La fin du capitalisme

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Tag - rémunération du capital

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jeudi 15 janvier 2009

Entreprise, capitalisme et économie de marché

Allez hop, deux posts en deux jours, c'est la fête.

D'abord un petit exemple en live de ce que j'évoquais dans mon post précédent, à savoir, "tout le monde le sait, mais tout le monde se tait". Voici, via contreinfo, la traduction d'une tribune de Martin Wolf, dans le FT. Comme vous pouvez le voir, il aborde, à la fin et en quelques lignes, le sujet principal de ce blog.

je cite :
"Le déficit de la balance courante doit également être réduit. Le secteur privé US n’est plus en mesure de vivre à crédit pour compenser les déficits de la balance extérieure, et le gouvernement ne pourra se le permettre que quelques années. A long terme, l’économie mondiale doit être rééquilibrée. C’est un défi politique international gigantesque, mais indispensable pour assainir la situation."

Comme vous le voyez, il est conscient du truc, mais il ne déroule pas. Et comment on fait garçon ?
Et les conséquences si ça ne marche pas ? Et si ce n'était tout simplement pas jouable ? ou pas dans le timing ?

Mais bon, ce qui a motivé ce mini post est un autre article, des Echos cette fois.

On y lit que Mme Parisot aurait déclaré : "Il faut que le grand public comprenne que c’est par l’entreprise qu’on trouvera la solution vers la croissance, pas par les Etats, pas même par la coopération des Etats".
Je vais peut-être vous étonner, mais je ne suis pas loin d'être d'accord. Je suis même tout à fait d'accord. (à part sur l'appellation "croissance", mais c'est un autre (immense) sujet).
Là où on diverge, Laurence et moi, c'est qu'elle reste dans une vision du monde totalement dépassée, obsolète, et étonnamment, la même que celle des syndicats ou de ce qu'il reste de la gauche. Une vision du monde où il n'y aurait que le secteur privé capitaliste et le secteur public.
Ben faut sortir Laurence. Sortir et se taire. Et regarder, sentir. Et réfléchir.

Oui, je crois aussi que l'entreprise (et au delà, l'initiative humaine) est un formidable moteur. Oui, je crois qu'il faut miser là dessus. Mais si on veut mettre ce moteur splendide au service de la planète et de l'humanité, il va falloir le libérer. Car il est aujourd'hui totalement soumis à un seul maitre, un seul objectif : la rémunération du capital. Ce qui n'était qu'un moyen est devenu un but. Et nous avons là un gros bug.
Heureusement, Laurence, (et les autres), vous vous plantez.
Parce qu'il n'existe pas que du privé capitaliste et du public. Il y a aussi du privé non-capitaliste. ou "post-capitaliste". Il n'y a même quasiment que ça. Et si on souhaite réellement libérer l'entreprise, alors c'est de cet esclavage là qu'il faut la libérer : la rémunération du capital. Autrement dit, le vol. Le capitalisme est un dévoiement, un parasitage de l'entreprise.

L'entreprise moderne et libre, celle du 21eme siècle, se situe "après le capitalisme".
Your kingdom is doomed, guy's...

Pour finir, un autre extrait du même article, où le Parisot allemand, Mr Jürgen R. Thumann, estime qu'il est crucial de ne pas autoriser les gens qui ont des priorités politiques très différentes à exprimer leur opinion pour dire que +le capitalisme, c'est fini, le libre échange, c'est fini+".

On le voit, le libre-échange, chez ses gens là, ce n'est en tout cas pas celui des idées ! :-)

hé. tu sais quoi, Thumann ? On t'emmerde.

lundi 13 octobre 2008

Le capitalisme bouge encore... achevons-le.

Je vous fiche mon billet qu'on va voir fleurir demain les articles de presse commençant, tout en restant très prudent, à parler de cette crise au passé. et pourtant...

Pourtant comme le résume bien José dans ses carnets de nuit, l'important n'a pas du tout, mais alors pas du tout été abordé.

