SORTI 163 Mds de dollars des US en un mois, ce qui est, dixit Brad Setser, un rythme comparable aux sorties de thunes en Argentine au plus fort de la crise de 2001, qui les a laissé à genoux. Alors évidemment le mois d'août, c'était un peu spécial, et cette donnée est particulièrement sujette aux soubresauts.

Mais si on regarde les tendances sur un an, toujours d'après les calculs de Brad, les entrées de long-terme (celles qui sont censées couvrir le déficit) s'établissent à 594 Mds, ce qui est nettement insuffisant pour couvrir le déficit. La dette US n'est plus financée. Les journaux économiques (pas un mot dans la Tribune, par exemple) ne s'en rendront sans doute compte que dans quelques mois, mais il va bien falloir se rendre à l'évidence : l'économie US n'est pas seulement endettée, elle est en train de flirter avec la faillite.

mardi 14 août 2007

Moins de mal en plus, c'est mieux ?

Vous êtes à découvert. Très à découvert. Et vous dépensez tellement que, tous les mois, vous ajoutez 600€ à votre découvert. Votre banquier s'inquiète. Le mois dernier, vous ajoutez encore 580€. Votre banquier vous appelle et vous dit : "Hé pas mal, vous avez moins plongé que le mois précédent, je pensais que vous auriez fait 610".

Improbable, hein ? Pas du tout. Ce qui se passe en ce moment même aux US. Le déficit commercial du mois de juin s'est établi à - 58,1 Mds de dollars, et certains journalistes trouveraient presque que c'est une bonne nouvelle, parce que les analystes attendaient 61 Mds et que ça représente une baisse de 1,7% par rapport au mois précédent !

Ces gens sont cinglés... D'autant que si vous replacez ce chiffre dans un contexte où le dollar a perdu plus de 10% en quelques mois par rapport aux principales monnaies, (ce qui devrait doper les exportations) il faut être sacrément optimiste pour considérer qu'un passage de 60 Mds de $ de déficit par mois à encore 58 Mds/mois aujourd'hui est une "amélioration" ! Pour moi, on est plutôt dans un contexte où, malgré une très forte dépréciation du dollar, il n'y a toujours aucun progrès sur le déficit commercial qui creuse un peu plus chaque mois la dette à un rythme insoutenable.

vendredi 13 juillet 2007

Statu quo sur le déficit, records en bourse

Allez hop, 60 Mds de dollars de déficit supplémentaires en un mois (mai 2007). On tient cranement la moyenne, toujours strictement aucune amélioration en vue du côté de la locomotive du capitalisme... et tout le monde s'en fout !

La bourse de New-York bat même des records historiques, pendant que le dollar poursuit sa longue glissade (record historique aussi de l'euro face au dollar).

Dormez braves gens, tout est calme. Trou