La fin du capitalisme

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mardi 13 novembre 2007

Le dollar est "notre monnaie, votre problème"

Tellement de news dans tous les sens qu'on ne sait plus où donner de la tête. Laissons une fois de plus les boursicoteurs à leurs sueurs froides ; avec eux, c'est le dernier qui a parlé qui a raison et comme tout le monde l'ouvre en ce moment, ça donne un yoyo du tonnerre.
Si vous en croisez un, soyez généreux, expliquez lui que ce ne sont pas les girouettes qui commandent au vent...

Bon. Il peut se passer quoi ?
Jetez d'abord un oeil sur ce joli graph chez José, de Carnets de Nuit, qui vous montrera que le gros du "subprime" est encore devant.
Vous en déduirez avec moi une interdiction totale, pour notre ami Bernanke de la Fed, de relever ses taux, au moins jusqu'à mi-2008 (sinon il fait peter la banque).

Ensuite, la croissance US. Récession ou pas récession ? Sincèrement, ça n'intéressera bientôt plus que les bookmakers et les journalistes économiques. Que ce soit finalement un peu plus ou un peu moins de zéro n'est pas le problème ; c'est maintenant quasiment officiel : l'économie US est à l'arrêt. Là encore, interdiction pour Bernanke de relever les taux.

A ce stade, il n'aurait qu'à les baisser encore un peu, et tout le monde serait content. Tout le monde ? non.
car un petit village.. pardon.
car le dollar se pete déjà la gueule et que l'inflation ne va pas tarder à montrer le bout de son nez.
et surtout, SURTOUT, je vous le redis, parce que les US ont besoin de faire entrer des charettes de thunes tous les mois pour financer leur déficit !
et pour les faire entrer, ben... faut les rémunérer ! Donc relever les taux.
Sinon adieux vaches, cochons, boeing, 5e avenue et parachutes dorés.

Je suis effaré de ne voir quasiment aucune news dans les dépeches éco quotidiennes sur ce thème. Pourtant, ça commence à sérieusement grincer, non seulement chez quelques économistes comme Brad Setser, mais aussi dans le sacro-saint Financial Times.
Quelques observateurs alertés, sinon avertis, s'accrochent à la croyance selon laquelle "bah, ceux qui financent sont obligés de continuer à le faire, sinon le système s'effondre". Ce n'est pas bien sérieux, notamment parce que la situation qui faisait dire à un ancien secrétaire au trésor US que le dollar était "notre monnaie, mais votre problème" n'est aujourd'hui plus du tout la même (voir le papier du FT).
Comme le souligne Setser "les US se sont mis tous seuls dans une situation où ils ont besoin de grosses entrées de capitaux alors que la croissance US est plus faible que la moyenne, que les taux US sont plus bas que dans d'autres parties du monde et que les valeurs US sous-performent d'autres valeurs financières..."

Le scénario auquel tout le monde tente désespérément de croire est donc le suivant :
La Fed baisse encore un peu les taux et Bernanke brûle un cierge par jour pour que "ça tienne" quelques mois.
Le dollar continue sa dégringolade, mais pas trop vite, histoire de laisser à tous les acteurs le temps de s'adapter.
La faiblesse du dollar, alliée à la vigueur de la croissance mondiale, arrive à doper les exportations US et à leur tenir la tête hors de l'eau...

... jusquà ce que l'inflation refasse surface, que l'économie européenne soit à bout de souffle, etc. Là, remontée des taux, éventuellement violente. Si l'économie US a eu le temps de redémarrer, ça passe. Sinon... c'est ballot.

Voilà. Y a plus qu'à.

Pendant ce temps, on crame des cierges partout pour que :
- les économies émergentes continuent à stocker des dollars qui se déprécient tous les jours
- l'économie européenne arrive à tenir le choc avec un rapport euro/dollar intenable
- il n'y ait pas d'éclatement de la bulle chinoise.
- (et je vous passe al-Qaida, l'Iran, le Pakistan, Chavez, les cyclones, les incendies, etc.)

Pour moi, ça craque sur le premier point. Mais bon, c'est un pari.
Personne, en réalité, n'en sait rien.
Dans mon cas, c'est pas très grave. Mais je vous assure que Bernanke ou Warren Buffet n'en sont pas plus sur.

