La fin du capitalisme

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mardi 16 juin 2009

Après le capitalisme

Salut tout le monde,

Quand j'ai commencé ce blog chez 20six, en... 2005 je crois, on n'était pas des millions à raconter comment et pourquoi on allait se prendre une crise économique d'une ampleur sans précédent.
Aujourd'hui, cette crise est avérée, des sites économiques de qualité sont nés, et l'actu de la crise y est parfois très bien traitée. Je vais donc me borner à vous donner mon point de vue, de temps en temps, et puis, si vous le voulez bien, on va surtout passer à autre chose. Et histoire de conserver un déclic d'avance, et bien on commencera (probablement vers Septembre, j'ai besoin de faire une pause) à parler, non pas de "l'après-crise" (il n'y en aura pas), mais de "l'après capitalisme". En espérant que ça vous plaira.

En attendant, voici mes commentaires sur les derniers développements.

La pompe à pognon des US est en train de caler. On arrive donc au stade ultime.
Petit Flashback (les habitués, vous pouvez sauter 10 lignes) :
La cause réelle de cette crise, c'est que l'économie américaine dans son ensemble (et pas uniquement l'Etat ou tel autre acteur) s'est endetté très largement au-dessus de ses moyens pendant de très longues années. La répartition de cette dette à l'intérieur des US, en gros, on s'en tape. (c'est ce qui a été fait jusqu'à maintenant : certains acteurs étaient devenus insolvables, l'Etat s'est endetté pour les renflouer, mais au global, ça ne change rien. La dette est juste passée à l'Etat). On mesure ça, grosso modo, au déficit commercial. (je vends X , j'achète Y, et comme Y est supérieur à X, je dois des thunes, donc... je les emprunte). Tout va bien tant que quelqu'un prête les thunes en question. ça a longtemps été le Japon, c'est maintenant principalement la Chine.

Alors on en est où ?

C'est le département du trésor US qui compte tout ça ; ça s'appelle les "TIC data", et c'est absolument imbitable même pour les pros (demandez à Brad Setser).
Le déficit US s'est très fortement réduit ces derniers mois, et semble s'être établi vers 30-35 Mds de dollars par mois (mais il pourrait remonter avec le pétrole). Il faut donc quand même continuer à emprunter environ 360 Mds de dollars par an au reste du monde... sous peine de faillite. Et les TIC data nous disent quoi ?
Il est entré 89 Mds aux US sur les 12 derniers mois (contre 500 l'année dernière).
Ben, le compte n'y est pas !
Voilà. C'est tout.
Vous voyez, l'économie, c'est fastoche. Le reste, c'est de la parlotte pour justifier les diplômes.

Bon, concrètement, vous vous en doutez, c'est un peu plus tortueux.
On va pas voir Obama à la télé demain matin dire à ces concitoyens : "Bon, les gars, j'ai une bad news, on a un peu merdé sur les prévisionnels, on ferme, tout le monde est viré. Yes, we can"
(et pourtant...)
Il est fort probable, déjà, que les maillons les plus faibles du système financier mondial lâchent les premiers (l'Europe de l'Est a une bonne longueur d'avance, le reste tombera par effet domino. C'est comme la grippe).
Ensuite, l'Etat US (qui emprunte en gros pour tout le monde en ce moment), arrive pour l'instant à fourguer à peu près bien ses emprunts (les Bons du trésor). Mais ça commence à se tendre sérieusement ; résultat, il est obligé d'offrir plus en échange (les taux "réels" remontent) ; ça lui coute plus cher et ça augmente encore le doute sur sa capacité à rembourser, donc la réticence des autres à prêter. Et c'est en fait là qu'est le vrai bug : le doute.
Parce qu'en réalité, ça fait maintenant des années que les US sont insolvables. La grosse, l'immense, différence, c'est que maintenant, on en parle.
Et le doute, pour le capitalisme, c'est mortel.

Alors on va où ? ben j'en sais rien moi, gros malin.
On devrait se situer quelque part entre ces deux scénarios, déjà abondamment décrits ailleurs :
- "l'optimiste" : grosse crise de merde qui dure 10 ans, explosion du chômage, effondrement du dollar et passage de l"hégémonie US probablement à la Chine.
- "le pessimiste" : ça part carrément en sucette.
Le premier est le plus probable (et à vrai dire, le seul) sur des critères UNIQUEMENT économiques. Mais c'est là que TOUS les économistes bugguent : il n'y a pas que des critères économiques. Le climat, évidemment, et plus généralement l'environnement, la biodiversité, voire une petite grippe et surtout ce putain d'impondérable facteur humain, tous ces éléments ne sont pas dans les équations des économistes.