Il est fort probable que tout ce petit monde reste prudent et modeste et dise maintenant vouloir s'atteler à cette fameuse "réorganisation" de la finance mondiale ; et qu'on voit donc refleurir les mots creux et les déclarations d'intention, "transparence", "régulation" et tutti quanti.

Fort probable aussi qu'on n'entende pas le moindre murmure sur la seule vraie cause de cette crise : le train de vie hallucinant des Etats-Unis, complètement insolvables, et financés (jusqu'à quand ?) par le reste du monde. Une situation qui n'a, à ce stade, pas évolué d'un pouce.

Encore plus probable enfin, qu'on cache très vite sous le premier tapie tapis venu les critiques jusque là virulentes du modèle capitaliste.

Toutes ces belles réunions à l'échelle mondiale seraient pourtant l'occasion, impensable jusqu'alors, d'accords internationaux sur une sortie en douceur de ce modèle obsolète, et désormais, quoi qu'on en dise, moribond.

Voici du coup, puisque ça va être la mode dès demain, mon top 3 personnel des réformes à mettre en œuvre :

- la limitation de la rémunération du capital par la rémunération du travail
Je ne détaille pas, c'est un point directement hérité des SCOP, ça fonctionne extrêmement bien, et ça permet de sortir en douceur de la course folle à la rémunération du capital. (NB : personnellement, je serai plutôt pour une abolition pure et simple de la rémunération du capital, mais passons...)

- la mise hors-la-loi des paradis fiscaux
Sur ce point, il y a 90% de chances qu'il soit évoqué, 50% de chances qu'il aboutisse à une déclaration "ferme" (et 5% à une action autre que symbolique)

- la fin du monopole de la création monétaire par les banques
Point crucial, finalement assez simple, et longuement débattu sur de nombreux blogs, mais pas du tout dans les medias traditionnels.

Le second est plutôt de l'ordre du "gadget important" comparé aux deux autres. Il y a donc une petite chance qu'on en entende parler. Pour le premier et le troisième, ne vous faites aucune illusion : il va falloir le faire tout seuls.

mercredi 24 septembre 2008

les remèdes, pire que le mal.

A l'heure où il devient évident que nous vivons une crise "unique à l'échelle d'une vie" (Alan Greenspan), il est assez cocasse de constater que l'immense armada de ceux qui n'avaient rien vu venir se dispute la lumière des projecteurs pour faire généreusement don au monde entier de SA solution.

Il est tout aussi cocasse de constater que malgré la diversité (revendiquée) des intervenants, la fameuse solution est absolument partout la même.

Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est que cette solution miracle n'est ni plus ni moins que... le problème lui-même.

Quittons donc un instant les tribunes où se bousculent les puissants et revenons un instant sur terre.

Nous avons un système économique, une sorte de "capitalisme régulé par des pouvoirs publics", qui vit actuellement une crise majeure et peut-être définitive.
Que nous propose-t-on comme remède ? du "capitalisme régulé par des pouvoirs publics".

Waouh ! ça a du carburer sec des méninges, là haut...

Vous noterez au passage que tous ceux qui ont l'outrecuidance de l'ouvrir en ce moment, sans même penser une demi-seconde à demander pardon avant, sont également tous d'accord sur le fait qu'il faut précisément "plus de régulation des pouvoirs publics".
Vous noterez aussi qu'ils sont tous, bien que parfois à des échelles différentes, représentant des sus-cités "pouvoirs publics".

Vous noterez enfin avec moi que nous sommes proches aujourd'hui d'une espèce "d'union sacrée" entre la gauche et la droite (ou les soi-disant telles), puisque tous disent exactement la même chose (tout en revendiquant de le dire mieux que l'autre et que l'autre ne le dit pas, ou avait dit le contraire avant). Bref, pitoyable, sans plus et comme d'habitude.

Alors soyons clairs : ces gens là ne sont pas des abrutis et croient, malheureusement, sincèrement à ce qu'ils sont en train de dire.
S'ils disent tous la même chose, c'est simplement qu'ils partagent, à quelques détails près, une même vision du monde, une même échelle de valeur, disons une même culture au sens large. Précisément celle qui est en train de s'effondrer sous nos yeux.

