La fin du capitalisme

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mardi 16 juin 2009

Après le capitalisme

Salut tout le monde,

Quand j'ai commencé ce blog chez 20six, en... 2005 je crois, on n'était pas des millions à raconter comment et pourquoi on allait se prendre une crise économique d'une ampleur sans précédent.
Aujourd'hui, cette crise est avérée, des sites économiques de qualité sont nés, et l'actu de la crise y est parfois très bien traitée. Je vais donc me borner à vous donner mon point de vue, de temps en temps, et puis, si vous le voulez bien, on va surtout passer à autre chose. Et histoire de conserver un déclic d'avance, et bien on commencera (probablement vers Septembre, j'ai besoin de faire une pause) à parler, non pas de "l'après-crise" (il n'y en aura pas), mais de "l'après capitalisme". En espérant que ça vous plaira.

En attendant, voici mes commentaires sur les derniers développements.

La pompe à pognon des US est en train de caler. On arrive donc au stade ultime.
Petit Flashback (les habitués, vous pouvez sauter 10 lignes) :
La cause réelle de cette crise, c'est que l'économie américaine dans son ensemble (et pas uniquement l'Etat ou tel autre acteur) s'est endetté très largement au-dessus de ses moyens pendant de très longues années. La répartition de cette dette à l'intérieur des US, en gros, on s'en tape. (c'est ce qui a été fait jusqu'à maintenant : certains acteurs étaient devenus insolvables, l'Etat s'est endetté pour les renflouer, mais au global, ça ne change rien. La dette est juste passée à l'Etat). On mesure ça, grosso modo, au déficit commercial. (je vends X , j'achète Y, et comme Y est supérieur à X, je dois des thunes, donc... je les emprunte). Tout va bien tant que quelqu'un prête les thunes en question. ça a longtemps été le Japon, c'est maintenant principalement la Chine.

Alors on en est où ?

C'est le département du trésor US qui compte tout ça ; ça s'appelle les "TIC data", et c'est absolument imbitable même pour les pros (demandez à Brad Setser).
Le déficit US s'est très fortement réduit ces derniers mois, et semble s'être établi vers 30-35 Mds de dollars par mois (mais il pourrait remonter avec le pétrole). Il faut donc quand même continuer à emprunter environ 360 Mds de dollars par an au reste du monde... sous peine de faillite. Et les TIC data nous disent quoi ?
Il est entré 89 Mds aux US sur les 12 derniers mois (contre 500 l'année dernière).
Ben, le compte n'y est pas !
Voilà. C'est tout.
Vous voyez, l'économie, c'est fastoche. Le reste, c'est de la parlotte pour justifier les diplômes.

Bon, concrètement, vous vous en doutez, c'est un peu plus tortueux.
On va pas voir Obama à la télé demain matin dire à ces concitoyens : "Bon, les gars, j'ai une bad news, on a un peu merdé sur les prévisionnels, on ferme, tout le monde est viré. Yes, we can"
(et pourtant...)
Il est fort probable, déjà, que les maillons les plus faibles du système financier mondial lâchent les premiers (l'Europe de l'Est a une bonne longueur d'avance, le reste tombera par effet domino. C'est comme la grippe).
Ensuite, l'Etat US (qui emprunte en gros pour tout le monde en ce moment), arrive pour l'instant à fourguer à peu près bien ses emprunts (les Bons du trésor). Mais ça commence à se tendre sérieusement ; résultat, il est obligé d'offrir plus en échange (les taux "réels" remontent) ; ça lui coute plus cher et ça augmente encore le doute sur sa capacité à rembourser, donc la réticence des autres à prêter. Et c'est en fait là qu'est le vrai bug : le doute.
Parce qu'en réalité, ça fait maintenant des années que les US sont insolvables. La grosse, l'immense, différence, c'est que maintenant, on en parle.
Et le doute, pour le capitalisme, c'est mortel.

Alors on va où ? ben j'en sais rien moi, gros malin.
On devrait se situer quelque part entre ces deux scénarios, déjà abondamment décrits ailleurs :
- "l'optimiste" : grosse crise de merde qui dure 10 ans, explosion du chômage, effondrement du dollar et passage de l"hégémonie US probablement à la Chine.
- "le pessimiste" : ça part carrément en sucette.
Le premier est le plus probable (et à vrai dire, le seul) sur des critères UNIQUEMENT économiques. Mais c'est là que TOUS les économistes bugguent : il n'y a pas que des critères économiques. Le climat, évidemment, et plus généralement l'environnement, la biodiversité, voire une petite grippe et surtout ce putain d'impondérable facteur humain, tous ces éléments ne sont pas dans les équations des économistes.