Personnellement, vous le savez, je parie tout sur le dernier. Sur l'étonnante capacité des gens à ne pas vouloir, parfois, rentrer dans les tableurs Excel, même à coups de matraque.
A se parler, à imaginer, à créer, à lire, à écouter, à faire parfois des choses étranges (comme, je sais pas moi, poser des fers à béton sur des lignes TGV), bref à ne pas être là où ils auraient "du" être et a finalement passer à autre chose.

Laissons donc cette crise à qui elle appartient, et à bientôt, donc, pour parler...
d'autre chose ?
;-)

lundi 29 septembre 2008

"Recherche 700 milliards désespérément"

On l'a déjà dit, 700 milliards c'est beaucoup plus qu'une belle somme.
C'est astronomique.

On le lit partout "c'est le contribuable qui va payer".
Ce n'est pas complètement faux. Mais ce n'est pas vrai.

Ce n'est pas vrai parce que le contribuable (surtout américain) est fauché.
S'il est juste que c'est effectivement l'Etat US (donc le contribuable) qui va assumer le risque de plus ou moins value dans cette histoire de rachats des actifs toxiques des banques, ce n'est évidemment pas lui qui va financer (par une augmentation des impôts, par exemple) cette somme historique.
Elle sera évidemment financée par ce qui est pourtant aux racines même de la crise : de l'emprunt.
Or on ne parle plus là de menu fretin...

Qui va prêter une somme pareille ?
La chose est évidemment un peu complexe ; "techniquement", tout le monde va participer.
Oui, oui, vous aussi.
Et ne vous dites pas "ah ben, ça m'étonnerait, j'ai pas un rond, je suis endetté et toujours à découvert". Détrompez vous.
Dès qu'un euro traine sur votre compte, votre banque en place immédiatement une dizaine, entre autres en... bons du trésor US (de l'emprunt américain, donc). C'est donc en partie VOTRE argent qui va servir à financer le mega-emprunt de Mr Paulson. Et ne comptez pas sur votre banque pour vous demander votre avis, c'est pas le moment...
Indirectement, donc, ce sont tous les "acteurs économiques", ménages, entreprises, banques, etc. qui vont mettre la main à la poche.
Des américains aussi, même si, dans leur globalité, ils sont hyper endettés. (On peut en effet avoir un emprunt sur le dos, mais aussi un compte épargne ou des liquidités en même temps).

Maintenant regardons un peu plus globalement : Pour les "acteurs" US, qui sont, on le répète, ultra endettés auprès du reste du monde, acheter des bons du trésor veut dire principalement vendre d'autres actifs (actions, etc.) pour acheter des bons du trésor à la place ! Si l'ensemble de la somme venait de l'intérieur des US, ce mega-emprunt représenterait donc une ponction pure et simple de 700 Mds de $ sur l'économie US ! 700 Mds qui ne viendraient donc plus financer des entreprises, de la consommation, etc.
Ce n'est évidemment pas tenable, et l'essentiel de cette somme viendra donc de l'extérieur. (elle sera "prêtée" par le reste du monde).

Question à la con ? le "reste du monde" a-t-il les moyens ?
Les US vivant depuis longtemps très largement au-dessus de leurs moyens, ils empruntent déjà au reste du monde la bagatelle de 60 Mds de$ par mois. (grosso modo, leur déficit commercial), soit... 720 Mds par an.
Et, comme on le voit régulièrement sur ce blog, cette somme a de plus en plus de mal à être réunie chaque mois. Les flux en provenance du secteur privé sont désormais taris, seul le secteur "officiel" (banques centrales, fonds souverains, etc.) continuant à tenter de combler ce gouffre.
Les 700 Mds du plan Paulson conduiraient donc, (très indirectement) à une augmentation de 100% du financement de l'économie américaine par le reste du monde, qui est déjà à fond !
En admettant (ce qui reste à prouver) que premièrement les fonds principalement chinois, du moyen-orient, brésiliens, russes et norvégiens, (et globalement du monde entier) disposent d'une telle somme et deuxièmement qu'ils acceptent de doubler le rythme déjà hallucinant de leur financement des US, celà représenterait une ponction colossale sur le financement de leurs propres économies !