Cette jolie union sacrée (qui n'est pas sans rappeler celle du référendum sur la constitution européenne) accouchera au mieux, c'est écrit d'avance, à un nouveau "Bretton Woods" à l'échelle internationale et à des pouvoirs de régulation accru pour ceux qui en décideront aux échelles nationales.
En gros, des "patchs". Des "ad-on', des "plug-ins"...
Très bien, après tout, c'est leur taff ; mais les perspectives réelles de sortie de ce système en faillite ne viendront que de l'extérieur du système lui-même.

A ce stade, il n'existe que deux "grandes directions", qui ne soient pas du "capitalisme régulé", l'une et l'autre étant ensuite extrêmement riches d'applications diverses :
- le libéralisme
- l'altermondialisme
(je considère le communisme comme appartenant au passé, ok ?)

En gros, soit du "vrai" capitalisme, dérégulé (ou "libéré", c'est selon...), soit une autre économie mondiale, non capitaliste.
Pour ma part, je considère que le premier n'est qu'une sorte "d'idéal théorique", applicable uniquement dans un monde qui n'existe pas en pratique et réservé, donc aux labo de recherche ou aux doux rêveurs.
"Mon" altermondialisme, au contraire, me semble extrêmement concrêt et ultra-adapté, puisque déjà en œuvre.
Il s'agit de développer peu à peu, et sans usine à gaz ou dogme pré-établi, des milliers d'entreprises à taille humaine, interconnectées à l'échelle planétaire et qui ne rémunèrent pas le capital.
(ou plafonnent la rémunération du capital par celle du travail).
Il est clair que nos dirigeants officiels ne choisiront pas cette piste afin de l'appliquer "d'en haut".
Et c'est tant mieux, ce serait dangereux.

Il nous appartient donc de la développer "par le bas". ça a déjà commencé, et tout le monde est bienvenu.

jeudi 18 septembre 2008

Une page se tourne

Je ne vous l'apprends pas : ça s'accélère franchement.
Je zappe donc rapidement toutes les infos que vous pourrez trouver abondamment commentées ailleurs, on va tenter de filer direct à l'essentiel, évidemment beaucoup moins médiatisé.

Ces dernières heures : après la disparition de 3 des 5 empires financiers US qui faisaient encore la pluie et le beau temps dans le monde l'année dernière (Bear Stern, Lehman Brothers, Merril Lynch) et l'implosion du premier assureur US, AIG, il semblerait que le 4eme larron (Morgan Stanley) soit au plus mal. La dernière JP Morgan, ne passera sans doute pas l'hiver non plus. Une des plus grosses banques de dépôt, Washington Mutual (WaMu pour les intimes) chercherait un repreneur d'urgence. Bref, c'est la cata annoncée depuis longtemps sur ce blog et ailleurs.

Le "dernier rempart" d'un capitalisme à l'agonie est constitué d'un quatuor de choc : la Fed, le Trésor, la FDIC et la SEC.
Quatuor sur tous les fronts en ce moment et qui ne sait plus où donner de la tête... et du carnet de chèque.

Questions simples, presque naïves, mais ô combien légitimes et finalement pertinentes :
- "Mais d'où sortent donc ces milliards que les "pouvoirs publics" sont en train de distribuer en urgence ?"
- " je croyais que l'Etat US était lui-même endetté..., donc QUI paye ?"

D'où sortent les milliards en question ?
A ce stade, ils ont principalement été distribués par la "Fed".
Or l'impensable est en train d'arriver sous nos yeux : la toute puissante, la sacro-sainte "Fed ", l'ultime bastion, pourrait bien, à son tour, être au bout du rouleau.
Le trésor US vient, ce soir, d'organiser en urgence des enchères pour... renflouer la Fed !
Vous parliez de ça à un économiste il y a un mois, il vous prenait pour un fou...
Ces enchères sont donc des emprunts, contractés par le Trésor (l'Etat fédéral US) qui prête ensuite à la Fed, qui a elle-même prêtée aux banques, qui... etc. OK.
Mais qui prête donc au Trésor ?