Personnellement, vous le savez, je parie tout sur le dernier. Sur l'étonnante capacité des gens à ne pas vouloir, parfois, rentrer dans les tableurs Excel, même à coups de matraque.
A se parler, à imaginer, à créer, à lire, à écouter, à faire parfois des choses étranges (comme, je sais pas moi, poser des fers à béton sur des lignes TGV), bref à ne pas être là où ils auraient "du" être et a finalement passer à autre chose.

Laissons donc cette crise à qui elle appartient, et à bientôt, donc, pour parler...
d'autre chose ?
;-)

vendredi 10 octobre 2008

Vers une fermeture des bourses mondiale ?

Un G7 d'urgence doit se réunir dans quelques heures.
Plus rien ne semble capable d'enrayer la chute.

Je ne sais pas ce qui sortira de ce G7, les spéculations vont bon train ; personnellement, ça ne m'étonnerait pas tant que ça qu'on y évoque une fermeture temporaire des bourses, comme celà avait été fait au lendemain du 11 Septembre (avec 1% de chances que ça se fasse).

Bref, quoiqu'il en soit, l'état de panique des marchés n'est qu'une des données du problème, ni sa cause, ni sa solution.

Il va falloir regarder de très près la publication, à 14h30, du déficit commercial US.
Comme le savent les lecteurs de ce blog, c'est principalement de là que ça vient, et on n'en sortira pas sans une résorption (maintenant forcément violente) de ce déficit.
La crise est telle que les premiers effets devraient commencer à se faire sentir sur les importations US.
Mais plusieurs questions vont rester en suspend : à quelle hauteur, à quelle vitesse ? Les exportations ne vont-elles pas commencer à chuter aussi ? et surtout, quid du financement de déficit ?
Premiers éléments de réponse à 14h30 pour le déficit du mois d'aout.
TIC data (entrée de capitaux) du mois d'aout dans quelques jours.
Et surtout, données du mois de septembre.. dans un mois. ça va être très très long...
(post recap sur ce thème central dans les prochains jours, avec graphs etc.)

Impossible d'évaluer quels auront été les dégats sur "l'économie réelle" entretemps.
Chez les gros, General Motors serait au plus mal et ne passera sans doute pas l'hiver.
Chez les petits, toutes les PMEs du monde qui vont avoir besoin de se refinancer dans les mois qui viennent pourraient bien boire la tasse.
ça fait combien ? je n'en sais rien. Une sur 100 ? une sur 10 ? une sur 3 ?
Une seule chose est sure : ça va être absolument terrible.

(et un immense merci à tous les lecteurs et commentateurs de ce blog)
Je savais déjà que j'avais le meilleur blog du monde, je suis maintenant très fier d'y avoir aussi les meilleurs commentateurs ;-)

Petit test avant de partir : si vous pensez qu'il n'y a que 2 candidats à l'élection présidentielle US, vous lisez encore trop la presse et pas assez les blogs.
Tcho.

lundi 29 septembre 2008

"Recherche 700 milliards désespérément"

On l'a déjà dit, 700 milliards c'est beaucoup plus qu'une belle somme.
C'est astronomique.

On le lit partout "c'est le contribuable qui va payer".
Ce n'est pas complètement faux. Mais ce n'est pas vrai.

Ce n'est pas vrai parce que le contribuable (surtout américain) est fauché.
S'il est juste que c'est effectivement l'Etat US (donc le contribuable) qui va assumer le risque de plus ou moins value dans cette histoire de rachats des actifs toxiques des banques, ce n'est évidemment pas lui qui va financer (par une augmentation des impôts, par exemple) cette somme historique.
Elle sera évidemment financée par ce qui est pourtant aux racines même de la crise : de l'emprunt.
Or on ne parle plus là de menu fretin...

