Suite au succès de mon post sur les externalités , je reprends le débat où nous l'avions laissé dans les commentaires, en essayant d'y apporter mon grain de sel.
Comme on l'a vu, on arrive très vite au problème de la propriété. A qui « appartiennent » l'eau, la terre, l'air, la culture, etc. ? A tous ? À personne ? Qui peut les vendre ? Les gérer ? Au nom de quoi ?
Si, philosophiquement, je suis plutôt de l'avis de Charlie (ils n'appartiennent à personne), je rejoins tout à fait gorgeprofonde , pour dire que ça ne résoud pas le problème : il se trouve que nous nous servons aujourd'hui allègrement de ces biens et que nous ne pouvons souvent pas faire autrement (l'eau...)
Reste donc à définir quelques principes de bonne gestion...
Pour diverses raisons, je ne reprends pas la distinction des économistes entre
biens collectifs, collectifs purs, etc. qui ne me paraît pas très pertinente
ici.
Il me semblerait par contre utile d'introduire une distinction, non pas entre des types de biens, mais pour un même bien, entre la partie « naturellement renouvelable » et celle qui ne l'est pas.
La biosphère a une certaine capacité à recycler du CO2, filtrer de l'eau, produire du poisson, des arbres, de l'énergie, etc.
Or la science économique actuelle ne fait , à ma connaissance, aucune différence entre une tonne de poisson au-dessus du seuil de renouvellement de l'espèce ou une tonne en-dessous de ce seuil.
Entre une tonne de CO2 « traitable » et une excédentaire...
La différence est pourtant sensible...
A ce stade, et pour revenir au problème de propriété, il pourrait sembler
acceptable que l'humanité s'autorise un droit d'usufruit sur la partie «
renouvelable », mais ne touche pas, sauf exceptions majeures, (le pétrole... on
y reviendra) à la partie « non renouvelable ».
Dans ce cas, on peut éventuellement rendre la partie « renouvelable » disponible sur un marché. L'autre partie ne saurait l'être, puisqu'elle N'EST PAS A VENDRE, les « propriétaires », (les représentants de l'offre) n'existant pas.
La quantité disponible sur le marché change alors dramatiquement et, normalement, le prix et la demande s'adaptent. On a créé de la rareté là où on pensait qu'il y avait abondance, parfois illimitée.
(interlude : si ce principe est adopté un jour, je propose de le baptiser «
Jacob Delafon », pour son côté « Veuillez laisser cet endroit dans l'état dans
lequel vous l'avez trouvé »... ok, je sors...)
On arrive dès lors immanquablement à des quotas.
Je trouve néammoins cette solution préférable au bordel ambiant actuel où alternent les dictats d'un marché soit disant libre et les interventions « panique » de l'Etat. (voir les pêcheurs d'anchois en ce moment, par exemple...)
Maintenant, qui les fixe ?
Et bien sans doute pas les Etats. La plupart des représentants ont une épée de Damoclès (la prochaine élection) qui empêche les décisions « impopulaires » et à long terme, sans compter les soucis de compétence, et l'envie de défendre les intérêts de SON peuple, souvent au détriment des autres. Tout ceci étant bien incompatible avec l'interdépendance.
On arrive typiquement au protocole de Kyoto et aux « droits à polluer ».
Je n'ai pas la prétention d'expliquer pourquoi ce marché ne fonctionne pas, mais je ne peux que constater qu'il met en vente infiniment plus de « droits » qu'il n'en existerait selon le principe ci-dessus. (en France, une baisse de 2,5% des émissions en 2 ans alors qu'il faudrait atteindre environ... 75%. De manière générale, les pays concernés par ce marché émettent 10 t/tete, là où une stabilisation de la concentration de CO2 n'autoriserait que 1,8 t/tete). Nos gouvernants mettent donc en vente des tonnes qui ne sont pas à vendre, qui « n'existent pas ». « L'offre » est donc artificiellement bien supérieure à la réalité.Rien de surprenant à voir le prix s'effondrer.
Donc qui fixe les quotas ?
Et bien dans le cas des gaz à effet de serre, pourquoi pas le GIEC ?
Et de manière générale, pourquoi pas une sorte d'ONU environnementale ?
Maintenant, ça ne veut pas dire que c'est le même organisme qui « gère »...
(Henri , c'est maintenant)
Pour ce qui est de la gestion de ces quotas, ma préférence personnelle irait, plutôt qu'à l'Etat (et encore moins à un super Etat) aux acteurs eux-mêmes, voire à l'individu. Je ne connais pas pour ce qui est de la bonne gestion d'un ruisseau, de meilleur décisionnaire que la société de pêche du coin. Et j'ai l'impression que ça doit être le cas, si ce n'est pour tout, au moins pour beaucoup de choses.
Que les pouvoirs publics (internationaux ou quelquesoit l'échelle) se bornent à fixer des grands principes clairs et des objectifs et laissent ensuite les gens se démerder pour les atteindre.
Ça devrait le faire...
Je termine parce que c'est déjà trop long :
Tout cela ne fonctionne à mon avis, et comme le faisait remarquer Laurent Guerby , que si on permet évidemment à un groupe (pays ou autre) de se protéger de ceux qui ne respecteraient pas les mêmes règles !
Je vous quitte sur cette petite phrase (qui vient d'enterrer tranquillement les objectifs de l'OMC) et attend vos commentaires.