ça parait incroyable mais tout ça n'est finalement qu'une question de timing.
Si ça se passe doucement, ça peut aller. Si ça s'accélère un tout petit peu trop, tout le monde part en vrille.
et le moindre grain de sable dans le scénario ci-dessus peut faire déraper l'ensemble.

ciao, on se retrouve dans quelques jours pour les entrées de capitaux.
(déficit commercial à -56.8 Mds pour Septembre)

jeudi 18 octobre 2007

Record, record et... RECORD !

Encore désolé, je poste très rarement, ces temps-ci. Je suis en train de monter une boite, ça me prend un peu de temps.

Et pourtant, il s'en passe des trucs ! Je ne m'éternise pas sur les records à la hausse du pétrole (on flirte avec les 90$), ni ceux à la baisse du dollar, y a des news partout, ça fera juste un peu plus de bruit quand on passera les 100$ le baril et les 1,50$ pour un euro.

Pas de pronostics non plus sur la pseudo fin de la crise du subprime, tellement il est évident, malgré la remontée des marchés, que ces conséquences réelles ne font que commencer.

Non, je voudrais vous parler d'un chiffre qui a fait beaucoup moins de bruit que les sujets précédents et qui est pourtant autrement plus inquiétant. C'est ce dont je vous parle ici depuis 2 ans. Vous vous souvenez, l'économie US dans son ensemble paume environ 60 Mds de $ par mois et a donc besoin d'attirer des capitaux étrangers, dont elle dépend de plus en plus, pour la financer. Jusque là, il rentrait effectivement aux US à peu près cette somme, des fois un peu plus, des fois un peu moins.

Le 16 octobre ( avant-hier) le département du Trésor US a annoncé les chiffres du mois d'août. Et là... Le déficit commercial est de 57,6 Mds, classique, même légèrement mieux. Il aurait donc fallu des entrées de 60 mds de capitaux environ, comme d'hab...

- 163 Mds !!!!

Oui, il y a bien un "moins" devant. Des "entrées négatives" ! Il est SORTI 163 Mds de dollars des US en un mois, ce qui est, dixit Brad Setser, un rythme comparable aux sorties de thunes en Argentine au plus fort de la crise de 2001, qui les a laissé à genoux. Alors évidemment le mois d'août, c'était un peu spécial, et cette donnée est particulièrement sujette aux soubresauts.

Mais si on regarde les tendances sur un an, toujours d'après les calculs de Brad, les entrées de long-terme (celles qui sont censées couvrir le déficit) s'établissent à 594 Mds, ce qui est nettement insuffisant pour couvrir le déficit. La dette US n'est plus financée. Les journaux économiques (pas un mot dans la Tribune, par exemple) ne s'en rendront sans doute compte que dans quelques mois, mais il va bien falloir se rendre à l'évidence : l'économie US n'est pas seulement endettée, elle est en train de flirter avec la faillite.

mardi 28 août 2007

Credit Crunch, Acte 2

Après une petite pause la semaine dernière, le spectacle reprend sur la grande scène du capitalisme.
Principalement basée sur quelques déclarations rassurantes de responsables politiques qui n'y peuvent rien, des injections des banques centrales qui ne résolvent rien et quelques chiffres datant du mois de juillet (sic !), la remontée des indices boursiers aura semble-t-il été de courte durée.

Les milliards de dollars des banques centrales ont réglé temporairement une crise de liquidités, or, il va bien falloir s'y résoudre, nous avons affaire à une crise du crédit. C'est assez différent, et la confiance des investisseurs a de nouveau foutu le camp.
Il faut croire que les injections en dollar souffrent des mêmes travers que leurs cousines en silicone : ça fait illusion au début, mais ces choses qui tiennent en l'air toutes seules ont un je-ne-sais-quoi d'artificiel qui fait, que, que vous voulez vous, le coeur n'y est plus.

Tout celà est donc en train de retomber cruellement, et, si les logements de 3 à 4 millions de ménages modestes n'étaient pas en jeu, je vous avoue que ça me ferait plutôt rigoler. Bref, l'occasion de constater une nouvelle fois que ce système, avec tous ses experts, ses analystes et ses spécialistes, ses courbes, ses moyennes et ses prévisions, ne repose finalement que sur la confiance et qu'elle est parfois bien fragile.
On notera au passage que parler de "confiance des investisseurs" est assez cocasse ; leur métier n'est-il pas précisément, de prendre des risques ?