Qui va prêter une somme pareille ?
La chose est évidemment un peu complexe ; "techniquement", tout le monde va participer.
Oui, oui, vous aussi.
Et ne vous dites pas "ah ben, ça m'étonnerait, j'ai pas un rond, je suis endetté et toujours à découvert". Détrompez vous.
Dès qu'un euro traine sur votre compte, votre banque en place immédiatement une dizaine, entre autres en... bons du trésor US (de l'emprunt américain, donc). C'est donc en partie VOTRE argent qui va servir à financer le mega-emprunt de Mr Paulson. Et ne comptez pas sur votre banque pour vous demander votre avis, c'est pas le moment...
Indirectement, donc, ce sont tous les "acteurs économiques", ménages, entreprises, banques, etc. qui vont mettre la main à la poche.
Des américains aussi, même si, dans leur globalité, ils sont hyper endettés. (On peut en effet avoir un emprunt sur le dos, mais aussi un compte épargne ou des liquidités en même temps).

Maintenant regardons un peu plus globalement : Pour les "acteurs" US, qui sont, on le répète, ultra endettés auprès du reste du monde, acheter des bons du trésor veut dire principalement vendre d'autres actifs (actions, etc.) pour acheter des bons du trésor à la place ! Si l'ensemble de la somme venait de l'intérieur des US, ce mega-emprunt représenterait donc une ponction pure et simple de 700 Mds de $ sur l'économie US ! 700 Mds qui ne viendraient donc plus financer des entreprises, de la consommation, etc.
Ce n'est évidemment pas tenable, et l'essentiel de cette somme viendra donc de l'extérieur. (elle sera "prêtée" par le reste du monde).

Question à la con ? le "reste du monde" a-t-il les moyens ?
Les US vivant depuis longtemps très largement au-dessus de leurs moyens, ils empruntent déjà au reste du monde la bagatelle de 60 Mds de$ par mois. (grosso modo, leur déficit commercial), soit... 720 Mds par an.
Et, comme on le voit régulièrement sur ce blog, cette somme a de plus en plus de mal à être réunie chaque mois. Les flux en provenance du secteur privé sont désormais taris, seul le secteur "officiel" (banques centrales, fonds souverains, etc.) continuant à tenter de combler ce gouffre.
Les 700 Mds du plan Paulson conduiraient donc, (très indirectement) à une augmentation de 100% du financement de l'économie américaine par le reste du monde, qui est déjà à fond !
En admettant (ce qui reste à prouver) que premièrement les fonds principalement chinois, du moyen-orient, brésiliens, russes et norvégiens, (et globalement du monde entier) disposent d'une telle somme et deuxièmement qu'ils acceptent de doubler le rythme déjà hallucinant de leur financement des US, celà représenterait une ponction colossale sur le financement de leurs propres économies !

En pratique, il y a pas mal de failles dans le raisonnement ci-dessus. La souscription de ces bons du trésor va, dans les faits, venir en partie de l'intérieur des US, en partie de l'extérieur. Mais ça ne change pas grand chose au cœur du problème : d'une part, ces 700 Mds qui vont être "immobilisés pour racheter des actifs toxiques" manqueront forcément ailleurs, d'autre part, la majeure partie de cette somme va venir s'ajouter à la dette extérieure US globale, pourtant source de la crise actuelle.

Conclusion : quelles que soient ses modalités et son impact sur la "confiance des marchés", le plan Paulson ne fera qu'aggraver les causes profondes de la crise.
Seul un gigantesque plan de l'ordre de "l'effort de guerre" faisant appel au patriotisme des consommateurs américains (incluant protectionnisme, "préférence nationale", campagnes de dénigrement des produits chinois et étrangers en général, etc. ) pourrait peut-être encore avoir un impact sur l'effondrement de l'économie américaine en arrivant à résorber les déficits en un temps record.

Deux soucis majeurs :
- en faisant celà, les US couperaient les excédents étrangers, qui sont paradoxalement leur principale source de financement, et on entrerait alors dans une guerre économique ouverte.
- deuxième "écueil" et non des moindres, on sait malheureusement où mène une nation toute entière rassemblée derrière son drapeau.

jeudi 18 septembre 2008

Une page se tourne

Je ne vous l'apprends pas : ça s'accélère franchement.
Je zappe donc rapidement toutes les infos que vous pourrez trouver abondamment commentées ailleurs, on va tenter de filer direct à l'essentiel, évidemment beaucoup moins médiatisé.