En pratique, il y a pas mal de failles dans le raisonnement ci-dessus. La souscription de ces bons du trésor va, dans les faits, venir en partie de l'intérieur des US, en partie de l'extérieur. Mais ça ne change pas grand chose au cœur du problème : d'une part, ces 700 Mds qui vont être "immobilisés pour racheter des actifs toxiques" manqueront forcément ailleurs, d'autre part, la majeure partie de cette somme va venir s'ajouter à la dette extérieure US globale, pourtant source de la crise actuelle.

Conclusion : quelles que soient ses modalités et son impact sur la "confiance des marchés", le plan Paulson ne fera qu'aggraver les causes profondes de la crise.
Seul un gigantesque plan de l'ordre de "l'effort de guerre" faisant appel au patriotisme des consommateurs américains (incluant protectionnisme, "préférence nationale", campagnes de dénigrement des produits chinois et étrangers en général, etc. ) pourrait peut-être encore avoir un impact sur l'effondrement de l'économie américaine en arrivant à résorber les déficits en un temps record.

Deux soucis majeurs :
- en faisant celà, les US couperaient les excédents étrangers, qui sont paradoxalement leur principale source de financement, et on entrerait alors dans une guerre économique ouverte.
- deuxième "écueil" et non des moindres, on sait malheureusement où mène une nation toute entière rassemblée derrière son drapeau.

mardi 23 septembre 2008

Plan Paulson : et si ça ne marchait pas ?

Quelqu'un a-t-il des news de Jérôme Kerviel ?

Non , parce que, souvenez-vous... le pataquès international qu'ils nous ont fait pour... combien ? 4 milliards ? Allez, je vous le fais à 5 et on n'en parle plus.
Non, mais franchement, 5 malheureux petits milliards de dollars !
Si quelqu'un le connait, faut lui dire de pas s'en faire au Jérôme, hein, parce que ça fait une paye qu'on a changé de braquet, là.
Aujourd'hui, pour 5 milliards, t'as plus rien !

700 milliards qu'il allonge, le Paulson !
Tiens je vous le fais comme ça :
700 000 000 000 US$ (essayez de taper ça pour voir, ça fait presque mal au pouce. On croirait le prix du pain dans les années 30 en Allemagne)
Z'imaginez ? non, hein ? Moi non plus. On n'est pas encore 7 Mds sur cette planète. On est en train de parler de 100$ par être humain.
Pour un "plan".
Un pauv' plan.

Et vous voulez que je vous dise le pire ?
Eh ben il me plait pas, à moi, ce plan. A ce prix là, avouez que c'est moche.
Henry Paulson doit être furax. "Quoi ? je mets d'un coup d'un seul ce que gagne un Smicard en 333 333 siècles (ouais, j'ai compté, ça nous amène en...beaucoup, vu qu'au 100eme siècle on serait en l'an 10 000) bref, un monceau de thunes incommensurable et Aureliano Buendia n'est toujours pas content ? mais qu'est ce qu'il lui faut ?"
... qu'il se dit le Paulson.
Eh bien je vais vous le dire tout de suite.

Mais d'abord, petit résumé de ce qui est reproché aujourd'hui à ce fameux plan (par "les gens qui savent")
En gros, le plan c'est donc : on creuse un grand trou. L'Etat achète tous les trucs foireux des banques (ils appellent ça des "actifs toxiques", c'est mignon, non ? un peu comme les déchets...), pour ça, il dispose de 700 Mds. On met tout dans le trou. Les banquiers ressortent de sous la table tout propres, débarrassés de leurs actifs toxiques, et reprennent le business en hurlant au monde entier " A y est ! j'ai fini !" (je le sais, ma petite fille fait pareil en sortant des toilettes). Quelques temps plus tard, Paulson descend dans le trou, ressort tout le bardas et essaie de le revendre discretos pour récupérer son pognon.

Quelques reproches sont donc déjà évoqués :
- "C'est pas son pognon". Bah ouais, c'est celui du contribuable. ça on s'en fout, ça fait longtemps qu'on le sait, le contribuable est un con.
- "à combien il les achète les "actifs toxiques" ?" là, c'est des malins : Si Paulson achète pas cher, les actifs étant encore dans les comptes des banques pour des montants parfois fantasques, il va falloir inscrire le prix d'achat dans les bilans donc encore annoncer d'énormes dépréciations ! ça ne résout donc rien. (s'il achète cher, il ne revoit jamais son pognon, et vous revenez au premier point)
- "d'où qu'il les sort donc les 700 milliards ?" Eh oui... je ne vous fais pas l'article, si ça vous intéresse, lisez les 250 posts précédents de ce blog.