Question beaucoup trop "bête" pour que nos têtes pensantes se la posent. Dommage.
Dommage, parce qu'ils se la posaient, ils pourraient constater, peut-être, une demi-seconde avant d'en crever, qu'elle n'a déjà plus de réponse...
Un économiste vous dira, en haussant les épaules : "Ben, les acteurs économiques !" (genre, il est con lui...)
Un journaliste du Libégaro vous dira, en écarquillant les yeux : "Ben, la Chine, les fonds souverains, tout ça !" (genre, il habite où, lui ?)
Les "acteurs économiques". OK. Mais les acteurs économiques US sont, dans leur globalité, endettés jusqu'aux yeux ! L'argent qu'ils sont en train de prêter au trésor, ils le doivent déjà à d'autres. Qui ?
"La chine, les fonds souverains, tout ça". Super. Est ce si sur ? Pour combien de temps ?

Un seul organisme, directement concerné, regarde un peu ce qui se passe : le département du Trésor US lui-même.
Et ça donne ça, les "TIC data".
Ce sont les thunes qui entrent aux US, sous une forme ou une autre et qui sont donc censées compenser les "pertes" (en très gros, le déficit commercial, soit environ 60 Mds de dollar par mois).
Ces données ont été publiées hier et concernent le mois de juillet. Le verdict est sans appel : -8.2 Mds (ligne 21)
Là où 60 Mds auraient du rentrer, juste pour pouvoir continuer la fuite en avant, non seulement rien n'est entré mais 8 Mds sont même sortis.
Attention, ces données sont très volatiles et d'une telle complexité qu'elles contiennent des marges d'erreur énormes.
(Pour les fans de ce sujet, voir le blog de Brad Setser au "Council on Foreign Relations". Attention, c'est extrêmement dur à lire) Une seule chose est sure : il y a un bug, un immense bug sur le financement de l'ensemble de la dette de l'économie américaine.

Et c'est à mon avis clairement là que ça se passe. Les faillites en tout genre, à côté, c'est quasiment de la rigolade.

Vu le délai de publication de ces données (un mois et demi), les chiffres du mois de septembre ne seront disponibles qu'à la mi novembre. Ils pourraient être encore à peu près potables dans la mesure où les financiers US semblent en train de rapatrier des fonds du monde entier. Mais derrière, c'est le gouffre et l'explosion du truc au grand jour : la faillite de toute l'économie américaine.

C'est donc une page de l'histoire du monde qui est en train de se tourner en ce moment même.
Ceux qui pensent que "bah ! la chine prendra le relais" devraient d'urgence lâcher leurs bouquins.
On ne remplace pas comme ça un "point de croissance" par un autre "point de croissance". On ne remplace pas la production américaine d'armement, de logiciels, de médicaments, de pétrole, etc. par des T-shirts et des jouets en plastique !
Je caricature, ok, mais c'est un système économique entier qui s'effondre, le capitalisme d'Etat chinois n'y survivra pas non plus !

Devant l'énormité du désastre annoncé, les prophètes se sont remis à prêcher.
Toujours les mêmes vieilles soupes :
D'un côté, les libéraux (les vrais, pas la droite pépère), pour lesquels toutes ces crises sont dues aux interventions de l'Etat.
De l'autre, les "interventionnistes" (disons la gauche, ou les "néo-keynésiens"), pour lesquels il faut au contraire plus de règlementation et un poids plus important de l'Etat dans l'économie.
ça fait un siècle que les uns et les autres nous bassinent avec leurs dogmes à deux balles.

Pendant ce temps, des milliers de gens, d'individus, loin de ces stériles querelles construisent, non pas une voie médiane (c'est précisément le système qui est en train de se vautrer) mais une "autre" voie :
Une économie privée ET non capitaliste.
Des dizaines de formes d'entreprises différentes, qui commencent à savoir presque tout faire, des grains de blé à la finance, mais SANS rémunération du capital.