Personne ne sait évidemment comment ça va tourner maintenant, mais, si les choses devaient s'aggraver, le bouc émissaire est déjà désigné : notre bon Ben Bernanke a en effet fait l'objet d'un lynchage médiatique dans les règles de l'art et il ne reste plus qu'à l'immoler sur l'autel de l'argent pas cher.

Mais, comme je vous le disais dans un post récent, la Fed et son débonnaire de patron, ne servent, en gros, plus à rien.
Les investisseurs ont beau hurler qu'il faut baisser les taux, la marge de manoeuvre de la Fed est quasi inexistante. L'inflation est déjà sortie des limites officiellement acceptables et une baisse des taux risquerait de la voir s'envoler.
Bien pire, je crois que le spectre de l'inflation (c'est comme ça qu'on dit pour faire pro, le "spectre de l'inflation", ne me demandez pas pourquoi) n'est jamais qu'un épouvantail.
Car ce ne sont pas que quelques millions de ménages qui vivent à crédit, mais l'économie américaine toute entière !
Et une baisse des taux aux US pourrait avoir comme conséquence d'assécher dangereusement la pompe à pognon en provenance de l'étranger. Autant vous dire que dans ce cas là, ce ne sont pas que quelques millions de pavillions de banlieue qui trinqueraient, mais qu'il faudrait songer sérieusement à vendre la Maison Blanche...

Du coup, de nombreuses voix réclament plutôt aujourd'hui des mesures fiscales en faveur des ménages endettés. Ce ne serait certes pas la première fois que les "libéraux" fermeraient les yeux sur une intervention de l'état pour sauver leur beau marché censé se réguler tout seul, mais, cette fois, ce serait, pensez donc, en faveur... des pauvres !

Outre le fait que ça ne ferait que transférer la dette à l'Etat, autant dire, qu'au pays du "libéralisme", ça ferait doublement mal au cul.

mardi 14 août 2007

Moins de mal en plus, c'est mieux ?

Vous êtes à découvert. Très à découvert. Et vous dépensez tellement que, tous les mois, vous ajoutez 600€ à votre découvert. Votre banquier s'inquiète. Le mois dernier, vous ajoutez encore 580€. Votre banquier vous appelle et vous dit : "Hé pas mal, vous avez moins plongé que le mois précédent, je pensais que vous auriez fait 610".

Improbable, hein ? Pas du tout. Ce qui se passe en ce moment même aux US. Le déficit commercial du mois de juin s'est établi à - 58,1 Mds de dollars, et certains journalistes trouveraient presque que c'est une bonne nouvelle, parce que les analystes attendaient 61 Mds et que ça représente une baisse de 1,7% par rapport au mois précédent !

Ces gens sont cinglés... D'autant que si vous replacez ce chiffre dans un contexte où le dollar a perdu plus de 10% en quelques mois par rapport aux principales monnaies, (ce qui devrait doper les exportations) il faut être sacrément optimiste pour considérer qu'un passage de 60 Mds de $ de déficit par mois à encore 58 Mds/mois aujourd'hui est une "amélioration" ! Pour moi, on est plutôt dans un contexte où, malgré une très forte dépréciation du dollar, il n'y a toujours aucun progrès sur le déficit commercial qui creuse un peu plus chaque mois la dette à un rythme insoutenable.

vendredi 10 août 2007

Les mouches ont changé d'âne

train Alors que tous les regards de la finance internationale sont tournés vers le subprime et le risque de "credit crunch", il se peut qu'ils ratent, du coup, une menace bien plus importante encore. Car tout au bout de ce gigantesque système de crédit, il y a... l'économie US dans son ensemble, et le financement de sa dette, en particulier par la Chine.

Les récentes déclarations de He Fan (de l'académie chinoise des sciences sociales) suggérant que la Chine pourrait vendre ses bons du Trésor US et de Xia Bin (Directeur du centre de recherche sur le développement), traitant au passage les sénateurs américains d'idiots, ont provoqué une vague de réactions, (articles dans des blogs spécialisés et jusqu'au Washington Post) allant jusqu'à une intervention du secrétaire d'Etat au trésor, Paulson, et du président Bush.

