La fin du capitalisme

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tag - externalités

Fil des billets - Fil des commentaires

mardi 3 juillet 2007

Externalités négatives (2)

Suite au succès de mon post sur les externalités , je reprends le débat où nous l'avions laissé dans les commentaires, en essayant d'y apporter mon grain de sel.

Comme on l'a vu, on arrive très vite au problème de la propriété. A qui « appartiennent » l'eau, la terre, l'air, la culture, etc. ? A tous ? À personne ? Qui peut les vendre ? Les gérer ? Au nom de quoi ?

Si, philosophiquement, je suis plutôt de l'avis de Charlie (ils n'appartiennent à personne), je rejoins tout à fait gorgeprofonde , pour dire que ça ne résoud pas le problème : il se trouve que nous nous servons aujourd'hui allègrement de ces biens et que nous ne pouvons souvent pas faire autrement (l'eau...)

Reste donc à définir quelques principes de bonne gestion...


Pour diverses raisons, je ne reprends pas la distinction des économistes entre biens collectifs, collectifs purs, etc. qui ne me paraît pas très pertinente ici.

Il me semblerait par contre utile d'introduire une distinction, non pas entre des types de biens, mais pour un même bien, entre la partie « naturellement renouvelable » et celle qui ne l'est pas.

La biosphère a une certaine capacité à recycler du CO2, filtrer de l'eau, produire du poisson, des arbres, de l'énergie, etc.

Or la science économique actuelle ne fait , à ma connaissance, aucune différence entre une tonne de poisson au-dessus du seuil de renouvellement de l'espèce ou une tonne en-dessous de ce seuil.

Entre une tonne de CO2 « traitable » et une excédentaire...

La différence est pourtant sensible...


A ce stade, et pour revenir au problème de propriété, il pourrait sembler acceptable que l'humanité s'autorise un droit d'usufruit sur la partie « renouvelable », mais ne touche pas, sauf exceptions majeures, (le pétrole... on y reviendra) à la partie « non renouvelable ».

Dans ce cas, on peut éventuellement rendre la partie « renouvelable » disponible sur un marché. L'autre partie ne saurait l'être, puisqu'elle N'EST PAS A VENDRE, les « propriétaires », (les représentants de l'offre) n'existant pas.

La quantité disponible sur le marché change alors dramatiquement et, normalement, le prix et la demande s'adaptent. On a créé de la rareté là où on pensait qu'il y avait abondance, parfois illimitée.


(interlude : si ce principe est adopté un jour, je propose de le baptiser « Jacob Delafon », pour son côté « Veuillez laisser cet endroit dans l'état dans lequel vous l'avez trouvé »... ok, je sors...)


On arrive dès lors immanquablement à des quotas.

Je trouve néammoins cette solution préférable au bordel ambiant actuel où alternent les dictats d'un marché soit disant libre et les interventions « panique » de l'Etat. (voir les pêcheurs d'anchois en ce moment, par exemple...)


Maintenant, qui les fixe ?

Et bien sans doute pas les Etats. La plupart des représentants ont une épée de Damoclès (la prochaine élection) qui empêche les décisions « impopulaires » et à long terme, sans compter les soucis de compétence, et l'envie de défendre les intérêts de SON peuple, souvent au détriment des autres. Tout ceci étant bien incompatible avec l'interdépendance.

On arrive typiquement au protocole de Kyoto et aux « droits à polluer ».

Je n'ai pas la prétention d'expliquer pourquoi ce marché ne fonctionne pas, mais je ne peux que constater qu'il met en vente infiniment plus de « droits » qu'il n'en existerait selon le principe ci-dessus. (en France, une baisse de 2,5% des émissions en 2 ans alors qu'il faudrait atteindre environ... 75%. De manière générale, les pays concernés par ce marché émettent 10 t/tete, là où une stabilisation de la concentration de CO2 n'autoriserait que 1,8 t/tete). Nos gouvernants mettent donc en vente des tonnes qui ne sont pas à vendre, qui « n'existent pas ». « L'offre » est donc artificiellement bien supérieure à la réalité.Rien de surprenant à voir le prix s'effondrer.

Donc qui fixe les quotas ?

Et bien dans le cas des gaz à effet de serre, pourquoi pas le GIEC ?

Et de manière générale, pourquoi pas une sorte d'ONU environnementale ?

Maintenant, ça ne veut pas dire que c'est le même organisme qui « gère »...

(Henri , c'est maintenant)

Pour ce qui est de la gestion de ces quotas, ma préférence personnelle irait, plutôt qu'à l'Etat (et encore moins à un super Etat) aux acteurs eux-mêmes, voire à l'individu. Je ne connais pas pour ce qui est de la bonne gestion d'un ruisseau, de meilleur décisionnaire que la société de pêche du coin. Et j'ai l'impression que ça doit être le cas, si ce n'est pour tout, au moins pour beaucoup de choses.

Que les pouvoirs publics (internationaux ou quelquesoit l'échelle) se bornent à fixer des grands principes clairs et des objectifs et laissent ensuite les gens se démerder pour les atteindre.