Une page se tourne, et la prochaine est blanche.
A nous de l'écrire.

mercredi 11 juillet 2007

Après le capitalisme

Je parle de fin du capitalisme depuis de nombreux mois maintenant. Et les critiques ou moqueries, si elles n’ont pas encore cessé, passent peu à peu de « Boarf » ou « Meuuhh non ! » à « Bon ok, mais qu’y a-t-il après ? ». En d’autres termes, existe-t-il des alternatives ?

Alors à force de répéter la même chose, je me suis décidé à l’écrire. Il y en a plein, des alternatives au capitalisme. Des tonnes. L’embarras du choix.

N.B : Je ne rentrerai pas ici dans l’éternel débat « qu’est-ce que le capitalisme ? », en quoi peut-on dire qu’une activité est capitaliste ou pas ? etc. et je me contenterai de lister des initiatives existantes qui remettent en cause de façon fondamentale certaines de ces caractéristiques. La plus cruciale à mes yeux étant la recherche du profit comme moteur principal de l’activité (et plus exactement, la course sans fin à la rémunération du capital).

NB2 : A mon avis, le capitalisme ne sera pas remplacé par un « dogme », par un système prépensé et prémaché. (il en existe pourtant, par exemple, le « Parecon » de Michael Albert). Personne n’a d’ailleurs jamais imaginé le système actuel. Il s’est construit comme il est en train de s’effondrer, peu à peu, par petits touches avec parfois des ruptures de phase, beaucoup plus marquées. Le capitalisme subit aujourd’hui les assauts multiples et divers d’une véritable « guérilla économique ». Comme toute guérilla, elle est menée par des petits groupes, très mobiles, très différents, souvent autonomes, qui tissent peu à peu des liens (non hiérarchiques) entre eux et constituent peu à peu un véritable réseau de résistance(s).

Logiciel libre

StallmanOn commence par le secteur le plus développé, le plus puissant et aussi le plus discutable : le logiciel libre. Dire que le logiciel libre est (ou n’est pas) anti-capitaliste n’a évidemment aucun sens. Le logiciel libre est le logiciel libre et basta.

De nombreuses entreprises capitalistes traditionnelles en ont même fait leur cheval de bataille. Reste quand même que les multiples structures, réseaux, communautés qui l’animent :
- expérimentent de nouvelles formes d’organisation et de travail en commun (donc de nouvelles formes d’entreprise au sens large)
- rémunèrent souvent le travail, mais pas le capital
- ont largement contribué, en redéfinissant les contours des droits d’auteur, à diminuer la main mise du capitalisme sur la propriété intellectuelle.
Et pour ceux qui auraient encore l’impression que « ok, mais bon c’est « virtuel » (si, si, il y en a) on parle tout de même ici d’un marché annuel de 400 Mds de dollar, sonnant et trébuchant. Parmi les stars de ce secteur, citons rapidement Firefox, Thunderbird, Open Office, Linux, Apache, My SQL…

En bref, si le secteur ne peut en aucun cas être qualifié dans son ensemble d’anti-capitaliste, il contient indéniablement de nouvelles formes d’entreprise qui constituent des alternatives concrètes. Enfin, la proximité de l’organisation générale du secteur avec l’autogestion, chère à certains altermondialistes, voire avec certains concepts de base de l’anarchie ne peut que sauter aux yeux.

Connaissance libre

On en arrive tout naturellement à Wikipedia. Peut-être l’un des projets les plus importants au monde, 7,5 millions d’articles rédigés par plus d’un million de gens en 253 langages, qui n’est pas sans rappeler l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert… et ses conséquences politiques. La plus grande base de connaissance au monde n’est pas une entreprise capitaliste. Libre, gratuite, pas de profit, pas d’accumulation du capital, des problèmes à tous les étages… « et pourtant, elle tourne ».

Culture libre ?

On reste sur Internet pour glisser vers les très controversés réseaux peer-to-peer… certains diront qu’en détruisant le business des majors (-25% de CA en quelques années, -17% sur les ventes de CD uniquement sur le premier trimestre 2007 !), ils mettent en danger la création artistique. Je ne le crois pas, au contraire.