Ces dernières heures : après la disparition de 3 des 5 empires financiers US qui faisaient encore la pluie et le beau temps dans le monde l'année dernière (Bear Stern, Lehman Brothers, Merril Lynch) et l'implosion du premier assureur US, AIG, il semblerait que le 4eme larron (Morgan Stanley) soit au plus mal. La dernière JP Morgan, ne passera sans doute pas l'hiver non plus. Une des plus grosses banques de dépôt, Washington Mutual (WaMu pour les intimes) chercherait un repreneur d'urgence. Bref, c'est la cata annoncée depuis longtemps sur ce blog et ailleurs.

Le "dernier rempart" d'un capitalisme à l'agonie est constitué d'un quatuor de choc : la Fed, le Trésor, la FDIC et la SEC.
Quatuor sur tous les fronts en ce moment et qui ne sait plus où donner de la tête... et du carnet de chèque.

Questions simples, presque naïves, mais ô combien légitimes et finalement pertinentes :
- "Mais d'où sortent donc ces milliards que les "pouvoirs publics" sont en train de distribuer en urgence ?"
- " je croyais que l'Etat US était lui-même endetté..., donc QUI paye ?"

D'où sortent les milliards en question ?
A ce stade, ils ont principalement été distribués par la "Fed".
Or l'impensable est en train d'arriver sous nos yeux : la toute puissante, la sacro-sainte "Fed ", l'ultime bastion, pourrait bien, à son tour, être au bout du rouleau.
Le trésor US vient, ce soir, d'organiser en urgence des enchères pour... renflouer la Fed !
Vous parliez de ça à un économiste il y a un mois, il vous prenait pour un fou...
Ces enchères sont donc des emprunts, contractés par le Trésor (l'Etat fédéral US) qui prête ensuite à la Fed, qui a elle-même prêtée aux banques, qui... etc. OK.
Mais qui prête donc au Trésor ?

Question beaucoup trop "bête" pour que nos têtes pensantes se la posent. Dommage.
Dommage, parce qu'ils se la posaient, ils pourraient constater, peut-être, une demi-seconde avant d'en crever, qu'elle n'a déjà plus de réponse...
Un économiste vous dira, en haussant les épaules : "Ben, les acteurs économiques !" (genre, il est con lui...)
Un journaliste du Libégaro vous dira, en écarquillant les yeux : "Ben, la Chine, les fonds souverains, tout ça !" (genre, il habite où, lui ?)
Les "acteurs économiques". OK. Mais les acteurs économiques US sont, dans leur globalité, endettés jusqu'aux yeux ! L'argent qu'ils sont en train de prêter au trésor, ils le doivent déjà à d'autres. Qui ?
"La chine, les fonds souverains, tout ça". Super. Est ce si sur ? Pour combien de temps ?

Un seul organisme, directement concerné, regarde un peu ce qui se passe : le département du Trésor US lui-même.
Et ça donne ça, les "TIC data".
Ce sont les thunes qui entrent aux US, sous une forme ou une autre et qui sont donc censées compenser les "pertes" (en très gros, le déficit commercial, soit environ 60 Mds de dollar par mois).
Ces données ont été publiées hier et concernent le mois de juillet. Le verdict est sans appel : -8.2 Mds (ligne 21)
Là où 60 Mds auraient du rentrer, juste pour pouvoir continuer la fuite en avant, non seulement rien n'est entré mais 8 Mds sont même sortis.
Attention, ces données sont très volatiles et d'une telle complexité qu'elles contiennent des marges d'erreur énormes.
(Pour les fans de ce sujet, voir le blog de Brad Setser au "Council on Foreign Relations". Attention, c'est extrêmement dur à lire) Une seule chose est sure : il y a un bug, un immense bug sur le financement de l'ensemble de la dette de l'économie américaine.

Et c'est à mon avis clairement là que ça se passe. Les faillites en tout genre, à côté, c'est quasiment de la rigolade.

Vu le délai de publication de ces données (un mois et demi), les chiffres du mois de septembre ne seront disponibles qu'à la mi novembre. Ils pourraient être encore à peu près potables dans la mesure où les financiers US semblent en train de rapatrier des fonds du monde entier. Mais derrière, c'est le gouffre et l'explosion du truc au grand jour : la faillite de toute l'économie américaine.

C'est donc une page de l'histoire du monde qui est en train de se tourner en ce moment même.
Ceux qui pensent que "bah ! la chine prendra le relais" devraient d'urgence lâcher leurs bouquins.
On ne remplace pas comme ça un "point de croissance" par un autre "point de croissance". On ne remplace pas la production américaine d'armement, de logiciels, de médicaments, de pétrole, etc. par des T-shirts et des jouets en plastique !
Je caricature, ok, mais c'est un système économique entier qui s'effondre, le capitalisme d'Etat chinois n'y survivra pas non plus !