C'est qu'on ne parle plus ici de quelques "pour cent" de plus ou de moins en bourse, mais bien du financement de la première économie au monde.

Comme le fait très justement remarquer Brad Setser, "une des leçons de la théorie des jeux est qu'une menace n'est couteuse que si elle échoue". Peu importe, dès lors, de disserter sur la probabilité que le gouvernement chinois mette ou pas cette menace à exécution. Le fait est qu'elle existe et qu'elle aboutit, de mon point de vue, à une redistribution majeure des cartes de la puissance mondiale.

La vraie nouvelle, dans cette histoire, n'est en effet pas la dépendance croissante de l'économie US vis-à-vis des financements étrangers (qu'on suit sur ce blog depuis près de deux ans), ni même le risque (qui existe pourtant) qu'un des créanciers ne cesse d'alimenter la pompe. La vraie nouvelle, c'est, aussi fou que ça puisse paraitre, que les pouvoirs publics US commencent à s'en rendre compte !

En quelques lignes, Xia Bin vient juste de démontrer au monde entier (quelques "silly senators" en tête), que les Etats-Unis n'étaient plus en mesure de réclamer quoi que ce soit à la Chine, que le gouvernement chinois les tenaient, en gros, par les c..., et que leur leadership mondial était, de fait, terminé.

Chine

Il va sans dire que les conséquences de cette prise de conscience sont immenses. Je vois mal, par exemple, les Etats-Unis se lancer dans un conflit avec l'Iran, fournisseur de pétrole à la Chine, sans l'accord de leur banquier... Nul doute aussi, que le capitalisme vient là de se trouver un nouveau maitre, et qu'il semble finalement prospérer beaucoup plus vite dans une bonne vieille dictature que dans nos pseudos démocraties occidentales. Dès lors, ceux qui rêvaient encore d'un alignement "par le haut" des conditions sociales, sanitaires, environnementales peuvent revoir leur copie.

On ne s'aligne que sur le leader, et il vient de changer.

jeudi 9 août 2007

Ceci n'est pas un exercice

ça chauffe sévère sur les marchés. Je passe rapidos sur les montagnes russes des indices boursiers ces derniers jours, le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne sont pas franchement sereins les p'tits gars !

Aujourd'hui, les freins crissent suite à une annonce de la BNP (Ouais !! cocorico, un truc français à la télé mondiale !). La bande à Pébereau qui avait annoncé qu'elle n'était pas vulnérable à la désormais célèbre crise du subprime, a finalement suspendu 3 fonds. ça fait désordre, grave.

Dans les news rigolotes du jour, d'abord l'intervention conjointe de la BCE et de la Fed. La BCE a injecté 94,8 Mds d'euros, soit un montant supérieur à leur intervention après le 11 septembre ! quand je vous dis que c'est la foire ! On notera au passage que les boss de la Fed ET de la BCE avaient annoncé, eux aussi, il y a quelques jours, que "Ouais, pas grave, c'est rien, aucun risque, tout ça". Et paf, intervention !

Enfin, une dépeche AFP, repérée par Carnets de nuit (merci !). descente dangereuse

Bush et Paulson mettent en garde la Chine contre toute vente de Bons du Trésor US. Elle est bien bonne... Moi je lis : "La Chine pourrait donc bien vendre des bons du trésor US et c'est le branle-bas de combat à la maison Blanche, qui ne trouve rien d'autre à dire que "Hé ! euh... non, faisez pas les cons les gars !". Tout ça parce que des petits gars chinois ont estimé que si ils voulaient faire chier, ils pouvaient.

Alors où est la vraie news là-dedans ? Que des gens, dont des chinois, le pense, c'est pas nouveau, c'est évident. Qu'ils le disent, ok ; qu'un canard anglais décide de le relayer, pourquoi pas... mais qu'on mobilise un président US et son secrétaire d'Etat pour répondre à un "responsable de l'académie chinoise des sciences sociales", voilà qui est étonnant ! Surtout s'ils se déplacent pour dire que c'est "absurde" !

Mais alors pourquoi une telle mobilisation, messieurs ? Ne serait-ce pas précisément parce que ce n'est pas du tout aussi absurde, que vous voulez bien le dire ? J'en connais une qui doit bien se fendre la poire en ce moment.

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