Les coopératives

On passe dans ce que certains appellent encore le « monde réel » pour un survol rapide des SCOP. En très gros, les SCOP sont des SA ou SARL :
- Qui plafonnent la rémunération du capital
- dont les employés sont « propriétaires » (il détiennent au moins 55% du capital)
- démocratiques (les employés détiennent au moins 65% des droits de vote et choisissent donc les dirigeants)
- et dans lesquels les plus-values sont impossibles (les parts sont remboursées à leur valeur nominale).

Et bien les SCOP, rien qu’en France, ce sont plus de 1600 entreprises, 36 000 employés et 3,1 Mds d’euros de CA ! En Europe, on parle de 65 000 entreprises et 1,3 millions d’emplois !

Wall Street La banque...

On poursuit la plongée vers le cœur de la bête, pour arriver là où ça fait mal… Petit passage, d’abord, par l’énergie pour saluer l’arrivée d’Enercoop, fournisseur d’électricité 100% renouvelable et qui est… une coopérative !

Et puis on arrive au centre. Au cœur du réacteur. Le secteur bancaire et… les medias.
Vous ne connaissez peut-être pas encore la NEF.
La NEF, c’est, en gros, une banque. (coopérative, évidemment). Mais surtout, la NEF rend à ses clients le pouvoir de décider de ce qui sera financé avec leurs thunes ou pas. (NB : pouvoir que vous n’avez pas dans votre banque actuelle ; en ce sens, en augmentant la liberté ET la responsabilité de chacun, la NEF est étonnamment plus près des idéaux de base des libéraux que n’importe quel autre organisme financier…). A ce jour, vous avez le choix entre le financement de projet dans l’agriculture bio, le développement social et solidaire, les énergies renouvelables, la culture, etc.
Alors ok, la NEF, ce n’est pas encore la puissance de la BNP. Mais on y va. Au départ, la NEF, c’est plutôt une bande de potes. Aujourd’hui, ce sont déjà près 30 millions d’euros d’épargne collectée auprès de plus de 16 000 sociétaires, et, surtout, près de 20% de plus chaque année… et là, la BNP… ils ne peuvent plus s’aligner.

...et les medias

Et je termine par les medias. Les medias, ce sont non seulement le quatrième pouvoir, les contenus, les actus, l’info, l’influence, mais aussi le pub, la consommation… Là aussi, le capitalisme, hier omniprésent, omnipotent, est assailli par des nuées d’initiatives individuelles (blogs, medias collaboratifs, réseaux, lettres d’infos) qui lui arrachent peu à peu du « temps de cerveau disponible ».
Et si hier encore ça faisait sourire, ça commence à faire mal… Libé est au bord du gouffre, Le Monde n’est pas frais, et (et c’est un comble) les deux temples que sont les Echos et La Tribune commencent à battre de l’aile, obligeant les véritables « donneurs d’ordre » du monde médiatique (Marchands d’arme, fonds d’investissements, Etats…) à sortir de l’ombre pour voler au secours de leurs petits soldats. Je n’aborde pas ici des secteurs « alliés », le bio, l’équitable, etc. faute de place. Mais ils existent aussi. Aujourd’hui, ce sont donc des millions de gens qui montent et participent à des initiatives de toutes sortes, dans le monde entier, qui grignotent peu à peu du terrain et contribuent à construire, pas à pas, l’après capitalisme.

"Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme"

Certains considéreront qu’il ne s’agit pas ici de « fin » du capitalisme, mais plutôt de mutations. Si ça peut les rassurer, tant mieux. Je considère (mais c’est une question de point de vue) que des entreprises qui ne rémunèrent plus ou plafonnent la rémunération du capital, dans lesquelles plus-values et spéculation deviennent obsolètes et qui redéfinissent complètement la propriété et la gouvernance des moyens de production ne sauraient être considérées plus longtemps comme « capitalistes ».

S’ils faisaient sourire hier encore, ces mouvements sont en train de taper de plus en plus fort, jusqu’à s’attaquer au cœur même d’un système dont les partisans ne sont pas du genre à plaisanter. On commence même à murmurer que, dans l’ombre, sans faire les gros titres, « la quatrième guerre mondiale a commencé ».