Devant l'énormité du désastre annoncé, les prophètes se sont remis à prêcher.
Toujours les mêmes vieilles soupes :
D'un côté, les libéraux (les vrais, pas la droite pépère), pour lesquels toutes ces crises sont dues aux interventions de l'Etat.
De l'autre, les "interventionnistes" (disons la gauche, ou les "néo-keynésiens"), pour lesquels il faut au contraire plus de règlementation et un poids plus important de l'Etat dans l'économie.
ça fait un siècle que les uns et les autres nous bassinent avec leurs dogmes à deux balles.

Pendant ce temps, des milliers de gens, d'individus, loin de ces stériles querelles construisent, non pas une voie médiane (c'est précisément le système qui est en train de se vautrer) mais une "autre" voie :
Une économie privée ET non capitaliste.
Des dizaines de formes d'entreprises différentes, qui commencent à savoir presque tout faire, des grains de blé à la finance, mais SANS rémunération du capital.

Une page se tourne, et la prochaine est blanche.
A nous de l'écrire.

mardi 15 juillet 2008

Crise : quels pouvoirs ont réellement les "pouvoirs publics" ?

Depuis maintenant un an, l'onde de choc déclenchée par l'explosion des subprimes se propage à toute l'économie.
Immobilier, finance, banque, automobile, industrie, demain assurance, services, l'assèchement du crédit et de la confiance se répand comme une trainée de poudre laissant de plus en plus rarement aux investisseurs le temps de reprendre leur souffle avant d'attaquer un nouveau secteur, un nouvel épisode.

Cette crise du crédit, moteur du capitalisme à l'américaine, conjuguée à l'envolée des prix du pétrole, des matières premières en général et de l'alimentation, provoque des turbulences telles que tous les regards se tournent peu à peu vers le dernier rempart du libéralisme : les pouvoirs publics.
Un comble, sans commentaire.

Le patron de la Fed, Ben Bernanke, que sa bonne bouille faisait encore passer l'année dernière pour un bon père de famille un peu mollasson, n'a jamais eu autant de pouvoir, jamais concentré autant d'espoirs et d'attentes fiévreuses, jamais eu autant d'yeux rivés à ses lèvres, à l'affut du moindre mot, de la moindre inflexion dans le ton, qui sera ensuite commentée à l'envie par les haruspices de la finance, analysée, décortiquée, relayée à l'infini par les media financiers du monde entier et fera valser les milliards pour construire finalement la "tendance" du jour. Ou pas.

Ben Bernanke Ou pas, parce que ce bon Ben n'est jamais que ce à quoi il ressemble : un nain de jardin perdu dans la jungle financière mondiale.

Il va bien falloir se l'avouer : Ben est déjà à fond, depuis plusieurs mois, et avec lui tous les pouvoirs publics US.

En plus de la Fed, sur tous les fronts depuis un an, la faillite de Indymac a vu l'entrée en scène d'un nouvel acteur, la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation). Un organisme, né de la crise de 1929, chargé de garantir les dépôts jusqu'à 100 000$ en cas de faillite bancaire.

Quels sont donc les pouvoirs réels de ses surveillants de baignade du capitalisme ?
Ont-ils vraiment autre chose dans leur joli maillot rouge que les poumons gonflés à l'hélium de Pamela Anderson ?

Avant le striptease, quelques ordres de grandeur. pamela anderson Les subprimes et leurs conséquences ont d'ores et déjà couté plus de 300 Milliards de dollars de dépréciations en tous genres aux banques.
La note complète pourrait bien être plus proche de 1 600 Mds, voire 3 000 Mds selon certaines estimations.
L'ensemble des crédits hypothécaires US représente 12 000 Mds, dont environ 40%, soit 5 000 Mds, "portés" par les désormais célèbres "Fannie" et "Freddie", en grande difficulté.

En face, nos glorieux sauveteurs de Alerte à Malibu Wall-Street alignent :
- quelques dizaines de milliards pour la Fed. (40 environ)
- 60 milliards pour la FDIC.

Le "sauvetage" de Bear Stern a déjà engagé 30 Mds de la Fed. La faillite de Indymac devrait couter entre 4 et 8 Mds à la FDIC, soit en gros 10% de ses réserves, pour une seule faillite, certes grosse, mais on en attend de 100 à 200 dans les mois qui viennent !