Ça devrait le faire...


Je termine parce que c'est déjà trop long :

Tout cela ne fonctionne à mon avis, et comme le faisait remarquer Laurent Guerby , que si on permet évidemment à un groupe (pays ou autre) de se protéger de ceux qui ne respecteraient pas les mêmes règles !

Je vous quitte sur cette petite phrase (qui vient d'enterrer tranquillement les objectifs de l'OMC) et attend vos commentaires.

mercredi 20 juin 2007

Les « Externalités négatives », c'est quoi donc ?

Derrière ce nom barbare, typique des milieux économiques, se cache un concept plutôt simple et d'une importance majeure pour la mise en oeuvre d'une économie moderne, respectueuse de la planète et (si possible, merci) de l'humanité.

Si, comme moi, vous commencez par consulter la fiche wikipedia , vous y trouverez cette bonne blague :


« L'externalité ou effet externe désigne une situation économique dans laquelle l'acte de consommation ou de production d'un agent influe positivement ou négativement sur l'utilité d'un autre agent, sans que cette influence ne se traduise par une variation du niveau des prix. »


(Ils sont magiques, non, les économistes ?)


En gros, c'est quand, en faisant quelque chose, tu bouzilles un truc qui ne t'appartenait pas.
PAR EXEMPLE, un agriculteur fait pousser du maïs MAIS pollue la rivière.


J'avais prévenu, c'est simple.


Maintenant, pourquoi est-ce important ?

« Le bio, c'est plus cher ». Vrai dans le système actuel, mais faux si on intègre les externalités.

Le « non bio » n'est moins cher que parce qu'il se permet de détruire, gratuitement, la terre, l'eau, l'air, la vie (le perrier). Forcément, ça représente un avantage considérable pour celui qui se sert de tout ça sans le payer, par rapport à celui qui le respecte, ou qui le paye. « intégrer les externalités », c'est ça : inclure DANS les coûts de production, la valeur de ce qui a été détruit. Tu fais ce que tu veux, mais tu le payes. Après, oui, chers libéraux, on peut laisser faire le marché. Mais seulement APRES. Aujourd'hui, le marché est totalement biaisé.

(je passe sur le fait que, quand vous achetez bio, non seulement vous payez une première fois (1) plus cher votre nourriture, mais vous payez quand même (2) les dégats du non bio en achetant votre eau, qui était propre avant mais qu'il a fallu dépolluer et je ne parle même pas des impôts et subventions (3) à tout ça).


Et ça ne vaut pas que pour le bio, loin de là :

Certains hotels allemands font laver leur linge en Pologne. Moins cher.

Moins cher ? Ajoutez le coût réel de la pollution généré par le transport, et on en reparle.

Beaucoup de frites consommées en Belgique sont des patates qui ont poussé en Allemagne puis sont envoyées dans le Maghreb pour y être pelées, découpées et surgelées avant de retourner en Belgique.

« c'est la loi du marché ! » se féliciteront les libéraux. Tu parles ! C'est une absurdité pure et simple, une ânerie sans nom, la loi du plus fort qui s'arroge le droit de détruire un bien qui ne lui appartient pas : la Terre. Notre Terre à tous.

Comme on le voit, les « externalités », il y en a partout. Pour résumer, les économistes appellent tout ce qui les emmerde comme ça et en gros, je ne vous le cache pas, nous sommes tous des externalités. :-)


Voilà pour le concept de base. Je vous demande encore 3 minutes d'attention, c'est là que ça se corse :

Ok pour intégrer, mais comment on fixe le prix ?

Dans de nombreux cas, c'est simple. Et si on se contentait de ceux là, ce serait déjà énorme. Pour de l'eau polluée par exemple, c'est le coût de la dépollution. Mais ça ne vaut que pour les dégats, disons « réversibles ».

Restons sur l'exemple de l'eau : en général, on ne peut en « récupérer » que 80%, les 20% qui restent sont « perdus ». Comment fixer le prix de ces 20% ?

On complique encore un peu ?

Je pollue de l'air. On ne peut pas le dépolluer. C'est combien ? Et surtout, je les paye à qui ?

L'Etat répondra : « à moi ». Mais est-il réellement propriétaire de ce qu'il est en train de vendre ?

Même si l'humanité entière était d'accord, de quel droit fixerions-nous le prix auquel ceux qui ne sont pas nés seraient prêt à vendre, aujourd'hui, le droit que nous détruisions leur planète ?

Peut-on considérer qu'il y a un marché s'il n'y a pas d'offre ?

Et vendre quelque chose qui a été volé, c'est de l'économie ou... du recel ?

On le voit, les externalités sont un des bugs principaux du marché et ne sont, au bout, pas du ressort de l'économie. Elles posent la question des biens marchands et non marchands et au-delà, celle de la propriété et des biens communs.

À suivre...

(Pour vous récompenser d'avoir tenu jusque là, voici une vidéo qui aidera à mesurer l'ampleur des enjeux. Regardez absolument ce petit bonhomme avec sa chemise à carreaux, vous vous en souviendrez longtemps)


ALERTE
envoyé par tinou1225