Ce dernier point mériterait évidemment un post entier. J'ai la flemme, je ferai ça bientôt. Gros warning à ceux qui répondrait trop vite "la Chine", la planche à billet", etc. On est arrivé là à des hauteurs vertigineuses auxquelles même les énormes excédents chinois se sauraient suffire...

Bref, à part ça, pourquoi il ne me plait pas, ce plan ?
D'abord parce qu'il pourrait bien ne pas suffire... le but du jeu, le SEUL but du jeu à court-terme pour Paulson, c'est de taper fort pour "restaurer la confiance". Et c'est très très aléatoire, la confiance. Pas le genre de truc qui s'achète, même à 700 Mds... et à voir les soubresauts des cours du pétrole ou de la bourse ces derniers temps, c'est loin d'être gagné.

Enfin, et bordel de merde, parce que j'aimerais que ce bon Henry et ces amis reconnaissent enfin qu'ils sont fauchés ! qu'ils pourront redistribuer tous les milliards qu'ils veulent dans tous les sens, tant qu'ils n'auront pas mis un terme au train de vie pharaonique de l'économie US dans son ensemble, ils ne s'en sortiront plus ! J'aimerais que ce bon Paulson et sa clique disent enfin au monde entier et particulièrement aux gouvernants de ce pays qui leur collent au train :

"STOP !!! Arrêtez tout ! on s'est gaufrés !
Il faut de toute urgence stopper les dépenses militaires et la marchandisation de tout ce qui bouge et complètement "définanciariser" nos économies, sinon on va tous y passer"

Ce jour là, je pourrai enfin fermer ce blog et vous dire à tou-te-s :
Le capitalisme est mort, bienvenue au 21eme siècle.

jeudi 18 septembre 2008

Une page se tourne

Je ne vous l'apprends pas : ça s'accélère franchement.
Je zappe donc rapidement toutes les infos que vous pourrez trouver abondamment commentées ailleurs, on va tenter de filer direct à l'essentiel, évidemment beaucoup moins médiatisé.

Ces dernières heures : après la disparition de 3 des 5 empires financiers US qui faisaient encore la pluie et le beau temps dans le monde l'année dernière (Bear Stern, Lehman Brothers, Merril Lynch) et l'implosion du premier assureur US, AIG, il semblerait que le 4eme larron (Morgan Stanley) soit au plus mal. La dernière JP Morgan, ne passera sans doute pas l'hiver non plus. Une des plus grosses banques de dépôt, Washington Mutual (WaMu pour les intimes) chercherait un repreneur d'urgence. Bref, c'est la cata annoncée depuis longtemps sur ce blog et ailleurs.

Le "dernier rempart" d'un capitalisme à l'agonie est constitué d'un quatuor de choc : la Fed, le Trésor, la FDIC et la SEC.
Quatuor sur tous les fronts en ce moment et qui ne sait plus où donner de la tête... et du carnet de chèque.

Questions simples, presque naïves, mais ô combien légitimes et finalement pertinentes :
- "Mais d'où sortent donc ces milliards que les "pouvoirs publics" sont en train de distribuer en urgence ?"
- " je croyais que l'Etat US était lui-même endetté..., donc QUI paye ?"

D'où sortent les milliards en question ?
A ce stade, ils ont principalement été distribués par la "Fed".
Or l'impensable est en train d'arriver sous nos yeux : la toute puissante, la sacro-sainte "Fed ", l'ultime bastion, pourrait bien, à son tour, être au bout du rouleau.
Le trésor US vient, ce soir, d'organiser en urgence des enchères pour... renflouer la Fed !
Vous parliez de ça à un économiste il y a un mois, il vous prenait pour un fou...
Ces enchères sont donc des emprunts, contractés par le Trésor (l'Etat fédéral US) qui prête ensuite à la Fed, qui a elle-même prêtée aux banques, qui... etc. OK.
Mais qui prête donc au Trésor ?

Question beaucoup trop "bête" pour que nos têtes pensantes se la posent. Dommage.
Dommage, parce qu'ils se la posaient, ils pourraient constater, peut-être, une demi-seconde avant d'en crever, qu'elle n'a déjà plus de réponse...
Un économiste vous dira, en haussant les épaules : "Ben, les acteurs économiques !" (genre, il est con lui...)
Un journaliste du Libégaro vous dira, en écarquillant les yeux : "Ben, la Chine, les fonds souverains, tout ça !" (genre, il habite où, lui ?)
Les "acteurs économiques". OK. Mais les acteurs économiques US sont, dans leur globalité, endettés jusqu'aux yeux ! L'argent qu'ils sont en train de prêter au trésor, ils le doivent déjà à d'autres. Qui ?
"La chine, les fonds souverains, tout ça". Super. Est ce si sur ? Pour combien de temps ?