On le voit, les "réserves" en question ne passeront peut-être même pas l'arrivée du tour et il va falloir une sacrée dose d'EPO pour atteindre Noël...

Alors il reste quoi ?

Il reste LE super pouvoir en carton : la confiance. La sacro sainte confiance dans la super puissance de l'Etat américain.
Et ça sert à quoi la confiance dans ces cas-là ? ça sert à dire : "si les banques sont en difficulté, moi, l'Etat, je leur prêterai des thunes. Donc elles ne feront pas faillite. ite missa est."

Car c'est une évidence, c'est écrit (entre les lignes) dans la Bible: l'Etat américain ne PEUT pas faire faillite.
L'armée US ne PEUT pas perdre au Vietnam, ni en Irak, ni en Afghanistan, General Motors ne PEUT pas faire faillite, on ne dira pas demain "l'emprunt américain" comme on a dit hier "l'emprunt russe". Ce n'est pas POSSIBLE.
voilà. Puisqu'on vous le dit,
...à la télé...

Plus sérieusement, avant qu'on en soit là, il est donc déjà certain que le seul pouvoir réel des pouvoirs publics US est en réalité de garantir qu'ils prêteront un argent qu'ils n'ont pas aux établissements en difficulté.

ça parait dingue, et pourtant, ça marche ; mais ce ne sera pas sans conséquences : ça revient en gros à augmenter la quantité de dollar en circulation (la fameuse "planche à billet"), donc à voir assurément s'envoler une inflation qui est déjà sortie des limites.

Il n'est pas du tout impossible qu'on revoit rapidement une inflation de plus de 10% annuels ; Jusqu'au jour où le reste du monde sera fatigué de placer ses réserves dans une monnaie qui perd plus de 10% de sa valeur chaque année.

L'aube de ce jour là est en train de se lever. Le soleil se couchera sur un champ de ruine.

jeudi 18 octobre 2007

Record, record et... RECORD !

Encore désolé, je poste très rarement, ces temps-ci. Je suis en train de monter une boite, ça me prend un peu de temps.

Et pourtant, il s'en passe des trucs ! Je ne m'éternise pas sur les records à la hausse du pétrole (on flirte avec les 90$), ni ceux à la baisse du dollar, y a des news partout, ça fera juste un peu plus de bruit quand on passera les 100$ le baril et les 1,50$ pour un euro.

Pas de pronostics non plus sur la pseudo fin de la crise du subprime, tellement il est évident, malgré la remontée des marchés, que ces conséquences réelles ne font que commencer.

Non, je voudrais vous parler d'un chiffre qui a fait beaucoup moins de bruit que les sujets précédents et qui est pourtant autrement plus inquiétant. C'est ce dont je vous parle ici depuis 2 ans. Vous vous souvenez, l'économie US dans son ensemble paume environ 60 Mds de $ par mois et a donc besoin d'attirer des capitaux étrangers, dont elle dépend de plus en plus, pour la financer. Jusque là, il rentrait effectivement aux US à peu près cette somme, des fois un peu plus, des fois un peu moins.

Le 16 octobre ( avant-hier) le département du Trésor US a annoncé les chiffres du mois d'août. Et là... Le déficit commercial est de 57,6 Mds, classique, même légèrement mieux. Il aurait donc fallu des entrées de 60 mds de capitaux environ, comme d'hab...

- 163 Mds !!!!

Oui, il y a bien un "moins" devant. Des "entrées négatives" ! Il est SORTI 163 Mds de dollars des US en un mois, ce qui est, dixit Brad Setser, un rythme comparable aux sorties de thunes en Argentine au plus fort de la crise de 2001, qui les a laissé à genoux. Alors évidemment le mois d'août, c'était un peu spécial, et cette donnée est particulièrement sujette aux soubresauts.

Mais si on regarde les tendances sur un an, toujours d'après les calculs de Brad, les entrées de long-terme (celles qui sont censées couvrir le déficit) s'établissent à 594 Mds, ce qui est nettement insuffisant pour couvrir le déficit. La dette US n'est plus financée. Les journaux économiques (pas un mot dans la Tribune, par exemple) ne s'en rendront sans doute compte que dans quelques mois, mais il va bien falloir se rendre à l'évidence : l'économie US n'est pas seulement endettée, elle est en train de flirter avec la faillite.