Un seul organisme, directement concerné, regarde un peu ce qui se passe : le département du Trésor US lui-même.
Et ça donne ça, les "TIC data".
Ce sont les thunes qui entrent aux US, sous une forme ou une autre et qui sont donc censées compenser les "pertes" (en très gros, le déficit commercial, soit environ 60 Mds de dollar par mois).
Ces données ont été publiées hier et concernent le mois de juillet. Le verdict est sans appel : -8.2 Mds (ligne 21)
Là où 60 Mds auraient du rentrer, juste pour pouvoir continuer la fuite en avant, non seulement rien n'est entré mais 8 Mds sont même sortis.
Attention, ces données sont très volatiles et d'une telle complexité qu'elles contiennent des marges d'erreur énormes.
(Pour les fans de ce sujet, voir le blog de Brad Setser au "Council on Foreign Relations". Attention, c'est extrêmement dur à lire) Une seule chose est sure : il y a un bug, un immense bug sur le financement de l'ensemble de la dette de l'économie américaine.

Et c'est à mon avis clairement là que ça se passe. Les faillites en tout genre, à côté, c'est quasiment de la rigolade.

Vu le délai de publication de ces données (un mois et demi), les chiffres du mois de septembre ne seront disponibles qu'à la mi novembre. Ils pourraient être encore à peu près potables dans la mesure où les financiers US semblent en train de rapatrier des fonds du monde entier. Mais derrière, c'est le gouffre et l'explosion du truc au grand jour : la faillite de toute l'économie américaine.

C'est donc une page de l'histoire du monde qui est en train de se tourner en ce moment même.
Ceux qui pensent que "bah ! la chine prendra le relais" devraient d'urgence lâcher leurs bouquins.
On ne remplace pas comme ça un "point de croissance" par un autre "point de croissance". On ne remplace pas la production américaine d'armement, de logiciels, de médicaments, de pétrole, etc. par des T-shirts et des jouets en plastique !
Je caricature, ok, mais c'est un système économique entier qui s'effondre, le capitalisme d'Etat chinois n'y survivra pas non plus !

Devant l'énormité du désastre annoncé, les prophètes se sont remis à prêcher.
Toujours les mêmes vieilles soupes :
D'un côté, les libéraux (les vrais, pas la droite pépère), pour lesquels toutes ces crises sont dues aux interventions de l'Etat.
De l'autre, les "interventionnistes" (disons la gauche, ou les "néo-keynésiens"), pour lesquels il faut au contraire plus de règlementation et un poids plus important de l'Etat dans l'économie.
ça fait un siècle que les uns et les autres nous bassinent avec leurs dogmes à deux balles.

Pendant ce temps, des milliers de gens, d'individus, loin de ces stériles querelles construisent, non pas une voie médiane (c'est précisément le système qui est en train de se vautrer) mais une "autre" voie :
Une économie privée ET non capitaliste.
Des dizaines de formes d'entreprises différentes, qui commencent à savoir presque tout faire, des grains de blé à la finance, mais SANS rémunération du capital.

Une page se tourne, et la prochaine est blanche.
A nous de l'écrire.

samedi 12 juillet 2008

Indymac : les faillites commencent

On l'évoquait ici le 7 mars dernier, ce sont probablement près de 200 banques, rien qu'aux US, qui devraient ne pas voir la fin 2009.
Cette crise est en train de prendre doucement, tranquillement, sa pleine ampleur. Et nous vivons en ce moment ses toutes premières conséquences dites "réelles".
Même le FMI, d'habitude rassurant, pour ne pas dire aveugle, estime enfin que le plus gros de la crise est sans doute DEVANT nous !

Indymac est donc considérée par les medias comme la première grosse banque à boire la tasse, même si le "rachat" de countrywide financial par Bank of America et le "sauvetage" de Bear Sterns par JP Morgan (aidé par 30 Mds de $ de la Fed) étaient également des situations de faillite.
Tous ces petits gars étant liés les uns aux autres, il se prépare un joli jeu de domino auquel pas grand chose ne devrait résister.
ça a mis quelques mois, le temps que tout le monde utilise ses maigres réserves et marges de manœuvre pour faire face. Mais on arrive donc au moment où tous les acteurs sont maintenant à plat.
Tous, y compris l'État, vers lequel tout le monde se retourne en ce moment dans une espérance quasi religieuse.

Peu de monde ose se l'avouer, mais la Fed est déjà à bloc. Elle e engagé l'essentiel de ses très maigres réserves (quelques dizaines de milliards) dans le sauvetage de Bear Sterns et ne pourra pas le faire deux fois. Pire, elle s'est engagée à garantir certaines créances foireuses des banques pour, en gros, remplacer les réhausseurs de crédit, alors qu'elle n'en a pas une demi seconde les moyens. Et je ne parle même plus du dilemme Taux/inflation, l'affaire étant pliée depuis plusieurs mois.

Quant à l'Etat fédéral lui-même... son petit chèque de 800$ a fait rigoler tout le monde en mai. (150 Mds cramés pour gagner un mois et ne rien régler, chapeau). Et les rumeurs de "mise sous tutelle" des deux fameux spécialistes du refinancement hypothécaire, Fannie Mac et Freddie Mae, semblent bien optimistes, dans la mesure où celà reviendrait à doubler, d'un coup, la dette de l'Etat !

Bref, c'est le début du carnage à tous les étages et de la panique à bord.
D'autant que, outre ses petites histoires techniques, le seul chiffre important, celui du déficit commercial est obstinément ancré dans la zone insoutenable des 60 Mds de dollars mensuels (59.8 pour le mois de mai).

Comme le faisait très justement remarquer un commentateur du post précédent, une crise d'une telle ampleur ne peut que conduire à des bouleversements politiques majeurs. (Souvenez vous de 1929 et de ce qui a suivi. ça parait peut-être dingue, mais nous en sommes là, il est grand temps de se réveiller !)
Côté gouvernements, les dérives sécuritaires protectionnistes, nationalistes voire xénophobe sont en cours.
Reste à savoir quelle sera l'ampleur de la réaction des peuples.

jeudi 13 décembre 2007

Gesticulations

Grandes manoeuvres en ce moment aux pays de l'argent roi.
Un "plan Paulson" pour limiter la casse sur le subprime, dont le plus gros reste à venir (1er semestre 2008).
Paulson qui, en ce moment, est reparti avec quelques sbires à Pekin pour supplier à nouveau les chinois de laisser filer le yuan (ce qui au passage risquerait d'accélérer encore la chute du dollar, mais bon, comme ils ne le feront pas, hein...)
Une intervention concertée de 5 grandes banques centrales (jamais vue depuis le 11 septembre) pour tenter de donner un peu d'air à un système bancaire asphyxié... des baisses de taux timides, mais déjà quasi suicidaires compte-tenu de la marge de manoeuvre,
et des annonces dans tous les sens, de la méthode Coué en veux-tu en voilà, du colmatage de breche à tout crin, et tout ça en pure perte.

En pure perte, parce que la bete est touchée à mort.
La blessure vient encore de laisser s'écouler 57.8 Mds de dollars en un mois (déficit commercial du mois d'octobre, publié ce jour).
Strictement aucune amélioration, donc. ça recommence même à s'aggraver un peu plus, malgré l'énorme chute du dollar ces derniers mois, censée doper les exportations et réduire les importations. Ben non !
et quand on y regarde de plus près, c'est encore pire !
En gros, les exportations baissent dans quasiment tous les secteurs : -407 millions pour les biens de consommation, -203 millions pour les fournitures industrielles, -513 millions pour les produits alimentaires... et le mois n'est sauvé que par les ventes exceptionnelles de Boeing (+913 millions) ce qui ne durera pas. Côté importations, hausse généralisée, et là, c'est du lourd puisque les causes majeures sont le prix élevé du pétrole (ce sera de pire en pire) et les importations de produits asiatiques. Et là, ils pourront bien laisser le dollar baisser ou faire monter le yuan, ça n'y changera pas grand chose. (les produits importés de Chine ne sont presque plus fabriqués ailleurs et sont généralement des produits "peu chers", dont la demande serait au contraire quasiment renforcée en période de ralentissement économique).
Le gouffre continue donc à se creuser inexorablement et, comme on l'a vu les deux mois derniers, la pompe à fric depuis le reste du monde est à l'arrêt.

Publication la semaine prochaine des entrées de capitaux.
La barre est à 57.8 Mds.
Faites vos jeux... rien ne va plus.

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